Missions et expansion des Sœurs de Sainte-Anne — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

Missions et expansion des Sœurs de Sainte-Anne

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Montréal
Communauté religieuse: Soeurs de Sainte-Anne

Classé sous Organisation religieuse (9200), Mission (9260), Oeuvre (9262).

Historique général


Vaudreuil, berceau de la communauté des Soeurs de Sainte-Anne
© Archives de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne, soumis à copyright

Analphabète à 20 ans, Esther Blondin fonde à l’âge de 49 ans une communauté vouée à l’enseignement, née d’une volonté d’aider les « exclus de la connaissance surtout ». Consciente de son incapacité complète à lire et à écrire, comme la plupart de ses contemporains, elle entreprend en 1829 son instruction auprès des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, qui dirigent l’école paroissiale de Terrebonne,  tout en offrant ses services aux religieuses. Esther Blondin entre ensuite dans la Congrégation, mais des problèmes de santé la contraignent à quitter le noviciat en 1833. Après quelques mois de repos, elle répond favorablement à l’invitation d’une ancienne novice de la Congrégation de Notre-Dame et lui apporte son aide à l’école paroissiale de Vaudreuil. Esther Blondin commence ainsi sa carrière dans l’enseignement et devient, en 1838, directrice de l’école. Parallèlement à la formation des institutrices, Esther Blondin comprend le besoin d’instruire les francophones, filles et garçons, des campagnes du Québec.

Le 8 septembre 1850, accompagnée de quatre compagnes, elle prononce ses vœux de religion et adopte le nom de sœur Marie-Anne. La communauté ainsi fondée pose d’abord ses assises à Vaudreuil, en banlieue de Montréal, dans une maison qui deviendra la première Maison mère de la Congrégation. La maison accueille professes, novices et pensionnaires.  La communauté prend de l’expansion en 1851 alors que des religieuses s’établissent à Sainte-Geneviève afin d’y enseigner. Les religieuses assumeront la direction de plusieurs écoles et ouvriront des pensionnats dans les campagnes environnantes et la région montréalaise. En 1853, devant l’essor de la communauté et faute de place pour loger ses 22 sœurs, les religieuses déménagent, à la suggestion de Monseigneur Ignace Bourget, à Saint-Jacques-de-Montcalm, dans la région de Joliette. Les Sœurs de Sainte-Anne occuperont le couvent de Saint-Jacques-de-Montcalm, deuxième Maison mère de la Congrégation, de 1853 à 1864. Déjà, en 1864, la Congrégation compte 100 sœurs professes. Au fil des ans, elle prend de l’expansion et des sœurs s’établissent en Abitibi, au Témiscamingue et en Gaspésie.

La Congrégation se fixe dans l’Ouest canadien en 1858, avec l’arrivée à Victoria de quatre religieuses. À la demande de monseigneur Modeste Demers, toutes sont unanimes et se montrent prêtes à cet élan missionnaire, même s’il engage un départ définitif du pays d’origine. Le chemin de fer ne reliant pas à l’époque l’Est à l’Ouest du Canada, les quatre sœurs font le trajet en bateau, traversant l’isthme de Panama par voie terrestre et s’arrêtant aux États-Unis, à San Francisco et à Washington. Elles arrivent sur l’île de Vancouver après six semaines de voyage. Bien que sollicitées comme enseignantes, les Sœurs de Sainte-Anne fondent plusieurs hôpitaux en Colombie-Britannique.

Nommé à Lachine en 1860, l’abbé Nazaire Piché confie à monseigneur Ignace Bourget son désir de voir s’implanter dans sa paroisse une communauté religieuse. Conscient du manque d’instruction, il planifie alors l’arrivée des Sœurs de Sainte-Anne, qui prennent en charge l’éducation. Les religieuses s’installent alors dans l’ancien Manoir Simpson, résidence du défunt gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson, George Simpson. Les premières sœurs se fixent à Lachine en 1861, puis la Maison mère de la Congrégation y est transférée en 1864. Devant l’essor de la communauté, la maison est agrandie. Au fil des ans, les Sœurs de Sainte-Anne s’établissent dans 32 maisons au Québec. La mission dans l’Ouest canadien participe à l’ouverture d’une quinzaine de maisons alors que celle aux États-Unis en compte une vingtaine.

Appelées par les évêques et le clergé afin d’enseigner aux Canadiens français émigrés aux États-Unis et participer à la sauvegarde de la langue française et de la foi catholique, les Sœurs de Sainte-Anne s’établissent, en 1867, à Oswego, dans l’État de New York. De là, la Congrégation étend son champ d’apostolat à l’archidiocèse de Boston, puis aux diocèses de Providence, Albany, Springfield et Worcester. Des vocations ayant germé auprès des Américaines, l’œuvre atteint les états de la Floride, de la Virginie, du Missouri et du Maryland. À partir de 1886, la Congrégation étend son influence à l’Alaska, au Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest.

Suite à l’expansion de leur communauté, les religieuses de Lachine emménagent dans une nouvelle résidence de la paroisse,  construite de 1907 à 1909. Bien que des sœurs et les novices s’y établissent, l’ancien manoir Simpson accueille la Maison mère de la Congrégation jusqu’en 1938. Les Sœurs de Sainte-Anne comptent alors près de 1000 religieuses.

En 1934, à la demande des Pères franciscains, quatre religieuses partent pour le Japon; toutefois, la Seconde Guerre mondiale met fin à la mission. Après un séjour dans un camp d’internement, les quatre religieuses reviennent dans leurs pays d’origine. Sollicitées par monseigneur Jean-Louis Collignon —évêque du diocèse des Cayes, dans le Sud d’Haïti, et ancien élève des Sœurs de Sainte-Anne—, la Congrégation se tourne vers le Sud avec le départ de missionnaires, en 1944, à Haïti. L’île accueille alors un nombre croissant de religieuses se consacrant à l’enseignement et aux soins de santé. Suite au IIe concile œcuménique du Vatican, la Congrégation étend son champ d’apostolat à l’Amérique du Sud et à l’Afrique. En 1965, des missionnaires s’installent au Chili, où des sœurs de nationalité chilienne prennent progressivement la relève. De passage au Cameroun, le cardinal Paul-Émile Léger invite les Sœurs de Sainte-Anne à y ouvrir une mission. Elles se consacrent alors à l’œuvre d’enseignement, mais également aux soins de santé, ouvrant un dispensaire et un centre de maternité. La République démocratique du Congo reçoit ses premières sœurs de Sainte-Anne dans les années 2000. Après cinq ans, les religieuses doivent cependant cesser leurs activités, faute de relève.


Depuis 1850, la Congrégation a compté dans ses rangs 3 900 religieuses. Aujourd’hui, les Sœurs de Sainte-Anne comptent un peu plus de 500 membres. Plusieurs des œuvres de la Congrégation sont disparues du fait de la baisse de la relève, de la moyenne d’âge élevée des religieuses, des réformes du système d’éducation et de la prise en charge des institutions par des laïcs. Femmes de leur temps fidèles au charisme de Mère Marie-Anne, les religieuses s’engagent selon les besoins et les « vides à combler » dans plusieurs champs d’action, travaillant notamment à l’enseignement, aux soins de santé, à la pastorale et comme missionnaires. Les Sœurs de Sainte-Anne sont toujours actives  au Québec, dans l’Ouest canadien, aux États-Unis, à Haïti, au Chili, au Cameroun.

Description


Une soeur en mission en Alaska
© Archives de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne, soumis à copyright

L’histoire des Sœurs de Sainte-Anne témoigne de l’essor, dès les années 1850, de la Congrégation et de son élan missionnaire, lancé en 1858 par une première mission dans l’Ouest canadien. Selon sœur Madeleine Lanoue, une mission implique à la fois un appel du Seigneur et un envoi. Investie d’une mission, Mère Marie-Anne ressent un appel l’incitant à répondre aux « vides à combler », appel transmis aux premières compagnes qui prononceront leurs vœux perpétuels. La mission en pays étranger implique pour sa part le don à une religieuse d’une charge à accomplir, d’un charisme à transmettre.

Les Sœurs de Sainte-Anne se sont principalement consacrées à l’enseignement, travaillant dans des écoles primaires, secondaires et collégiales, des écoles de musique, des instituts ménagers. Elles ont également offert des soins de santé et fondé des hôpitaux et des dispensaires. Au Québec, elles assuraient la gestion de l’Hôpital Sainte-Anne, à Sainte-Anne de Beaupré, et d’un sanatorium, en Gaspésie. En Colombie-Britannique, les Sœurs de Sainte-Anne ont fondé une école de sciences infirmières, dont la renommée a accueilli plusieurs étudiantes. Plus tard, les religieuses se sont employées à la pastorale, dans les paroisses et les écoles.


Alors que les religieuses ne connaissaient pas à l’avance leur obédience, celles partant en mission éloignée en étaient informées. Elles avaient ainsi l’occasion de s’y préparer, de monter leur trousseau, d’apprendre la langue et de rendre visite à la famille et saluer la plupart des parents. Les premières religieuses s’installaient définitivement dans le pays qu’elles rejoignaient. Le généralat nommait les missionnaires selon leurs talents, leurs compétences, leurs aptitudes.

Les départs missionnaires donnaient lieu à des adieux émouvants et à une cérémonie solennelle. Les Annales des Sœurs de Sainte-Anne témoignent d’ailleurs de la pratique à l’occasion du départ de trois religieuses pour Haïti : « Le 25 août 1954. À une heure, nous ne faisons qu’une avec le trio courageux pendant la bénédiction du Saint-Sacrement, le chant des cantiques à la Vierge et à notre sainte patronne sainte Anne, ainsi que pour les prières de l’itinéraire. Deux heures quinze : moment solennel. Huit autos vont démarrer en direction de l’aéroport de Dorval. Dans l’entrée du parloir, se sont les baisers d’adieu. Puis, le révérend père Beauséjour, aumônier, trace le signe protecteur sur les trois agenouillées. Avec une émotion grandie par celle qui se lit sur les figures d’une mère aux cheveux blancs, d’un papa non moins généreux et de nombreux parents, nos chères partantes montent dans les voitures, accompagnées de révérende Mère assistante générale et de quelques religieuses. Au chant de l’Ave Maria Stella, [modulent] les novices et les postulantes. […] Le lendemain, un télégramme de Port-au-Prince fait respirer d’aise. « Heureux voyage! ». Nous souhaitons la pareille aux belles caisses que nos chères sœurs ont préparées pour leurs œuvres, grâce aux envois aussi variés que précieux de très nombreuses maisons. » Au retour de mission, comme au départ, sainte Anne était invoquée : « Nous revenons bonne sainte Anne, autour de toi le cœur joyeux, ton culte est pour nous une manne au goût toujours délicieux ».

Apprentissage et transmission


Une soeur au Japon
© Archives de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne, soumis à copyright

Les missions des Sœurs de Sainte-Anne participent à la transmission du charisme et de la mission d’éducation de la fondatrice, Mère Marie-Anne. Suite au passage des religieuses, des vocations ont germé au Québec, dans l’Ouest canadien, aux États-Unis, à Haïti, au Chili, au Cameroun. Haïti, par exemple, compte aujourd’hui 40 sœurs de Sainte-Anne. À l’image des religieuses, les quelques 300 Associés à la Congrégation partagent les valeurs des Sœurs de Sainte-Anne et prennent part à l’apostolat.

Localisation

Municipalité: Lachine
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: Maison mère de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, 1950, rue Provost, Lachine, H8S 1P7
Téléphone: (514) 637-3783
Site Web: http://www.ssacong.org

Source

Sœur Madeleine Lanoue
Titre, rôle et fonction : Entrée chez les Sœurs de Sainte-Anne en 1960, sœur Madeleine Lanoue occupe aujourd’hui les postes de secrétaire générale et conseillère générale. Elle habite à la Maison mère de la Congrégation, à Lachine.

Enquêteurs : Francesca Désilets, Anne-Florence Bisson, Valérie Vachon-Bellavance
Date d'entrevue : 30 novembre 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: