Les rites matrimoniaux dans la communauté juive — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Les rites matrimoniaux dans la communauté juive

Tradition: Judaïsme
Appartenance: Judaïsme (orthodoxe)
Groupe: Sépharade
Paroisse, congrégation ou équivalent: The Spanish & Portuguese Synagogue of Montreal (Montréal)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Rite de passage (9321).

Historique général


Hayim Ohayon, responsable des salles de réception
© IPIR 2007, soumis à copyright

Dans le judaïsme traditionnel, le mariage est considéré comme un idéal dont l'objectif est la procréation : « Fructifiez et multipliez-vous, remplissez la terre » (Genèse 1, 28).

Description


La chambre des mariés
© IPIR 2007, soumis à copyright

Par les rituels religieux du mariage juif, les mariés changent de statut personnel devant la communauté. Comme dans tout rite de passage, ces rituels transforment les mariés. Après la cérémonie, ils entrent dans un nouveau cycle de la vie et se définissent par un nouveau statut. À part les rites religieux, il existe toute une dimension culturelle dans les coutumes qui accompagnent le mariage. À la synagogue Spanish and Portuguese, on remarque un éventail de coutumes et pratiques qui reflètent les traditions des sous-communautés qui y sont présentes. De plus, les personnes qui ne sont pas membres de la synagogue peuvent louer les salles pour des réceptions de mariage.
La cérémonie du mariage est célébrée sous la houpa, symbole du foyer que les nouveaux conjoints doivent construire et partager. Sous la houpa, la mariée tourne à sept reprises autour du marié, puisque la terre fut créée en sept jours. Elle construit alors symboliquement les murs de son nouveau foyer. Étant donné que le vin est symbole de joie dans la tradition juive, deux coupes de vin sont utilisées pendant la cérémonie. Le premier verre est destiné à la bénédiction prononcée pendant les kidouchine (fiançailles) qui est la sanctification mutuelle faite par un homme et une femme. La bague doit être en or pur, sans défaut ni ornement, dans l'espoir que le couple mène une vie simple et belle. Le marié tient l'alliance dans sa main et, en présence de deux témoins, déclare à sa fiancée : « Te voici sanctifiée à moi par cet anneau, selon la loi de Moïse et d'Israël ». Par la suite, la ketouba (l'acte de mariage) est lue dans sa version araméenne originale. Par ce contrat, le mari doit nourrir, protéger, vêtir et écouter son épouse, et combler les besoins affectifs de celle-ci. La protection des droits de la femme juive est si importante que le mariage devient officiel seulement après parachèvement du contrat. Les cheva brachoth (sept bénédictions) sont alors récitées sur la seconde coupe de vin. Ensuite, le marié casse avec le pied un verre posé sur le sol. Ce geste rappelle qu'aucune joie ne peut être parfaite depuis la destruction du Temple de Jérusalem. Le couple est par la suite escorté dans une pièce privée et laissé seul pour la première fois. Il s’agit du moment intime pour le couple qui a maintenant acquis le droit de vivre ensemble comme mari et femme. Les invités suivent une mitsva (commandement), soit de fêter le couple le jour de leur mariage. Il y a donc beaucoup de musique et de danses.
Les fiancés sont tenus de se séparer pour une période variant d’un jour à une semaine avant le mariage. Traditionnellement, les mariés jeûnent le jour du mariage, jusqu’au moment de la fête. Ces pratiques ont pour but d'augmenter la joie de l'union.
Lors d’un mariage juif, la présence de certaines personnes est requise. À part les fiancés (hatan : le marié, et kala : la mariée), il doit y avoir un rabbin et deux témoins. Normalement, on s'attend à ce qu'un minyan (ou quorum de dix hommes) soit aussi présent. En pratique, le mariage est l'occasion d'une grande célébration où famille et amis se joignent aux mariés pour fêter le couple et le recevoir dans son nouveau statut à l’intérieur de la communauté.
Le mariage juif traditionnel a lieu dehors, sous les étoiles et sous une houpa formée d'un talith attaché aux quatre coins par des poteaux. La houpa offre un abri ouvert, de la même façon que l'était la tente d'Abraham et de Sarah, afin de pouvoir donner l'hospitalité aux amis et aux membres de la famille sans aucune restriction. Les mariages se tiennent toujours dehors si le climat le permet. Mais à Montréal, il est plus fréquent que la cérémonie se déroule à la synagogue. Les mariages se tiennent également à la maison, à l’hôtel ou ailleurs. L'essentiel est qu'il y ait une houpa sous laquelle les rites du mariage puissent avoir lieu.
L’élément qui offre l'occasion d’officialiser son mariage est le ketouba (le contrat de mariage). Il est possible de faire affaire avec des scribes ou des calligraphes qui se spécialisent dans la production de ketouboth (pluriel) artistiques. Ce contrat de mariage personnalisé est alors encadré et suspendu dans la maison des nouveaux mariés. S'il existe des coutumes bien différentes entre les Orthodoxes et les Juifs provenant de différents pays d'origine, il y a aussi un certain métissage entre les coutumes. Par exemple, la tradition pour les Hassidim, qui ne mélangent pas les hommes et les femmes lors des célébrations qui suivent la cérémonie de mariage, est de soulever le marié et la mariée sur des chaises dans les deux salles qui séparent les genres. Le couple prend alors les extrémités d'un foulard, se réunissant dans les airs en dansant grâce aux amis les tenant en hauteur. Cette coutume est maintenant répandue parmi les non-orthodoxes qui célèbrent toutefois, hommes et femmes, dans la même salle. Les mariages homosexuels ne sont pas admis par les Juifs orthodoxes, mais on peut en voir, de nos jours, chez les Juifs réformés.
La manière de s'habiller lors du mariage varie selon la sous-communauté et le niveau d'orthodoxie. Les costumes les plus élaborés proviennent de la communauté marocaine, dont l'habillement démontre l'influence des cultures orientales et arabes.
À part les formules rituelles essentielles que les fiancés prononcent lors du serment de leur liaison, on doit réciter les cheva brachoth (sept bénédictions) sur une coupe de vin sous la houpa durant la cérémonie.
La cérémonie est de courte durée, une vingtaine de minutes, mais elle peut être allongée s'il y a des lectures ou des prières supplémentaires que le couple veut insérer. La célébration qui suit dure normalement toute la soirée. En dehors de la journée de mariage, les célébrations dans les cultures traditionnelles peuvent commencer avant le mariage par l'usage du henné pour la mariée (chez les Marocains) et se prolonger tout au long de la semaine qui suit (la Semaine des Cheva Brachoth).
Le mariage juif ne peut pas avoir lieu le Chabat, car il est impossible de travailler et de voyager ce jour-là. De plus, il est interdit de combiner ensemble deux occasions joyeuses afin de bien apprécier et savourer chacune d’elles. Il est aussi impossible de se marier les jours de fête suivants : Roch hachana, Yom Kipour, Pesach (Pâques) Chavouoth. Le mariage ne peut avoir lieu le premier et le dernier jour de Souccot.

Apprentissage et transmission


La chambre des mariés
© IPIR 2007, soumis à copyright

Les différentes coutumes que pratiquent, par exemple, les Juifs hassidiques ou marocains se transmettent au sein de la famille et de la sous-communauté à l'intérieur du judaïsme. Ces coutumes ont évolué principalement à cause des interprétations différentes de la loi juive. Un autre facteur essentiel pouvant expliquer cette diversité est l'influence des sociétés environnantes dans les pays dont les différentes sous-communautés sont issues.
Les rites religieux liés au mariage s'apprennent durant la formation des rabbins, soit au contact d’un rabbin maître ou dans un collège rabbinique professionnel. Quant aux coutumes, une transmission se perpétue dans la famille et dans la sous-communauté. Aussi un métissage s'opère, puisque les gens assistent à des mariages où les coutumes sont différentes. Ils empruntent alors certains des éléments durant la cérémonie et la célébration.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
MRC: Communauté métropolitaine de Montréal
Lieu: Synagogue Spanish and Portuguese, 4894, avenue Saint-Kevin Ouest, Montréal, H3W 1P2
Téléphone: (514) 737-3695
Télécopieur: (514) 737-7430
Site Web: http://www.spanishportuguese-mtl.org

Source

Hayim Ohayon
Titre, rôle et fonction : Hayim Ohayon est responsable de la location des salles et du cimetière.

Enquêteur : Sharon Gubbay Helfer
Date d'entrevue : 6 décembre 2007


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: