Les pratiques funéraires chez les Soeurs de Sainte-Anne — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

Les pratiques funéraires chez les Soeurs de Sainte-Anne

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Montréal
Communauté religieuse: Soeurs de Sainte-Anne

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Geste rituel (9328).

Historique général


Bouteille contenant les voeux des Soeurs de Sainte-Anne
© IPIR, 2011, soumis à copyright

Jusqu’en 1936, la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne ne pratiquait pas l’embaumement. Le corps était inhumé sans soins particuliers, tout comme les fidèles dans les paroisses. L'embaumement a été autorisé en 1937, dans certains cas particuliers. À cette époque, l’embaumement était rarement pratiqué. Monsieur Héroux a effectué le premier embaumement dans la communauté. Par la suite, la pratique s’est progressivement installée dans la communauté.

L’embaumement s’effectuait trois heures après l’attestation du décès par le médecin. Une sœur appelait alors l’embaumeur, puis celui-ci apportait ses instruments. Une salle au sous-sol était dédiée à la pratique des soins funéraires.  

Sœur Claudia Lacroix, assistée par sœur Cécile Laliberté, ont accompagné « l’embaumeur » pendant plusieurs années. En 1963, sœur Gisèle Labelle leur succède en assistant un thanatologue en charge de l’exécution de l’embaumement. Cette pratique est devenue une coutume de la communauté des Sœurs de Sainte-Anne de Lachine.

Depuis la fin des années 1980, les religieuses n’assistent plus aux embaumements. Le recrutement devenait difficile. Une entreprise est alors engagée pour effectuer les soins funéraires. En 2011, il s’agit du Groupe Yves Légaré, une entreprise prenant en charge le transport et l’embaumement des religieuses décédées.

Description


Cimetière des Soeurs de Sainte-Anne
© IPIR 2011, soumis à copyright

L’embaumeur, assisté de religieuses, vide de son sang le corps des personnes décédées, en sectionnant la carotide et l’artère humérale. Un trocart, instrument chirurgical sous la forme d'une tige cylindrique creuse, pointue et coupante à son extrémité et surmontée d'un manche, permet d’évacuer les fluides de l’intestin et de la vessie.  La formaline est pompée à l’intérieur du corps en même temps que l’évacuation des résidus.

Les religieuses étaient présentes, notamment pour habiller la personne décédée et pour la transporter au salon funéraire de la communauté. Les vêtements sont coupés au milieu du dos pour faciliter leur enfilement. En 2011, les sœurs portent, en général, un costume bleu marine et un chemisier blanc. À leur décès, les religieuses sont revêtues de ces vêtements.

Les religieuses décédées étaient également coiffées et maquillées. Après l’embaumement, le corps était déposé dans la tombe et transporté au salon funéraire. Le corps était présenté de la manière la plus naturelle possible. Sœur Gisèle Labelle demeurait dans le salon funéraire pour intervenir en cas de problème, comme l’ouverture des yeux ou de la bouche.

Une veillée de prière précède la cérémonie des funérailles célébrées à la chapelle. Le texte des vœux perpétuels de la religieuse décédée est déposé près du cercueil. Ces vœux de charité, de chasteté et d’obéissance débutaient ainsi : «Je, (nom de la sœur), voulant me consacrer à Dieu dans la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne [...].» Une sœur est attitrée à dactylographier la formule de vœux sur un papier très fin, nommé papier oignon. Chaque sœur est enterrée avec une bouteille scellée contenant la formule de ses vœux. Le papier est plié de sorte que les noms religieux et civil soient visibles sans ouvrir la bouteille.

Jusque vers la fin des années 1960, un drap noir recouvrait le cercueil pendant le transport de celui-ci à la chapelle. Pendant le transport du cercueil jusqu’à la chapelle, quatre religieuses tenaient chacune l’un des coins de ce drap. Par la suite, le drap noir a été remplacé par un drap blanc, signifiant la joie. En 2011, les cercueils en imitation de chêne ne sont plus recouverts d’un drap. On y dépose plutôt une gerbe de fleurs. Le déroulement de la cérémonie des funérailles est similaire à celui d’une personne laïque, selon les directives de l'Église.


Les Sœurs de Sainte-Anne optent très rarement pour l’incinération. Un cimetière est situé derrière la maison mère. À un certain moment, il a fallu procéder au transfert des sépultures des sœurs décédées au couvent depuis les débuts de la communauté jusqu’à mai 1956. Il y avait 570 dépouilles de professes et novices, 7 de postulantes et 10 de laïques. Des personnes ont prélevé les ossements pour les mettre dans une tombe commune. La bouteille identifiant la religieuse dans son cercueil permettait de savoir de qui il s’agissait.

La fondatrice a été inhumée le 2 janvier 1890. En 1913, le cercueil a été exhumé afin de mettre ses restes dans un cercueil de pin recouvert de cuivre. En 1945, son corps a été de nouveau transféré dans un cercueil en frêne blanc. En 1999, pour la quatrième fois, le tombeau de mère Marie-Anne sera ouvert afin d’obtenir des ossements pour faire des reliques de première classe en vue de sa béatification en 2001.

Apprentissage et transmission


Instruments nécessaires à l'embaumement
© IPIR 2011, soumis à copyright

Des tableaux nécrologiques situés près de la chapelle de la maison mère recensent toutes les sœurs de Sainte-Anne décédées de la fondation de la communauté jusqu’à nos jours. Ainsi, les religieuses décédées ne sont pas oubliées puisqu’elles demeurent dans la mémoire communautaire. Le nom de religion, le nom civil, la date de décès et le numéro de matricule sont inscrits sur ces tableaux. Les noms sont indiqués selon l’ordre chronologique des décès. Il s’agit non seulement des noms des sœurs de la communauté locale, mais de l’ensemble de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne. Un espace est prévu pour chacune des sœurs faisant actuellement partie de la Congrégation.

Les six tableaux comportent une peinture représentant la Mort et le Jugement dernier. Sur le premier tableau de 1850, la Mort est représentée par un cimetière. Le second tableau représente le Jugement par une balance. Le troisième tableau énumérant les décès de 1953 à 1973 évoque le purgatoire, alors considéré comme un lieu de purification, par le feu. Le quatrième tableau illustre l’entrée au ciel. L’avant-dernier tableau, répertoriant les sœurs décédées de 1990 à 2006, représente une image de la sainte face glorieuse. Il évoque qu’au moment du décès, la religieuse est remplie de lumière, unie avec le Christ dans la joie éternelle. Enfin, sur le dernier tableau est représenté un livre sur une croix avec une violette. Le livre représente la mémoire des sœurs qui sont disparues.

Localisation

Municipalité: Lachine
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: La maison mère de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne, 1950, rue Provost, Lachine, H8S 1P7
Téléphone: (514) 637-3783
Site Web: http://www.ssacong.org

Source

Soeurs Gisèle Labelle
Titre, rôle et fonction : Assistante au thanatologue
Lien avec la pratique : Sœur Gisèle Labelle a appris auprès de sa prédécesseure et en observant le travail du thanatologue. Elle travaille également comme infirmière et en physiothérapie.

Enquêteurs : Francesca Désilets , Anne-Florence Bisson


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: