Les cinq piliers de l'islam — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

Les cinq piliers de l'islam

Tradition: Islam
Appartenance: Islam
Groupe: Musulman soufiste
Paroisse, congrégation ou équivalent: Centre soufi Naqshbandi de Montréal

Classé sous Système de croyance (9100), Mythe (récit fondateur d’une religion) (9130), Récit historique ou légendaire (9133).

Historique général


Mosquée du dôme du Rocher de Jérusalem
© IPIR 2011 Soumis à copyright

L'islam, lors de sa première manifestation, va débuter à la Mecque, là où vit le Prophète Muhammad. Mais, graduellement, le message prophétique va s'étendre à toute l'Arabie. Et très rapidement après la disparition du Prophète, au moyen du prosélytisme et d'un certain nombre de conquêtes, l'islam va s'étendre, au cours des deux premiers siècles, de la Chine au Maroc. Aujourd'hui, quinze siècles plus tard, les musulmans constituent plus du quart de la population mondiale; on les retrouve sur les cinq continents. Au cours des XIXe-XXe siècles, grâce à divers échanges, de plus en plus de musulmans vont émigrer en Occident. Ce qu fait de l'islam la deuxième religion dans maints pays occidentaux. C'est le cas au Québec où l'islam occupe le deuxième rang après le regroupement des religions chrétiennes. À côté des musulmans issus de l'immigration, il y a également, parmi les populations locales des pays occidentaux, ceux et celles qui, à la lumière des événements internationaux de la dernière décennie, vont s'intéresser à la religion musulmane et découvrir qu'elle ne correspond pas à ce qu'on en dit dans les médias.


La religion musulmane a vu le jour, il y a à peu près 15 siècles, sous le mode d'une révélation : l'ange Gabriel s'est manifesté au Prophète Muhammad pour lui révéler le Coran. Cela fait de l'islam une religion monothéiste fondée sur la croyance en un Dieu unique et absolu qui s'appelle Allah. Et cela fait aussi de l'islam une religion qui s'inscrit dans la même lignée que le judaïsme et le christianisme, ce qui a fait dire au Prophète Muhammad qu'il est venu pour compléter les missions prophétiques d'Abraham, de Moïse et de Jésus. C'est pourquoi les enseignements contenus dans le Coran sont assez similaires à ce qui existe dans l'Ancien et le Nouveau Testament : les notions de bien et de mal, d'équité, de justice, de partage; des lois sur l'organisation de la famille, de la société, de l'État; des lois sur les obligations des gouvernants et des gouvernés, etc. Il y a également une série de recommandations relatives aux pratiques religieuses comme la prière cultuelle ou le jeûne du Ramadan. Et ainsi que le souligne l'imam Omar Koné, le Coran renferme également une invitation à l'excellence de l'humain; la Révélation va rappeler que les descendants d'Adam possèdent un côté matériel, qui est animal, et un côté spirituel qui se doit d'être éduqué, cultivé, nourri par l'apprentissage, la prière, la connaissance et le partage des connaissances.

Description


Photo de La Mecque
© IPIR 2011 Soumis à copyright

Révélé à la Mecque et à Médine pendant les vingt dernières années de la vie du Prophète, le Coran comprend 114 sourates (chapitres) qui sont de longueur inégale. Ces sourates, comportent des versets ('âyât) et sont introduites, sauf la neuvième, par la basmala, c'est-à-dire la formule : «Au nom de Dieu Clément et Miséricordieux». Chaque sourate peut porter sur un sujet particulier et revenir, en même temps, sur d'autres sujets abordés par d'autres sourates. La première sourate, la Fatiha, ne compte que sept versets et sert d'introduction au Coran; elle est, néanmoins, essentielle dans l'accomplissement de la quasi-totalité des pratiques religieuses.


Tout à côté du Livre saint de l'islam, le Coran, il y a la Sunna : les recueils de hadiths (textes) qui font état des actes et des paroles du Prophète Muhammad. Chaque hadith comprend l'information de ce qui est rapporté (matn) et la chaîne des transmetteurs qui l'ont rapporté (isnâd). Le recueil de hadiths auquel on renvoie la plupart du temps est le Sahîh d'Al-Bukhârî.


S'ajoute la Sîra ou «Biographie» du Prophète Muhammad. Le récit de vie du Prophète a été établi par Ibn Hishâm, au IXe siècle, à partir de la version d'Ibn Ishâq, laquelle date du milieu du VIIIe. Bien que l'islam soit centré sur le message coranique, le Prophète demeure, pour les musulmans de tous les temps, le «Bel Exemple», comme le souligne le Coran : XXXIII, 21. Sa vie est un enseignement magistral qui porte sur le respect, la paix, la justice, l'humilité, la douceur, l'indulgence, la magnanimité, l'amour. La Sîrava, entre autres, explicite davantage certains épisodes abordés par le Coran et la Sunna. C'est le cas, par exemple, du voyage nocturne ('isrâ') de la Mecque à Jérusalem et de l'ascension (mi'râj) jusqu'au «jujubier de la Limite» (sidrat al-muntahâ), auprès de Dieu. C'est un voyage accompli par le Prophète à l'aide d'une monture miraculeuse appelée al-Burâq, en compagnie de l'ange Gabriel; un voyage au cours duquel il a pu visiter le monde céleste, rencontrer Abraham, Moïse, Jésus et d'autres prophètes et recevoir les cinq prières cultuelles.


Le musulman est tenu d'observer des pratiques cultuelles appelées les «cinq piliers de l'islam» : l'attestation de foi (shahâda), la prière cultuelle (salât), l'aumône légale (zakât), le jeûne du mois de Ramadan (sawm) et le pèlerinage à la Mecque (hajj). L'attestation de foi consiste à prononcer la formule : «J'atteste qu'il n'y a d'autre divinité qu'Allah et j'atteste que Muhammad est son messager». En prononçant cette formule, on témoigne rigoureusement de l'unicité de Dieu et de la croyance au message de Muhammad. Il suffit de la prononcer devant témoins pour devenir musulman. La prière cultuelle (salât) est obligatoire cinq fois par jour; elle requiert, avant son accomplissement, une purification rituelle par ablution appelée wudû'. Elle s'effectue en se tournant vers la qibla ou direction de la Ka'ba, le sanctuaire de la Mecque. En Islam, on distingue la prière (salât) de l'invocation (du'â'). La première est une adoration obligatoire selon un code, une gestuelle et un rituel déterminés; elle s'accomplit en arabe, la langue dans laquelle le Coran a été révélé. La seconde est le fait de s'adresser à Allah librement, à tout moment, de manière spontanée et dans la langue de son choix. L'aumône légale (zakât) est versée par tout musulman qui en a les moyens aux nécessiteux, aux veuves, aux orphelins, etc. L'aumône légale (zakât) est versée également pour construire les mosquées, les écoles, les hôpitaux, les routes, etc. Elle vise en fait la répartition des richesses sur la collectivité pour le bien commun. C'est un prélèvement pris sur les avoirs accumulés pendant une année (hawl), soit 25 dollars par tranche de 1000 dollars, selon l'imam Omar Koné. Le jeûne du mois de Ramadan consiste à s'abstenir de manger, de boire et d'avoir des rapports sexuels, depuis l'aube jusqu'au coucher du soleil. Il est obligatoire pour tout musulman (homme et femme) pubère, en bonne santé, sain d'esprit et capable de le supporter. Néanmoins, des «allégements» ont été prévus dans des cas bien précis. Le but du jeûne de Ramadan est de se rapprocher davantage de Dieu, par le contrôle de soi physiquement et moralement, par l'éducation de l'égo, par la tolérance, par les différentes prières à la mosquée, par l'aumône aux pauvres, par la fréquence de la lecture du Coran. Le pèlerinage à la Mecque (hajj) incombe, une fois dans la vie, à tout musulman adulte, sain d'esprit, libre et qui en possède les moyens; il a toujours lieu durant la première quinzaine du mois de dhul-hijja. Le pèlerinage, aux yeux de celui ou celle qui l'accomplit, représente un accomplissement sur le plan spirituel.


L'islam possède son propre calendrier. Un calendrier lunaire, dit hégirien, dont les mois sont : muharram, safar,rabî' al-'awwal, rabî' ath-thânî, jumâdâ al-'awwal, jumâdâath-thânî, rajab, sha'bân, ramadân, shawwâl, dhul-qi'da, dhu l-hijja. Ce calendrier est jalonné d'importantes célébrations. Ainsi, la fête de la rupture du jeûne, Aïd al-Fitr, est célébrée le premier jour de shawwâl, juste après le Ramadan, celle du sacrifice, Aïd al-'Adhâ, qui commémore le sacrifice d'Abraham, est célébrée le 10 dhu l-hijja. Il y a également la fête de la naissance du Prophète Muhammad, Aïd al-Mawlid an-Nabawî, qu'on célèbre le 12 rabî'al-'awwal. Néanmoins, sur le plan spirituel, le moment le plus culminant du calendrier musulman demeure le mois de Ramadan, car c'est au cours de ce mois que le Coran a été révélé.


L'islam réserve une place importante aux anges (al-Malâ'ika), lesquels ont été créés de lumière. Le Coran ne mentionne pas d'hiérarchie pour les anges. Cependant, on a pu les différencier par les rôles qui leur ont été assignés. Ainsi l'ange Gabriel (Jibrîl) possède le rôle le plus important, car il porte le message de Dieu aux humains. L'ange Ridwân est chargé de garder le Paradis et l'ange Mâlik est le gardien des enfers; l'ange de la mort est 'Azrâ'îl et 'Isrâfîl, lui, est l'ange de la trompette de la Résurrection. On attribue aux anges l'impeccabilité ('isma) et l'obéissance inconditionnelle à Dieu, qu'ils louent inlassablement nuit et jour. Ils habitent les cieux, mais certains d'entre eux gardent les humains et enregistrent tous leurs actes.


En islam, il est question aussi des Djinns, des êtres créés de feu, invisibles aux humains. Ils peuvent se manifester sous différentes formes. Ils peuvent également être bons ou mauvais, mécréants ou croyants. Du reste, le message coranique s'adresse aux humains et à eux (Coran, LXXII).


L'islam connaît aussi des tendances et des écoles, chacune se réclamant de sa propre conception religieuse. Actuellement, il existe, grosso modo, deux grandes tendances : le sunnisme et le chiisme. Le sunnisme comprend quatre écoles : le malékisme, le hanafisme, le chafiisme et le hanbalisme. Le sunnisme reconnaît le Coran, la Sunna et l'accord unanime des savants ('ijmâ'). Le chiisme reconnaît les deux premiers, mais remplace le dernier par la décision de l'imam (guide), qui doit absolument être un membre de la famille du Prophète, c'est-à-dire un descendant d'Ali. Et toujours selon le chiisme, l'imam est le guide suprême des musulmans et leur chef spirituel par excellence.


Comme les autres religions monothéistes, l'islam, lui aussi, parle de la fin des temps. Celle-ci verra l'arrivée de l'antéchrist (dajjâl) qui accomplira de faux miracles et fera régner la fitna (dissension; trouble) sur le monde. Surviendra alors le Mahdi –le «bien guidé»– qui restaurera la religion, rassemblera la 'Umma (nation) des croyants et vaincra l'antéchrist, après le retour de Jésus sur terre, lors d'une grande bataille (al-malhama al-kubrâ) qui opposera les forces du bien à celles du mal.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: Centre soufi Naqshbandi de Montréal, 138, Rue Fairmount Ouest, Montréal, H2T 2M5
Téléphone: (514) 270-9437
Site Web: http://www.naqshbandi.ca/

Source

Omar Koné
Titre, rôle et fonction : Omar Koné est l'imam responsable du Centre Soufi Naqshbandi de Montréal

Enquêteurs : Ahmed Sdiri, Roseline Bouchard
Date d'entrevue : 8 janvier 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: