La Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice au Canada — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Présentation de la communauté

La Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice au Canada

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Montréal
Communauté religieuse: Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice au Canada (Sulpiciens)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Communauté (9240), Récit fondateur (9241)
et sous Organisation religieuse (9200), Structure (9210), Structure communautaire (9214).

Description


Jean-Jacques Olier, fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice
© IPIR 2007, soumis à copyright

Jean-Jacques Olier (1608-1657), fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, est originaire de Paris, France. Ayant eu Vincent de Paul comme directeur spirituel, il est ordonné prêtre le 21 mai 1633. Dès ce moment, Olier concentre son action sur les missions dans les campagnes françaises dans l'objectif de redorer l'état du catholicisme jugé problématique et corrompu. Pour ce faire, il entreprend un travail de réforme du clergé. S'abandonner à l'Esprit Saint devient rapidement son leitmotiv et l'expérience de la prière sera un trait marquant de sa spiritualité. En 1639, il rencontre le laïc Jérôme Le Royer de la Dauversière, receveur des finances à La Flèche. Les projets missionnaires de ce dernier, en Nouvelle-France et particulièrement sur l'île de Montréal, interpellent aussitôt Olier. Pour mettre en branle sérieusement le projet, ils mettent sur pied la Société Notre-Dame de Montréal, à l'origine de la fondation de Ville-Marie. 
Après des années difficiles, le nouveau curé de Saint-Sulpice à Paris est autorisé en 1642 à fonder un séminaire. Il est vrai que le projet d'Olier était ambitieux : « Former dans ce lieu un modèle de séminaire pour tous les autres diocèses et Royaumes. » (Pitaud, 1996: 122). Dès le début, les « prêtres y étaient formés dans un esprit d'obéissance à leurs évêques et de service de leurs diocèses auxquels ils étaient renvoyés après leur formation ». (123) En 1649, grâce aux contributions importantes des frères Souart et de Bretonvilliers, le nouveau bâtiment du séminaire voit le jour. « La célèbre prière de J.-J. Olier : « Ô Jésus vivant en Marie, venez et vivez dans vos serviteurs... », reprise du texte du père de Condren, nous indique l'orientation profonde de la pédagogie spirituelle du fondateur de Saint-Sulpice : laisser le Christ habiter en nous et vivre en nous, nous laisser imprégner de ses sentiments, de ses désirs, de sa force, de ses vertus, de son Esprit finalement, pour que tous nos actes soient accomplis en lui ». (128) Dès le début des années 1650, la Compagnie était constituée et commençait à rayonner en France, prenant en charge plusieurs séminaires. Avant sa mort en 1657, J.-J. Olier envoie quatre sulpiciens à Ville-Marie, MM. de Queylus, Souart, Galinier et Dallet, établir une nouvelle Église au Canada. 


Bien que la formation des prêtres constitue la mission principale de Saint-Sulpice, celle-ci ne sera effective qu'à partir du 19e siècle, avec la fondation du Grand Séminaire de Montréal (1840) et la construction de l'édifice sur les lieux de la mission de la Montagne, rue Sherbrooke Ouest (1857). Entre 1663 et 1840, la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice est fort occupée par les tâches essentielles que sont l'évangélisation des Amérindiens, les responsabilités liées à son statut de propriétaires et seigneurs de Montréal (colonisation et développement de l'île) ainsi que son travail pastoral en paroisse. Avec le Séminaire Saint-Sulpice (1683), la première église Notre-Dame (1683) et la basilique du même nom (1841), le développement des premières rues du Vieux-Montréal d'aujourd'hui et des côtes permettant de joindre le nord de l'île au sud, les sulpiciens ont grandement contribué au développement de Montréal et de ses environs. Durant des années, la Compagnie a oeuvré au plan de l'urbanisme, de l'administration, de l'économie, de la religion et de la culture avant de se consacrer pleinement, depuis plus de 150 ans, à la formation du clergé par la fondation de séminaires au Canada et plus récemment à l'étranger (Japon, Colombie, Brésil). 


La formation des prêtres perdure toujours aujourd'hui, même si elle est plus réduite que par le passé. Certains sulpiciens s'occupent du ministère paroissial et de communautés religieuses en tant qu'aumôniers. Le rôle de Saint-Sulpice dans l'enseignement à tous les niveaux et dans le développement culturel (Bibliothèque Saint-Sulpice) a perduré jusque dans la deuxième moitié du 20e siècle. À Montréal, cet héritage est encore bien vivant, comme le démontrent les nombreuses activités et expositions célébrant le 350e anniversaire de l'arrivée des premiers sulpiciens en 2007. Les sulpiciens suivent leurs cours dans un séminaire ordinaire et ce n'est qu'une fois reçu prêtre qu'un candidat peut entrer chez les sulpiciens. « Pour être sulpicien, on doit d'abord être prêtre », comme l'indique M. Réal Lévêque, p.s.s. La Compagnie assure ainsi une formation doctrinale, pédagogique et spirituelle aux prêtres désirant devenir sulpiciens. L'entrée se fait par étapes : prise en charge des candidats en vue de leur formation; participation au mois sulpicien regroupant les candidats des trois provinces constituées en 1921 (canadienne, française et américaine); la solitude de quelques mois (anciennement 1 an); l'admission temporaire suivie de l'admission définitive quelques années plus tard. 


La Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, société de vie apostolique de droit pontifical, ne forme pas une communauté religieuse à proprement dit, mais regroupe des prêtres diocésains qui vivent l'esprit communautaire : «Ils ne font ni voeux ni promesses. Ils sont unis entre eux par la charité sacerdotale et par la volonté d'accomplir leur ministère sous l'autorité de leurs supérieurs, avec l'aide et les exigences de la vie commune » (Site Internet de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice au Canada). En effet, les prêtres sulpiciens restent incardinés à leur diocèse d'origine et doivent obtenir l'autorisation de leur évêque respectif pour aller pratiquer dans un autre diocèse au Canada ou à l'étranger. M. Jean-Pierre Lussier, p.s.s., affirme qu'un trait particulier aux sulpiciens est la liberté et l'autonomie dans l'action. Cette caractéristique fondamentale permet aux confrères, toujours en conformité avec les décisions du Conseil, de poursuivre des études spécialisées en Europe après leur ordination et d'explorer différents aspects de la pastorale (s'adapter à leur temps et à leur milieu). Cela leur permet aussi de s'adonner à des activités aussi diversifiées que la critique de film, la photographie, le collectionnement, l'achat de livres, etc. 


À Saint-Sulpice, le Conseil est premier et toutes les décisions se prennent en collégialité. Chaque séminaire sulpicien relève de Saint-Sulpice et nomme un supérieur en accord avec l'évêque. Chaque province sulpicienne possède également un supérieur qui se nomme provincial. Le provincial est élu par l'Assemblée provinciale et confirmé par le supérieur général. Ce dernier est à son tour élu par les délégués des trois provinces et Rome est avisée du résultat. Depuis la fondation du Grand Séminaire de Montréal en 1840, plus de 6000 prêtres y ont été formés. M. Rolland Litalien, p.s.s., résume ainsi les grandes réalisations des sulpiciens de la province canadienne : « Au Canada, les sulpiciens ont dirigé aussi le Grand Séminaire de Saint-Boniface de 1954 à 1968, et ils sont responsables du Grand Séminaire d'Edmonton depuis 1990. De plus, malgré une quasi-faillite financière dans les années 1930, ils sont allés former des prêtres à l’étranger : au Japon (à partir de 1933), en Amérique latine (à partir de 1949 à Manizales) et au Zaïre, à Kinshasa (1968-1972 et 1974-1975). Ils dirigent actuellement un grand séminaire au Japon (à Fukuoka); deux grands séminaires en Colombie (à Cali et à Cucuta); et deux grands séminaires au Brésil (à Brasilia et à Crato). En 1972, une délégation provinciale a été constituée en Amérique latine, dont le siège est à Bogota ». 


Au fil des ans, plusieurs sulpiciens canadiens sont devenus évêques et même cardinaux. Plus de 650 sulpiciens ont oeuvré dans la province canadienne du 17e siècle à aujourd'hui. Selon les plus récentes données (septembre 2007), 108 sulpiciens appartiennent à la province canadienne de Saint-Sulpice, y compris 64 Canadiens, 7 Japonais et 37 Colombiens. La province compte aussi 10 candidats. Les sulpiciens de Montréal, certes moins nombreux qu'avant la Révolution tranquille, sont encore bien actifs dans la formation des prêtres, dans le ministère et les activités pastorales ainsi que dans la conservation, la documentation et la diffusion de leur important patrimoine culturel. En ce domaine, 2007 a été une année charnière avec les célébrations entourant le 350e anniversaire de l'arrivée des sulpiciens à Montréal, du 150e anniversaire de l'édifice du Grand Séminaire de Montréal et du 100e anniversaire de la chapelle du Grand Séminaire, oeuvre de l'architecte Jean-Omer Marchand. À Saint-Sulpice, si la prière et la dévotion sont davantage une affaire personnelle, l'année religieuse amène de petites célébrations. La célébration la plus marquante demeure la fête patronale de Saint-Sulpice ou fête de la Présentation de Marie, patronne de la Compagnie et du Grand Séminaire. Cette fête a lieu chaque année le 21 novembre ou à une date très proche à la chapelle du Grand Séminaire de Montréal. La cérémonie, habituellement présidée par l'archevêque de Montréal, se veut un moment important de fraternité pour de nombreux sulpiciens et anciens séminaristes.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
MRC: Communauté métropolitaine de Montréal
Lieu: Grand Séminaire de Montréal et Séminaire Saint-Sulpice, 2065, rue Sherbrooke Ouest (Grand Séminaire), Montréal, H3H 1G6
Téléphone: (514) 935-1169
Site Web: http://www.sulpc.org

Source

Le père Réal Levêque
Titre, rôle et fonction : Monsieur Réal Lévêque a fêté son 25e anniversaire de sacerdoce en 2007. En 1984, il fait son entrée chez les Sulpiciens. Depuis ce temps, sa carrière se déroule principalement au Grand Séminaire de Montréal comme professeur de l'histoire de l'Église et membre de l'équipe de direction.

Enquêteur : Mathieu Tremblay
Date d'entrevue : 19 octobre 2007


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