La vie communautaire chez les Sœurs de la Charité d’Ottawa — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

La vie communautaire chez les Sœurs de la Charité d’Ottawa

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Communauté religieuse: Soeurs de la Charité d'Ottawa

Classé sous Organisation religieuse (9200), Structure (9210), Structure communautaire (9214).

Historique général


La prière du bréviaire
© IPIR 2011 soumis à copyright

Dès la fondation de la Congrégation des Sœurs de la Charité d’Ottawa en 1845, l’accent est mis sur la vie communautaire. La fondatrice, Mère Élisabeth Bruyère, fait souvent écho à l’invitation souvent répétée de sainte Marguerite d’Youville, « ne faisons toutes qu’un cœur et qu’une âme ». D’ailleurs, le testament spirituel de sainte Marguerite d’Youville débutait par ces mots : « Mes chères filles, soyez charitables, vous aimant les unes les autres ».


Selon la mentalité de l’époque avant le Concile Vatican II, cette vie communautaire se vivait d’abord et avant tout dans un mode de vie commune. Différentes dimensions font partie de la vie communautaire, par exemple le fait de vivre sous le même toit, de partager la même table, de suivre le même horaire peu importe les fonctions ou de porter le même modèle d’habit religieux. À l’intérieur de ce cadre bien règlementé, les religieuses sont encouragées à vivre avec intensité et générosité une véritable charité fraternelle faite d’accueil, de respect, d’attention aux autres, d’entraide et de pardon.


Après le Concile Vatican II, la théologie de la vie religieuse apostolique, versus la vie religieuse monastique, s’est peu à peu développée. Ce mouvement a influencé la compréhension et l’exercice des éléments essentiels de la vie religieuse dont la vie commune fait partie.  Le vocabulaire a changé, désormais il est davantage question de vie fraternelle en communauté que de vie commune.  Au cours des ans, la pratique de la vie communautaire a beaucoup évolué. Dans plusieurs communautés, certains membres vivent seul en appartement, portant le désir d’une plus grande flexibilité de vie et d’engagement apostolique. Elles sont reliées aux autres membres de la communauté par des activités ponctuelles de rencontre et de partage, mais elles ne peuvent compter sur le soutien de leurs consœurs au quotidien.

Description


Une ancienne table de réfectoire munie de tiroir pour ranger le couvert
© IPIR 2011 soumis à copyright

Les Sœurs de la Charité d’Ottawa continuent à privilégier le vivre-ensemble, en s’efforçant de favoriser la communion entre elles.  En lisant les titres des différents articles du chapitre intitulé Communautés fraternelles apostoliques dans la version renouvelée du Chemin de Vie (les constitutions), les articles font appel à cette réalité : Communauté, don et mission; Communion dans la diversité; Communion dans la réconciliation; Climat fraternel; Communion dans le silence; Solidarité dans la mission; Solidarité avec les sœurs malades; Mémoire des sœurs décédées; Ouverture et accueil; Fraternité et témoignage.


Quelques aspects du fonctionnement de la vie fraternelle des Sœurs de la Charité d’Ottawa, comme l’horaire, la célébration des fêtes et les activités liturgiques, traduisent la manière dont se vit cette vie communautaire. Dans les divers groupes communautaires de la Congrégation à travers le monde, l’horaire est plus souple qu’autrefois, adapté aux conditions de santé des sœurs, aux engagements apostoliques et à la culture du milieu. Cependant, certains points de repère demeurent les mêmes pour toutes les communautés : temps de prière commun, repas à des heures fixes, moments de détente ou de partage spirituel ou apostolique. Généralement, le temps de prière consiste en une lecture du bréviaire le matin et le soir, de même que l'eucharistie dans les plus grandes maisons où la messe est célébrée. Ailleurs, les sœurs participent à la célébration de la paroisse et adaptent leur horaire en conséquence.


Il est important de noter que l’horaire d’une journée fait aussi place à des choix personnels, de prière, de détente ou d'autres activités, à l’intérieur comme à l’extérieur des couvents. Dans les grandes maisons où existe un service de cafétéria, l’heure des repas s’échelonne sur une plus longue période de temps et permet de rencontrer des personnes différentes au cours d’une semaine.  Dans une plus petite communauté, le repas est peut-être servi à des heures régulières, mais il se prolonge souvent au gré des conversations fraternelles. Avant le Concile Vatican II, les déjeuners étaient pris en silence, alors que les diners et soupers étaient accompagnés d’une lecture spirituelle. 


Les Sœurs de la Charité d’Ottawa sont connues pour avoir le sens de la fête. Elle célèbre, dans la simplicité, les événements importants de la Congrégation et de la vie de ses membres. Chaque communauté souligne, à sa manière, l’anniversaire de la fondation, le 20 février, ainsi que la naissance et la mort de Mère Bruyère les 19 mars et 5 avril. De plus, la Congrégation célèbre la naissance, la mort et la canonisation de sainte Marguerite d’Youville, respectivement les 16 octobre, 23 décembre et 9 décembre. Les Sœurs de la Charité d’Ottawa sont une branche issue du grand arbre youvillien. La communauté d’Ottawa a aussi gardé la coutume, héritée des Sœurs de la Charité de Montréal (Sœurs Grises), de marquer par une fête champêtre, la fête de saint Louis, le 25 août.  En ce jour, en 1755, Mère d’Youville et ses premières compagnes revêtaient l’habit religieux pour la première fois; la date avait été choisie pour honorer Louis Normant Du Faradon, sulpicien, guide spirituel de la fondatrice et de sa communauté naissante. Partout dans la Congrégation, même dans les missions hors-Canada, une fête champêtre rassemble les sœurs heureuses de prier et de se divertir ensemble.


Les Sœurs de la Charité d’Ottawa célèbrent chaque année les jubilés des sœurs qui atteignent 25, 50, 60, 70 et 75 ans de vie consacrée. En 2012, une des sœurs célébrait 80 ans de profession religieuse.  La célébration de l’eucharistie est suivie d’un repas festif avec décorations, vœux et présents appropriés à la circonstance.  Les anniversaires de naissance des sœurs ne passent pas inaperçus dans les communautés locales. Lorsqu’une sœur atteint l’âge vénérable de 100 ans, une fête rassemble aussi des membres de sa famille avec les sœurs de sa communauté locale.


L’anniversaire de naissance de l’animatrice générale de la Congrégation, appelée supérieure générale jusqu’en 2004, est le moment d’un rassemblement communautaire d’importance pour souligner le rôle nécessaire et apprécié de l’autorité.  Une activité d’animation communautaire ou une présentation artistique est souvent intégrée au programme de la journée, de même qu’une messe et un repas festif.  Parfois, les sœurs des pays hors-Canada sont invitées à y participer par des messages spéciaux pour l’occasion. Si quelques déléguées de ces pays participent à un autre événement communautaire, un Conseil de Congrégation ou un Chapitre général par exemple, celles-ci sont invités à la fête.


L’animation communautaire est un autre aspect important de la vie fraternelle. À la suite d’un Chapitre général, en lien avec les décisions qui ont alors été prises, des orientations sont choisies pour animer la vie et l’engagement des sœurs de toute la Congrégation. Elles sont envoyées aux huit directions provinciales pour que celles-ci en fassent la promotion dans leur région.  Ces suggestions de réflexion, de prière, de partage et d’engagement sont traduites en anglais, en portugais et en japonais, afin que toutes les communautés locales puissent y avoir accès.  Au Brésil, aux États-Unis, au Lesotho, ou ailleurs dans l’une ou l’autre des communautés locales, il est possible de reconnaître les mêmes points, avec souvent un accent différent, mais rejoignant le grand thème identifié pour l’animation communautaire entre deux Chapitres généraux.


Les Sœurs de la Charité d’Ottawa ont conservé la pratique de la retraite mensuelle qui prévoit un dimanche par mois au cours duquel le silence est observé du lever jusqu'à 16h, sauf pour le repas du midi où les sœurs sont invitées à partager fraternellement.  Cette pratique du silence favorise le recueillement, la réflexion et la prière prolongée.  En plusieurs endroits, la journée de retraite se termine par une Heure d’Adoration silencieuse devant le Saint-Sacrement exposé, suivie de la prière des vêpres.  Si ce dimanche de retraite mensuelle coïncide  avec une journée liturgique spéciale, par exemple la Journée mondiale de prière pour les vocations ou pour les missions, une célébration de la Parole rassemble les membres au moment de l’Adoration.


Plusieurs groupes communautaires des Sœurs de la Charité d’Ottawa participent chaque semaine à un moment de partage de la Parole, un exercice de lecture et de partage, en petit groupe, qui permet d’approfondir davantage le message contenu dans les lectures bibliques de la liturgie dominicale.


La période des vacances se vit habituellement en communauté et non avec la famille ou des amies de l’extérieur.  Les sœurs choisissent l’endroit, un chalet ou un autre couvent situé à la campagne, ainsi que leurs compagnes de vacances.  Les activités varient selon le goût de chacune, mais l’horaire est très souple. C’est un temps dédié au repos et au ressourcement. Les sœurs visitent leur famille selon les disponibilités, l’état de santé des membres de leur famille ou la distance à parcourir pour les rejoindre.


Les biens (salaires, pensions) des membres de la communauté sont mis en commun. Le budget est préparé communautairement et soumis à l’approbation de l’administration provinciale. Chaque sœur évalue ses dépenses les plus importantes au cours de l’année à venir et en remet la liste à son animatrice locale. Chaque sœur prend la responsabilité de respecter son budget personnel et obtient l’argent auprès de son animatrice.  Elles ont la possibilité de disposer d’une petite caisse qui leur permet d’acquérir des biens de moindre valeur. Les dépenses qui concernent tout le groupe (nourriture, électricité, chauffage, etc.) sont incluses dans le budget total pour la maison.  Ce partage des ressources permet de répondre aux besoins de chacune, sans discrimination, de soutenir les œuvres, au Canada ou ailleurs, et de contribuer à des organismes de bienfaisance qui poursuivent la mission des Sœurs de la Charité d’Ottawa.


Au Canada, les soeurs sont enterrées au cimetière Notre-Dame, du diocèse d’Ottawa, lieu de fondation de la Congrégation. Ayant constaté que les lots réservés ne suffiraient pas pour y enterrer toutes les sœurs, d’autres ont été achetés au cimetière de l’Espoir, du diocèse d’Ottawa. En 2009, une consultation écrite a été soumise aux sœurs, leur demandant si elles acceptaient d’être incinérée afin d’être enterrées toutes ensemble au Cimetière Notre-Dame.  La très grande majorité a répondu par l’affirmative. Des monuments ont été ajoutés sur les lots communautaires afin que tous les noms puissent être inscrits au moment indiqué.  Lors d’une célébration de la Parole au cimetière Notre-Dame, on y enterre les urnes de celles décédées dans les derniers mois. Les sœurs sont ensemble dans la vie comme dans la mort.


 

Localisation

Municipalité: Ottawa
Lieu: Maison mère des Soeurs de la Charité d'Ottawa, 9, rue Bruyère, Ottawa, K1N 5C9
Téléphone: 613-241-2710
Télécopieur: 613-241-5509
Site Web: http://www.soeursdelachariteottawa.com/Francais/home-francais.html

Source

Sœur Lorraine Desjardins
Titre, rôle et fonction : Animatrice générale de la Congrégation
Lien avec la pratique : Elle est entrée en communauté en 1959. Elle est animatrice générale de la Congrégation depuis 2004.

Enquêteurs : Francesca Désilets , Anne-Florence Bisson
Date d'entrevue : 7 décembre 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: