L’École normale de Sainte-Anne-des-Monts et la pédagogie des Sœurs de Saint-Paul de Chartres — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

L’École normale de Sainte-Anne-des-Monts et la pédagogie des Sœurs de Saint-Paul de Chartres

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Gaspé
Communauté religieuse: Soeurs de Saint-Paul de Chartres

Classé sous Organisation religieuse (9200), Mission (9260), Oeuvre (9262).

Historique général


Le pensionnat, 1945-1972
© Archives des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, soumis à copyright

Les premières écoles normales voient le jour au Québec en 1857, suite à la création de trois écoles d’État, soit Jacques-Cartier et MacDonald à Montréal, Laval à Québec.  D’abord destinées aux  religieuses ou aux frères enseignants, les écoles normales, de plus en plus nombreuses au début du XXe siècle, veillent à la formation des institutrices.  Le terme « normale », emprunté aux écoles normales supérieures de France, réfère d’ailleurs aux méthodes d’enseignement utilisées, devenues la norme pour toutes les écoles relevant de l’État. Formant les futures enseignantes, les écoles normales s’étendent graduellement à tout le territoire québécois. L’enseignement se décentralise, quarante-quatre écoles normales étant fondées sur le territoire québécois entre 1940 et 1960.

L’établissement d’une institution de formation apparaît tout désigné en Gaspésie, une telle formation palliant au manque d’institutrices en région. Monseigneur François-Xavier Ross, alors évêque de Gaspé, confie aux Ursulines, en 1924, l’École normale de Gaspé. À Sainte-Anne-des-Monts, après l’ouverture de l’hospice en 1930 et celle du noviciat, en 1932, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres répondent favorablement aux demandes municipales et ecclésiales. Elles fondent en 1942 le Pensionnat Saint-Paul, auquel s’ajoute l’École normale en 1945. Deux écoles normales, privilégiant chacune une approche, une ouverture et une pédagogie différentes, desservent alors le diocèse de Gaspé.

Sœur Laurette Lebreux fréquente l’École normale de Sainte-Anne-des-Monts comme étudiante au sein de la deuxième cohorte, en 1946, la première ayant inauguré l’établissement suite à son ouverture. Dès la fondation de l’École normale, les jeunes filles doivent avoir réussi un minimum de neuf années de scolarité pour y être admises. L’École normale offre un premier diplôme après un minimum de onze années d’étude. Sœur Laurette Lebreux obtient ainsi le sien en 1948.

À partir des années 1950, la scolarité des écoles normales s’enrichie et se diversifie. Une réforme, en 1953-1954, introduit trois niveaux de brevets (A, B, C) et une variété de spécialisations. Alors que le brevet C, le moins avancé, accrédite l’enseignement à l’élémentaire, le brevet B, et particulièrement le brevet A, s’approchent du baccalauréat ès Arts . D’abord réservée aux jeunes femmes pensionnaires, l’École normale de Sainte-Anne-des-Monts ouvre progressivement ses portes aux jeunes femmes externes, puis aux garçons au début des années 1960.

Selon le rapport Parent, publié en 1963-1964, le Québec compte 106 écoles normales, soit 11 écoles normales de garçons, 70 écoles normales de filles et 25 scolasticats écoles normales pour le personnel enseignant religieux. Avec la Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec et le rapport en émanant, la formation des enseignants relève désormais de l’université et des facultés de sciences de l’éducation. La plupart des écoles normales —de même que les collèges classiques et les instituts familiaux— ferment leurs portes entre 1965 et 1970; les dernières cessent leurs activités en 1974. Fermée en 1967-1968, l’École normale de Sainte-Anne-des-Monts aura formé plusieurs cohortes d’enseignants, pouvant accueillir jusqu’à 50 normaliens par année.

Description


Élèves de 1ère année, 1960
© Archives des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, soumis à copyright

Les premières écoles normales étant créées en France, les horaires, les cours classiques et méthodes d’enseignement utilisées au Québec s’en trouvent influencés. Les écoles normales désignent au Québec les établissements formant les enseignants des écoles primaires. Elles constituent souvent, à l’exception des grands centres, les seules institutions d’enseignement supérieur menant à une carrière pour les jeunes femmes. Pour sœur Laurette Lebreux, étudier à l’école normale représentait un accès au savoir, un avancement social, la possibilité de participer à un service utile, l’éducation, en plus de conduire à davantage d’autonomie.

Formant les futurs « maîtresses » et  « maîtres d’école », l’enseignement de l’École normale de Sainte-Anne-des-Monts s’appuie sur l'ouvrage de monseigneur François-Xavier, fondateur de l’École normale de Rimouski, puis évêque de Gaspé. Son Manuel de pédagogie théorique et pratique se divise en quatre parties : L'Institutrice, L'Enfant, La Méthodologie et L'Organisation des écoles. Innovateur, son enseignement repose sur le courant de l’école active. Le manuel, dont les premières et dernières éditions datent respectivement de 1916 et 1952, connaîtra une grande longévité.

Outre les cours de pédagogie, de méthodologie de l’enseignement et de psychologie de l’enfant, des cours de langues, de littérature, d’histoire, de sciences et de philosophie sont offerts. Les arts et la culture occupent également une importance singulière dans l’enseignement. L’école de musique attenante à l’École normale permet d’ailleurs à plusieurs jeunes femmes, dont sœur Laurette Lebreux, de s’initier à la musique. Un studio dédié aux arts visuels permet de plus au normaliennes de se former au dessin, à la peinture, à la sculpture, aux cuir et étain repoussés. Les classes pratiques côtoyant les cours théoriques, les jeunes femmes trouvent grand plaisir et loisir. La mise en scène de pièces de théâtre mettant la littérature à l’étude à l’honneur y participe. Dès sa fondation, l’École normale de Sainte-Anne-des-Monts compte des professeurs laïcs.

Ouvert dès 1942, un pensionnat accueille les étudiants du primaire, garçons et filles, et héberge les filles et les normaliennes de l’École normale à Sainte-Anne-des-Monts. Dans leurs études, les normaliennes peuvent développer les attitudes et habiletés pour devenir enseignantes, intervenant à titre de « petites mères » pour les enfants de la 1ère à la 3e années du primaire. Avec cette responsabilité et cette formation pratique, elles démontrent leur capacité à travailler avec les élèves, à intervenir auprès d’eux. Au quotidien, les « petites mères » veillent à la préparation des enfants avant les classes, au déjeuner, etc. Le climat se dégageant du pensionnat de Sainte-Anne-des-Monts se veut effectivement familial. Pour sœur Laurette Lebreux, les religieuses apparaissent comme des mères et les normaliennes comme des petites mères au sein de cette famille. Du fait que chacun a des devoirs et des responsabilités, tous prennent part à la vie dans le pensionnat.

Apprentissage et transmission


Élèves au bricolage, 1958
© Archives des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, soumis à copyright

La transmission de valeurs telles la simplicité, l’entraide et l’espérance teinte l’enseignement à l’École normale de Sainte-Anne-des-Monts, valeurs qui, selon sœur Laurette Lebreux, « font vivre, aimer, travailler, croire, donnent du sens à l’âme». Le sens des responsabilités, des droits et devoirs de chacun importe dans la vie en communauté au pensionnat. Les étudiants sont de plus invités à s’impliquer dans leur milieu et à participer aux mouvements de jeunes à l’exemple des Croisées, de la Jeunesse étudiante chrétienne, des Enfants de Marie, organisations véhiculant des valeurs telles la franchise, le dévouement, la pureté, la prière et la générosité.

Plus qu’une formation pédagogique, l’École normale de Sainte-Anne-des-Monts a légué aux étudiants une formation spirituelle et culturelle. Fidèles à leur charisme et à leur fondation, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres se sont attachées à élever le niveau humain et spirituel des étudiants, lesquels interviendront ensuite auprès des leurs. Femmes de cœur, les religieuses appréciaient l’accomplissement du travail et faisaient preuve de simplicité volontaire, de générosité, d’ouverture. Selon sœur Laurette Lebreux, il convient, comme religieuse, d’être bénédiction pour soi et pour les autres. À travers leur enseignement et la manière dont elles vivaient, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont transmis leurs valeurs, incitant au travail, à la vaillance, au courage.

Localisation

Municipalité: Sainte-Anne-des-Monts
Région administrative: 11 Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
Lieu: Maison provinciale des Soeurs Saint-Paul de Chartres (Notre-Dame-de-la-Paix), 255, rue du Domaine-Saint-Paul, Sainte-Anne-des-Monts, G4V 2G3
Téléphone: 418-763-2231
Site Web: http://www.stpaulrome.com/fr-canada.html

Source

Soeur Laurette Lebreux
Lien avec la pratique : Sœur Laurette Lebreux fréquente l’École normale de Sainte-Anne-des-Monts de 1946 à 1948, avant d’y enseigner la pédagogie de la musique pendant 17 ans. Suite à la fermeture de l’établissement, elle enseigne la religion et la formation personnelle et sociale dans les polyvalentes pendant 23 ans. Toujours active, elle enseigne depuis 65 ans sa passion, la musique.

Enquêteurs : Marjolaine Boutin, Valérie Vachon-Bellavance
Date d'entrevue : 26 janvier 2012


Partenaires

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