L'Institut familial des Soeurs de Saint-Paul de Chartres — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

L'Institut familial des Soeurs de Saint-Paul de Chartres

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Gaspé
Communauté religieuse: Soeurs de Saint-Paul de Chartres

Classé sous Organisation religieuse (9200), Mission (9260), Oeuvre (9262).

Historique général


L'Institut familial, 1962
© Archives des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, soumis à copyright

Au début du XXe siècle, tout un réseau d’écoles ménagères se déploie dans les grandes villes du Québec, notamment avec la création, en 1923, d’une section « ménagère » au département de l’Instruction publique. En 1937, 16 écoles ménagères régionales de niveau secondaire accueillent quelque 230 jeunes filles. Chaque école propose alors une formation orientée prioritairement vers les vertus familiales et maternelles. Les femmes se mariant et fondant une famille tôt à l’époque, ces programmes valorisent la vocation de la femme comme épouse et comme mère.

L’École ménagère de Sainte-Anne-des-Monts, gérée par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, est ainsi ajoutée au Pensionnat Saint-Paul, en 1947. Trois ans plus tard, les Écoles supérieures d’enseignement ménager du secteur public changent d’appellation pour adopter celle d’Instituts familiaux. D’abord situé en annexe du Pensionnat Saint-Paul et de l’Hôpital Sainte-Anne, l’Institut familial de Sainte-Anne-des-Monts déménage sur la route du Parc, près de la maison Notre-Dame-de-la-Paix. Le 19 mai 1963, Monseigneur Paul Bernier, évêque de Gaspé, procède à la bénédiction de l’Institut.

Le modèle d’éducation des jeunes filles véhiculé par les instituts familiaux se transforme toutefois avec la Révolution tranquille. Le rapport Parent, publié en 1966, recommande notamment que l’enseignement ménager se poursuive comme enseignement technique ouvrant sur un métier. Ainsi, se terminent en 1968 les cours dans les instituts familiaux avec la création des Cégeps sous Paul Gérin-Lajoie et les réformes de l’éducation. L’Institut familial de Sainte-Anne-des-Monts cesse ces activités en 1970, suite à l’avis de fermeture de ces établissements. Certaines formations collégiales permettent néanmoins la poursuite de quelques cours offerts autrefois dans les instituts familiaux. Aujourd’hui, l’édifice ayant accueilli l’Institut familial des Sœurs de Saint-Paul de Chartres est entre autres occupé par l’unité Partagence, un centre de la petite enfance et plusieurs services communautaires.

Description


Les élèves pendant un cours de cuisine en 1950
© Archives des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, soumis à copyright

Le déploiement des écoles ménagères dans les années 1920 et 1930, lesquelles adoptent le nom d'instituts familiaux en 1951, avait pour objectif la préparation des jeunes femmes à la vie familiale et maternelle. Afin de répondre aux besoins du temps, les programmes se développent et évoluent au fil des ans. Dans la première moitié du XXe siècle, ces établissements s’attachent à préparer les femmes à devenir d’excellentes épouses, mères et maîtresses de maison, capables d’assurer le bonheur de leur foyer et l’éducation chrétienne de leur famille. Au moment où l’Institut familial des Sœurs de Saint-Paul de Chartres est mis en place, les programmes se consacrent davantage à un apprentissage complet, formant une femme à l’esprit ouvert et ayant une bonne culture générale.

À partir de 1941, ces programmes s’étendent sur quatre ans, leur complétion menant à treize années de scolarité. À sa fondation, l’Institut familial des Sœurs de Saint-Paul de Chartres offrait une formation de base, à laquelle se sont ajoutées des matières. Les cours de puériculture, de tricot, de couture et de cuisine côtoient alors les matières théoriques telles le français, l’histoire, la philosophie. On y enseigne aussi la physique, la chimie, la biologie, la biochimie et la diététique. Sœur Geneviève Marin, pour sa part, enseigne l’art culinaire, la nutrition et la chimie alimentaire. Des programmes de psychologie de l’enfant, de la femme et de l’homme, de même que des cours de sociologie et de pédagogie de l’enfant et du ménage (entre la femme et l’homme) — programmes novateurs pour l’époque — sont offerts. Les cours se voulaient formateurs et visaient le développement de la femme.

Les jeunes femmes entraient à l’Institut familial vers l’âge de 14 ou 15 ans et en sortaient vers l’âge de 18 ou 19 ans. La complétion des quatre ans de formation à l’Institut familial ouvrait plusieurs possibilités, notamment l’entrée à l’université. Détentrices d’un diplôme délivré par le ministère de l’Éducation, les finissantes pouvaient par exemple enseigner ou se diriger vers une spécialité. Effectivement, en plus de préparer la femme à la vie familiale, les instituts formaient les futures enseignantes des écoles ménagères et des instituts familiaux.

Vers 1955, l’Institut familial de Sainte-Anne-des-Monts accueillait 90 étudiantes, provenant de différentes villes et régions, dont Sept-Îles, Rimouski, Rivière-du-Loup, du Nouveau-Brunswick, de la Gaspésie, des Îles de la Madeleine. Une cohorte a d’ailleurs compté quatre étudiantes japonaises. Les jeunes femmes étaient logées à l’Institut familial. Les religieuses y avaient établi un climat familial. 

Apprentissage et transmission


Cours de tissage, 1948
© Archives des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, soumis à copyright

Le charisme des Sœurs de Saint-Paul de Chartres teintait l’éducation à l’Institut familial. Bien que le personnel soit à l’époque composé majoritairement de religieuses, il importait également pour les enseignants laïcs d’offrir non seulement des cours académiques, mais également une formation humaine. En effet, selon sœur Geneviève Marin, le charisme de la communauté, qui consiste à élever le niveau humain et spirituel, dépasse le simple cadre de la vie religieuse, mais s’inscrit dans plusieurs milieux. Il en est de même pour des valeurs telles la simplicité, la fraternité, le désir d’aider l’autre, lesquelles étaient transmises aux étudiantes. L’expérience de sœur Geneviève Marin à l’Institut familial et ses responsabilités ont en outre fait grandir son désir de prendre soin d’autrui et l’importance accordée à ce soutien.

Durant une quarantaine d'années, les écoles ménagères, puis les instituts familiaux, ont répondu à un réel besoin de l'époque, offrant une formation et les outils nécessaires à la jeune femme. Les enseignantes voulaient faire de ces étudiantes des femmes vraies, capables de se tenir debout, de raisonner, de prendre leur vie en main et de la mener. Suite à son expérience comme étudiante et comme enseignante à l’Institut familial, sœur Geneviève Marin considère que les jeunes femmes fréquentant l’établissement apparaissent comme les pionnières du mouvement féministe au Québec. Elle se montre d’ailleurs fière des femmes que ces jeunes filles sont devenues et du chemin parcouru pour améliorer la condition féminine.

Localisation

Municipalité: Sainte-Anne-des-Monts
Région administrative: 11 Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
Lieu: Maison provinciale des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, 255, rue du Domaine-Saint-Paul, Saint-Anne-des-Monts, G4V 2G3
Téléphone: 418-763-2231
Site Web: http://www.stpaulrome.com/fr-canada.html

Source

Soeur Geneviève Marin
Titre, rôle et fonction : Détentrice d’une formation de l’Institut familial et d’une formation en diététique de l’Université de Montréal, sœur Geneviève Marin a enseigné une vingtaine d’années, à l’Institut familial de Sainte-Anne-des-Monts et au Cégep de Gaspé.
Lien avec la pratique : Sœur Geneviève Marin a enseigné une dizaine d’années à l’Institut familial de Sainte-Anne-des-Monts, où elle a d’ailleurs étudié.

Enquêteurs : Marjolaine Boutin, Valérie Vachon-Bellavance
Date d'entrevue : 24 janvier 2012


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: