Les rites funéraires catholiques dans la communauté anicinape — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Les rites funéraires catholiques dans la communauté anicinape

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Groupe: La communauté anicinape de Kitcisakik
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse Rouyn-Noranda
Paroisse, congrégation ou équivalent: Sainte-Clothilde (Réserve indienne) (Lac Victoria)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Rite de passage (9321).

Historique général


Chants pendant les funérailles
© IPIR 2009, archives personnelles

Les funérailles occupent une place importante à Kitcisakik, entre autres parce qu'elles impliquent à différents niveaux l'ensemble de la communauté pendant plusieurs jours. La christianisation progressive au catholicisme des Anishnabes de Kitcisakik à partir de 1785 a rapidement introduit les rites funéraires selon la tradition catholique, et très peu connaissent les rituels funéraires antérieurs à l'arrivée des missionnaires. On sait toutefois que, traditionnellement, les corps des défunts étaient enroulés dans l'écorce de bouleau et laissés sur une structure en bois, ou même dans un arbre.

Même si les rites funéraires traditionnels datant d'avant la venue des missionnaires ne prennent plus place dans la mémoire vivante de la communauté, les funérailles chrétiennes pratiquées à Kitcisakik depuis plus de 200 ans constituent un rituel élaboré qui témoigne non seulement de l'importance accordée aux membres de Kitcisakik, mais aussi à la mort et à ses croyances. De plus, les rites funéraires chrétiens pratiqués dans la communauté ont intégré une vision traditionnelle anicinape, entre autres en ouvrant, depuis 15 à 20 ans, les sites funéraires aux territoires traditionnels où étaient autrefois enterrés les ancêtres.

Description


Porteur de croix lors de la procession vers le lieu de sépulture
© IPIR 2009, archives personnelles

Les rites funéraires à Kitcisakik sont assez élaborés et demandent la participation de toute la communauté. Jimmy Papatie décrit les funérailles d'après ses souvenirs dans les années 1960 et 1970 et ils sont assez semblables à ce qu'on observe encore aujourd'hui : lorsque les services des pompes funèbres apportaient le corps du défunt dans la communauté, les membres de tout le village étaient présents pour l'accueillir. Les employés du conseil de bande prenaient congé pour s'occuper de la famille et des préparatifs. D'abord, on vidait la maison du défunt, on la décorait et on l'aménageait pour la veillée au corps qui durait deux nuits. Les femmes préparaient de la nourriture, du thé et du café pour les invités. D'autres s'occupaient du défunt : même si le corps avait été embaumé par une entreprise de pompes funèbres, on déshabillait le défunt à son arrivée pour le laver à nouveau et le vêtir des vêtements que le défunt portaient habituellement. Le corps était ensuite exposé dans la maison et n'était jamais laissé seul : les familles veillaient le corps en se remémorant des souvenirs du défunt.

Au troisième jour, des hommes se rendaient sur le lieu de sépulture, désigné par un aîné sachant où sont enterrés les autres membres de la communauté dans le cimetière de Kitcisakik, pour y creuser la tombe. D'autres fabriquaient un coffre en bois dans lequel serait déposé le corps du défunt. Avant que ne soit refermé le cercueil, la famille du défunt se recueille une dernière fois auprès du corps le matin des funérailles. Des porteurs, au nombre de huit habituellement, transportent le cercueil vers l'église, en prenant soin de faire entrer le corps les pieds devant, « comme on le fait habituellement lorsqu'on entre à l'église ». Une messe est célébrée pour le défunt, et on transporte ensuite le cercueil vers le cimetière en chantant des hymnes funèbres. Les porteurs doivent alors amener le cercueil sans jamais s'arrêter ni le déposer au sol : c'est pourquoi deux équipes de huit porteurs se relaient pour cette difficile étape. Au cimetière, des prières sont récitées et on dépose le cercueil dans la boîte en bois. On dépose dans celle-ci ainsi que dans la tombe tous les accessoires qui ont été utilisés pour la cérémonie : le drapeau, les rubans des porteurs, les décorations pour la veillée du corps. Puis on glisse à l'aide de cordes le cercueil au fond de la fosse. Après avoir recouvert celui-ci d'un carré de tissu noir, chacun dépose une pelletée de terre dans la fosse, en ayant une pensée pour le défunt. C'est souvent le veuf ou la veuve, ensuite des membres de la famille, qui procèdent en premier, suivis finalement des membres de la communauté. Le chef, qui vient de « perdre un des fils de sa nation » fait habituellement un discours sur la mort et sur les valeurs réunissant les membres de sa communauté. Chacun se serre la main et offre son soutien, puis tous quittent le cimetière.

Depuis une vingtaine d'années, des aînés souhaitent à nouveau, comme le faisaient leurs ancêtres, être enterrés sur le territoire familial. Les rituels sont assez semblables à ce qui se fait traditionnellement. Toutefois, les funérailles demandent une organisation différente : plutôt que d'apporter le cercueil au cimetière de Kitcisakik, on le transporte par bateau à plusieurs kilomètres du village. Le portage de la berge au lieu de sépulture est souvent beaucoup plus éprouvant pour les porteurs et les membres de la communauté participant aux funérailles et le prêtre est rarement présent à cette étape. Aujourd'hui, l'implication de la communauté aux funérailles et le rôle du chef sont moins importants : seuls les aînés et la famille immédiate participent activement aux trois jours des rites funéraires. Le soutien aux familles serait toutefois plus important qu'avant : les membres assurent une présence plusieurs jours après la cérémonie et des services sociaux développés dans la communauté s'engagent à aider les endeuillés.

Apprentissage et transmission


Les porteurs et le cerceuil du défunt
© IPIR 2009, archives personnelles

Les adolescents ou jeunes adultes sont invités, lors du décès d'un membre de la communauté, à participer aux différentes tâches que constituent les rites funéraires. Jimmy Papatie explique qu'il est important de montrer aux plus jeunes à creuser une tombe ou à porter un cercueil, car les générations vieillissantes ne pourront plus effectuer ces tâches. C'est ainsi que sont transmises les tâches constituantes des rituels funéraires.

Localisation

Municipalité: Kitcisakik
Région administrative: 08 Abitibi-Témiscamingue
MRC: Hors MRC (autochtones)
Lieu: Territoire anicinape de Kitcisakik, J9T 3A3

Source

Jimmy Papatie
Titre, rôle et fonction : Membre de la communauté anicinape de Kitcisakik
Lien avec la pratique : Il fait partie du conseil de bande depuis 25 ans et a été chef de sa communauté. Il participe aux funérailles familiales de la communauté et témoin des funérailles de son grand-père paternel

Enquêteur : Elise Bégin
Date d'entrevue : 24 juillet 2009


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