L’enseignement et la pédagogie des Sœurs de Sainte-Anne — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

L’enseignement et la pédagogie des Sœurs de Sainte-Anne

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Montréal
Communauté religieuse: Soeurs de Sainte-Anne

Classé sous Organisation religieuse (9200), Mission (9260), Oeuvre (9262).

Historique général


Bas-relief de mère Marie-Anne en classe
© IPIR 2011, soumis à copyright

Dès 1850, les Sœurs de Sainte-Anne se sont consacrées à l’enseignement dans les écoles paroissiales à la suite de leur fondatrice, Esther Blondin (Mère Marie-Anne). Elles dirigent d’ailleurs pendant 137 ans le Collège Sainte-Anne, à Lachine. Femmes de leur temps, les Sœurs de Sainte-Anne transmettent aujourd’hui le charisme et l’œuvre de Mère Marie-Anne, travaillant à l’alphabétisation des immigrants et de leurs concitoyens et œuvrant dans les écoles primaires ou secondaires en mission.

Née en 1809 dans une famille modeste, Esther Blondin est toujours analphabète à l’âge de 20 ans, comme la plupart de ses contemporains. Consciente de son incapacité complète à lire et à écrire, elle entreprend son instruction auprès des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, qui dirigent l’école paroissiale, tout en offrant ses services aux religieuses. Déjà, elle prend conscience de l’exclusion de ceux qui, comme elle, n’ont pas encore accès à l’instruction. Esther Blondin entre ensuite dans la Congrégation, mais des problèmes de santé la contraignent à quitter le noviciat en 1833. Après quelques mois de repos, elle répond favorablement à l’invitation d’une ancienne novice de la Congrégation de Notre-Dame, qui dirige une école à Vaudreuil, et lui apporte son aide.

Esther Blondin commence ainsi sa carrière dans l’enseignement et devient, en 1838, directrice de l’école. L’établissement adopte alors le nom d’Académie Blondin, puisque formant les futures enseignantes des écoles rurales. Parallèlement à la formation des institutrices, Esther Blondin comprend le besoin d’instruire les francophones, filles et garçons, des campagnes du Québec. Le 8 septembre 1850, accompagnée de quatre compagnes, elle prononce ses vœux de religion et adopte le nom de sœur Marie-Anne. Née d’une volonté d’aider les « exclus de la connaissance surtout » et de remédier à la situation des écoles rurales de l’époque, la Congrégation est ainsi fondée à Vaudreuil en 1850. Mère Marie-Anne se dévoue dès lors à l’éducation des enfants pauvres et projette d'ouvrir des classes mixtes. Son projet novateur se heurte toutefois à la résistance de l’institution ecclésiale. La communauté ne pouvant enseigner aux enfants des deux sexes que jusqu’à l’âge de 10 ans, Mère Marie-Anne « regarde le but qu'elle s'est proposé comme manqué parce que ce sont les pauvres qui ont fait appel à son zèle et à sa charité ». (Lettre d’Esther Blondin (Mère Marie-Anne) à monseigneur Ignace Bourget, 15 juillet 1851).

En 1851, la communauté prend de l’expansion, les religieuses assumant la direction de plusieurs écoles et ouvrant des pensionnats dans les campagnes environnantes et la région montréalaise. Dès lors, la communauté accueille des élèves de confessionnalité non catholique. Au fil des ans, les membres de la Congrégation s’établissent en Abitibi, au Témiscamingue, en Gaspésie, puis se lancent vers les premières missions. La Congrégation se fixe dans l’Ouest canadien en 1858, avec l’arrivée à Victoria de quatre religieuses. Appelées par les évêques et le clergé afin d’enseigner aux Canadiens français émigrés aux États-Unis, les Sœurs de Sainte-Anne s’établissent, dès 1867, à Oswego, dans l’État de New-York, puis dans l’archidiocèse de Boston et dans les diocèses de Providence, Albany, Springfield et Worcester. Au fil des ans, l’œuvre s’étend aux états de la Floride, de la Virginie, du Missouri et du Maryland. Elle s’implante également en Alaska, au Yukon, au Japon, à Haïti, au Chili et au Cameroun.


Plusieurs des œuvres d’enseignement des Sœurs de Sainte-Anne sont aujourd’hui disparues, du fait de la baisse de la relève, de la moyenne d’âge élevée des religieuses, des réformes du système d’éducation et de la prise en charge des institutions par des laïcs. Les Sœurs de Sainte-Anne, fidèles au charisme de la fondatrice et à la mission d’éducation, s’engagent aujourd’hui selon les besoins dans des œuvres éducatives ou sociales.

Description


Le projet éducatif écrit par soeur Jeannine Serres
© IPIR 2012, soumis à copyright

Enseignante pendant 17 ans, sœur Jeannine Serres a occupé les postes cumulés de directrice généraleet de directrice pédagogique au Collège Sainte-Anne pendant 28 ans, de 1970 à 1998. Elle a ainsi été témoin, de son entrée en communauté en 1950 à son départ du milieu scolaire en 1998, de l’enseignement des Sœurs de Sainte-Anne, de leur dévouement, de leur pédagogie.


Les Sœurs de Sainte-Anne prennent en charge, en septembre 1861, la Villa Anna —l’actuel Collège Sainte-Anne—, école qui adopte alors la devise « Savoir pour mieux faire ». Elle offre, à la première rentrée scolaire, de six à huit heures d’enseignement quotidien à 68 élèves, dont une vingtaine sont pensionnaires. De 1861 à 1878, l’école accueille en moyenne 126 élèves annuellement. En 1970, 325 élèves y sont inscrits alors qu’on en compte 1275 en 1998.


Depuis les premières œuvres d’enseignement de la Congrégation, l’élève est au cœur de toutes les préoccupations. L’école transmet certes un projet éducatif, mais se veut aussi un milieu d’accompagnement à la vie scolaire. La pédagogie novatrice des Sœurs de Sainte-Anne sera reconnue à maintes reprises, citée en exemple ou récompensée par des prix. Très vite, la Villa Anna se classe parmi les meilleurs établissements d’enseignement régionaux pour filles. Les diplômes décernés qualifient d’ailleurs les étudiantes à l’enseignement dans les écoles du Québec, à l’instar des écoles normales qui animeront le paysage de la province au XXe siècle. En 1893, au lendemain de l’Exposition colombienne de Chicago, où sont primés des travaux d’élèves du pensionnat, un journaliste écrit que « les Sœurs […] ont certainement le système le mieux coordonné… créé par elles, il est un des plus complets au monde ». (L’âge de raison, Historique 150 ans, Collège Sainte-Anne) Le jury de l’Exposition universelle de Paris, en 1900, récompense également les travaux d’étudiantes de l’école. En 1916, l’institution obtient la reconnaissance d’un certificat d’études aux finissantes de cours lettres-sciences, plus important niveau d’instruction alors accessible aux Québécoises. L’école offre, à partir de 1932, le cours classique féminin, couronné par un baccalauréat ès arts. En 1960, le pensionnat reçoit le titre d’honneur de Collège Sainte-Anne et est reconnu comme établissement d’intérêt public.  Depuis 1970, des élèves ont également reçus la Médaille académique du Gouverneur général, récompense la plus prestigieuse dont peut être décoré un étudiant fréquentant une institution canadienne d’enseignement.


L’enseignement des Sœurs de Sainte-Anne vise le dépassement de soi. Au Collège Sainte-Anne, la direction entreprend des démarches prévenant l’échec scolaire, remettant aux élèves des bulletins afin de stimuler les progrès. Les religieuses proposent diverses activités et des récréations (voyages en bateau, journée à la cabane à sucre, etc.) afin de divertir et de motiver les élèves. Selon sœur Jeannine Serres, les enseignants s’inspiraient de Mère Marie-Anne, transmettant son charisme et sa pédagogie, qu’elle qualifie de « pédagogie de l’amour ». L’atteinte des défis posés et la motivation des élèves apparaissaient pour les Sœurs de Sainte-Anne comme des sources de satisfaction.


À partir des années 1970, de nouveaux projets animent le Collège Sainte-Anne, qui s’adapte, à l’image des Sœurs de Sainte-Anne, aux besoins du temps. Les objectifs de l’institution sont définis et un projet éducatif est esquissé. L’école offre désormais des cours de dactylographie, de sténographie, d’économie familiale et d’initiation à la technologie et à l’informatique. Un centre sportif comprenant gymnase et palestre,  un amphithéâtre et des salles de musique voient le jour. En 1988, le Pavillon Marie-Esther est construit et le collège devient une école mixte. Le rêve d’Esther Blondin d’enseigner aux enfants des deux sexes est alors réalisé.


En 1998, la direction du collège, jusqu’alors assurée par sœur Jeannine Serres, passe aux mains d’un directeur laïc. La passation marque alors le départ des dernières Sœurs de Sainte-Anne au sein du personnel. La nouvelle corporation, qui assure la gestion du collège, est toutefois composée de membres délégués par la Congrégation.  Les lettres patentes de la corporation précisent enfin que le collège a pour objets et fins « la poursuite de l'œuvre fondée par la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne ».

Apprentissage et transmission


Quelques publications des Soeurs de Sainte-Anne
© IPIR 2012, soumis à copyright

Avec la fondation d’écoles rurales et sa mission d’enseignement, la Congrégation s’est solidement établie, d’abord au Québec, puis dans l’Ouest canadien, aux États-Unis, à Haïti, au Chili, au Cameroun. Bien que la plupart des œuvres d’enseignement des Sœurs de Sainte-Anne soient aujourd’hui disparues, les religieuses poursuivent la mission de la fondatrice. Elles s’impliquent par exemple activement au Centre Alpha Sainte-Anne (CASA), où elles enseignent le français aux immigrants adultes ou de milieux pauvres.

Pour sœur Jeannine Serres, l’œuvre d’enseignement des Sœurs de Sainte-Anne apparaît comme un héritage légué par Mère Marie-Anne, une richesse qu’il convient de découvrir et d’adapter aux réalités d’aujourd’hui. Selon elle, le charisme de la fondatrice est toujours contemporain, puisque consacré aux besoins d’éducation et aux « vides à combler ». À cet effet, les Sœurs de Sainte-Anne, mais aussi les enseignants laïcs qu’elles ont côtoyés, ont transmis le charisme et l’œuvre d’enseignement de Mère Marie-Anne.  

Enfin, l’enseignement et la pédagogie de la Congrégation ont fait l’objet de rétrospectives au Centre historique des Sœurs de Sainte-Anne, notamment avec les expositions « Les Sœurs de Sainte-Anne, 150 ans de présence dans l’Ouest canadien » et « L'enseignement des sciences chez les Sœurs de Sainte-Anne », tenues en 2008 et 2009.

Localisation

Municipalité: Lachine
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: Maison mère de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, 1950, rue Provost, Lachine, H8S 1P7
Téléphone: (514) 637-3783
Site Web: http://www.ssacong.org

Source

Sœur Jeannine Serres
Lien avec la pratique : Dès l’enfance, sœur Jeannine Serres manifeste un intérêt pour l’enseignement et souhaite travailler auprès des jeunes. Après son entrée en communauté, elle complète une formation à l’Université de Montréal et enseigne 17 ans. Elle occupe pendant 28 ans, soit de 1970 à 1998, les postes cumulés de directrice générale et de directrice pédagogique au Collège Sainte-Anne de Lachine.

Enquêteurs : Francesca Désilets, Anne-Florence Bisson, Valérie Vachon-Bellavance
Date d'entrevue : 28 février 2012


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: