L'église Saint-Dominique de Québec, témoin de la vie dominicaine — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de lieu

L'église Saint-Dominique de Québec, témoin de la vie dominicaine

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Québec
Communauté religieuse: Dominicains

Classé sous Organisation religieuse (9200), Espace religieux (9270), Édifice religieux (9272).

Historique général


Église Saint-Dominique
© IPIR 2012, soumis à copyright

Lorsque les Dominicains arrivèrent à Québec en 1906, ils n’avaient pas de couvent pour les héberger. Ils n’avaient pas de lien avec les paroisses, sauf celui de la prédication de retraite paroissiale, et certains dispensaient des cours à l’université. Il faut attendre 1925 pour que les Dominicains prennent en charge une paroisse à Québec, Saint-Dominique, sur le site où ils étaient déjà installés depuis 1908.

À leur arrivée en 1906, les Dominicains ont d’abord loué une simple maison rue Taché. Le 1er juin 1906, ils célébrèrent la première messe dans leur petite chapelle. En 1908, ils changent de résidence et logent désormais dans l’ancien Battlefield Cottage, situé sur la rue Grande Allée. Dès lors, ils décident d’aménager rapidement une chapelle. Pour avoir plus d'espace, ils l'agrandissent en mobilisant l’ancienne écurie et le poulailler. Par conséquent, elle est aussi appelée « écuries des pères ». Ce nom rappelle l’ancienne fonction du lieu. Cet endroit, très populaire, a largement attiré la population locale, et ce, jusqu’en 1919.


Les Dominicains s’installent dans une chapelle plus grande où allait naître la paroisse Saint-Dominique. La chapelle est construite à partir de 1925, par l’architecte J. Albert LaRue, et désormais, la chapelle située sur Grande Allée obtient le statut d’église paroissiale. Inaugurée à Noël en 1930 avec une foule de 2000 personnes, la fréquentation du lieu n’a cessé d’augmenter. Cependant, le soir du jour de l’an 1939, l’étage des mansardes de l’ancienne chapelle prend feu, seule la bibliothèque est épargnée. À partir de cette date, les Dominicains aménagent un couvent où ils résideront pendant près de soixante-dix ans.

Aujourd’hui le couvent n'existe plus. Il a été acheté par le Musée national des Beaux-arts de Québec pour son agrandissement. L’église persiste toujours.

Description


La chaire
© IPIR 2012, soumis à copyright

J. Albert LaRue, architecte de l’église, était professeur à l’École des Beaux-Arts de Montréal lors de la commande en 1929. Très rapidement, il s’était bâti une réputation comme architecte des Dominicains. Selon Jacques Marcotte, le choix de l’architecte fut critiqué à Québec par les habitants car les Dominicains avaient choisi un architecte de Montréal et non un architecte local. J. Albert LaRue présenta un plan original qui ne faisait pas l'unanimité au début. L'architecte a construit l’église et l’ensemble conventuel dans un style gothique anglais. Ce style se retrouve à Montréal, Ottawa mais peu à Québec. Son plan en croix latine permet aux Dominicains de retrouver le plan traditionnel des églises abbatiales.

Dans le plan, l’élévation n’apparaît pas, le clocher en est une marque unique. L’architecte a tracé la voie aux éléments de sculpture et confia l’ensemble des réalisations de sculpture et d’ornementation à un seul artiste dans le but de conserver son harmonie. En 1939, l’artiste sculpteur, Lauréat Vallière, formé par l’ébéniste Joseph Villeneuve, commença le chantier. Il est aidé par son fils Robert pour les éléments répétitifs de l’ornementation. Le chantier se prolongea jusqu’en 1953. Les matériaux locaux, comme le bois de chêne gris d’Amérique vernis au naturel, sont privilégiés.

Le décor de l’église Saint-Dominique peut être classé en trois catégories : l’ornementation, les moulures et les figures humaines qui sont de loin les plus représentées. Chaque élément du décor est lié aux Dominicains et au Québec. Par exemple, 22 statues en chêne, placées à mi-hauteur de la nef, presque de grandeur nature, représentent pour la grande majorité d’entre elles des saints ou saintes de l’ordre des Dominicains, et le programme sculptural est inspiré par la vie dominicaine et ses traditions. Notons, à titre d’exemple, la présence de la mère Jeanne D’Aza et de son fils Dominique, sainte Rose de Lima ou encore sainte Catherine de Sienne.

Le programme sculpté de la chaire est tout aussi important. Des scènes légendaires, de la vie de saint Dominique au XIIe siècle, sont représentées sur sept tableaux de bois en bas-relief. Le chœur des religieux est le lieu de prière où se trouve une surabondance de sculptures, bien qu’à première vue elles paraissent discrètes, ce qui est une richesse de l’église. Pour les Dominicains, les moines représentés en position de prière ou de méditation, transmettent la sérénité et la quiétude.

À l’extrémité de la nef, le long de la galerie des papes, sont représentés les papes depuis 1221 allant d’Honorius III jusqu’à Pie XII. Les vitraux, éléments de décoration omniprésents dans l’église et d’une grande beauté, reprennent l’histoire de Jésus, Marie, de l’ensemble des mystères chrétiens. Le rapport de l’église au Québec est davantage marqué par la faune et la flore. Plusieurs éléments végétaux sont représentés dans les vitraux ou encore dans le choeur des religieux, tandis que la faune est représentée au-dessus de l’entrée principale grâce à des têtes de castors, de loutres et de différents oiseaux sculptés dans le bois.

Pour le père Marcotte, le lieu fait preuve d’une grande originalité car il présente un concept très unifié de son aménagement, de la décoration, de l’architecture. Les ogives, éléments que l’on retrouve partout dans les vitraux ou encore la décoration, représentent la marque de l’architecte. À travers ce symbole, il dépose sa touche personnelle dans tout l’édifice.


L’église est aussi d’une grande pureté, presque dépouillée, c’est une ambiance reposante rappelant le caractère monastique de par son style, la sobriété du lieu, parfaitement appropriée à la méditation et la réflexion. C’est également un point fort de la décoration de l’église puisque certains éléments apparaissent rapidement à l’oeil du visiteur par exemple l’abondance du bois, la galerie des papes ou encore les nombreux détails de la chaire. Cependant, les détails de l'oeuvre se dévoilent au fur et à mesure. Par exemple, de petits moines sont sculptés aux extrémités des stalles du choeur, tous dans des positions ou des métiers différents, véritable prouesse artistique.

Apprentissage et transmission


Intérieur de l'église Saint Dominique
© IPIR 2012, soumis à copyright

La communauté a à coeur la valorisation et la protection du lieu. La restauration récente du clocher renforce la volonté de la communauté dominicaine de le sauvegarder. Différents moyens de valorisation sont mis en place tels que des visites guidées, le travail auprès des jeunes, une mise à jour de la documentation, etc.

Localisation

Municipalité: Québec
Région administrative: 17 Centre-du-Québec
Lieu: Couvent des Dominicains de Québec, 1049 route de l'église, Québec, G1V 3W1
Téléphone: (418) 653-0220
Télécopieur: (418) 653-6473
Site Web: http://www.dominicains.ca
Ressources:

GRENIER, Marlène Lucie, 2010, De ciel et de pierre, de bois et de lumière: L'église Saint-Dominique, l'empreinte des Prêcheurs de Québec


Source

Père Jacques Marcotte
Titre, rôle et fonction : Père dominicain et curé à la paroisse de Saint-Dominique de Québec
Lien avec la pratique : Le Père Jacques Marcotte est dominicain depuis 1958. Après sa formation, il obtient une cure dans une paroisse à Ottawa, puis à Trois-Rivière. Depuis 1998, il est curé à la paroisse Saint-Dominique à Québec.

Enquêteurs : Julie Huet, Marjolaine Boutin, Mathias Doisne
Date d'entrevue : 3 juillet 2012


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: