Présentation de la communauté

Les communautés anicinapes de Kitcisakik et du Lac Simon

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Groupe: La communauté anicinape de Kitcisakik
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse Rouyn-Noranda
Paroisse, congrégation ou équivalent: Sainte-Clothilde (Réserve indienne) (Lac Victoria)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Communauté (9240), Récit fondateur (9241).

Description


Arrivée des Anicinabek au Grand Lac Victoria, 1907
© IPIR 2009, archives personnelles

Les communautés de Kitcisakik et du Lac Simon formaient autrefois une même nation. Ils vivent aujourd'hui sur leurs territoires ancestraux dans le Parc de la Vérendrye et dans la partie est de la région de l’Abitibi-Témiscamingue. Avec le développement d’un poste de traite des fourrures et le développement de l'industrie forestière au 18e siècle ainsi que l’arrivée de missionnaires sulpiciens puis oblats sur le territoire anicinabe, les familles algonquines se sont regroupées à « la grande embouchure » du Grand Lac Victoria, c'est-à-dire Kitcisakik » en anicinabe, nom actuel de la communauté vivant toujours en ce lieu. Au 19e siècle, une partie des familles de Kitcisakik se sont déplacées plus au nord où se trouvaient un poste commercial de fourrure et ont formé la communauté du Lac Simon, nom donné en l’honneur du premier chef de la communauté. Contrairement à la première communauté, qui a toujours refusé de céder ses droits territoriaux, ce dernier groupe a formé une réserve autochtone. 


L'évangélisation


Avant l’arrivée des missionnaires sulpiciens en 1785, la spiritualité de forme animiste était pratiquée par l’ensemble des Anicinabek. Le conseil de la communauté était d’ailleurs formé d’un chef, d’un chasseur et d’un chaman, ce dernier conseillant le chef en se basant sur la cosmogonie ainsi que sur les présages résultant de différentes pratiques rituelles. Les Sulpiciens, dont la mission a été poursuivie en 1844 par les Oblats, sont venus sur le territoire dans le but d’évangéliser les populations autochtones et d’assurer le culte aux employés des compagnies de fourrures, et plus tard de l’industrie du bois. Les familles anicinabek se sont ainsi progressivement converties au catholicisme, les missionnaires voyant d’un mauvais œil les pratiques spirituelles traditionnelles. Celles-ci ont alors cessé d’être pratiquées dans la communauté. On raconte d’ailleurs que le dernier joueur de tambour, décédé vers 1920, aurait longtemps résisté à la conversion au catholicisme qui n’était pas compatible avec la spiritualité amérindienne. Les prêtres missionnaires ont, par leur conviction religieuse monothéiste, découragé cette pratique. Lors de sa conversion quelques années avant son décès, le joueur de tambour aurait, pour symboliser son passage à une nouvelle confession religieuse, détruit son tambour devant tous les membres de la communauté et les responsables religieux, symbolisant sa conversion. 


Avec la disparition des pratiques spirituelles traditionnelles, les rites ancêtraux anicinabek sont peu pratiqués. Les missions catholiques de Kitcisakik et du Lac Simon ont été très dynamiques jusqu’à tout récemment, suite au décès du père oblat, en juin 2009, qui assuraient les services religieux des deux communautés. Les Oblats ont développé des outils pédagogiques et se sont adaptés aux communautés locales pour enseigner la foi catholique : par exemple, les prêtres devaient apprendre la langue locale. Les messes, les prières et les chants religieux qu’on retrouve dans les différentes cérémonies, sont ainsi récités en anicinabe depuis une centaine d’années. Le calendrier liturgique intègre des éléments ou des figures représentatives de l’identité amérindienne et de son mode de vie : par exemple, on prie et on célèbre en août la fête de Katéri Tékakwitha, modèle de foi chrétienne d’une Amérindienne iroquoise-algonquine, ou encore on récite des prières spécifiques aux activités de subsistance que constituent la chasse et la trappe à la saison hivernale. 


Kitcisakik, lieu où s’est implantée la mission catholique, est riche en histoire: la mission Sainte-Clotilde possède la plus ancienne église de la région de l’Abitibi-Témiscamingue.  Le cimetière de Kitcisakik, situé en forêt à près d’un kilomètre de l’église, rend hommage par ses épitaphes à la mémoire de plusieurs membres de la communauté inhumés depuis près de 100 ans. L’histoire du cimetière permet de connaître l’existence de pratiques funéraires distinctives qui étaient exercées chez les membres convertis, enterrés au cimetière, et chez ceux qui ne l’étaient pas, inhumés en périphérie du site. La majorité des aînés ainsi que certaines familles s’impliquent activement dans la vie paroissiale. À Kitcisakik, cette participation communautaire est ancrée historiquement dans l’organisation de la mission, dont l’enseignement religieux et les prières devaient être assurés, en l’absence des prêtres, de septembre à juin, par différents membres de la paroisse. 


Plusieurs paroissiens s’impliquent dans les activités de la mission: par exemple, des dirigeants, formés par les prêtres, assurent les rassemblements pour les prières et l’enseignement du catéchisme, alors que d’autres sonnent les cloches avant tous les services religieux, ou préparent les repas qui suivent certaines cérémonies. D’autres encore s’impliquent dans l’organisation de fêtes religieuses, de baptêmes, de mariages, ou de funérailles, qui impliquent une grande partie de la communauté, parfois même à la fois celles de Kitcisakik et du Lac Simon. Les funérailles constituent un culte particulièrement important, qui, en plus d’inciter la participation de toute la communauté, se recentre, depuis une quinzaine d’années, sur une appartenance identitaire culturelle par l’inhumation des aînés, à leur demande, sur leur site traditionnel familial plutôt qu’au cimetière de la mission catholique. Malgré le dynamisme des paroisses de Kitcisakik et du Lac Simon, le patrimoine immatériel religieux demeure vulnérable en l’absence de prêtre, qui constituait une présence importante pour certains membres, non seulement en tant que représentant religieux célébrant les rites de passage et les cérémonies religieuses hebdomadaires, mais aussi dans les échanges quotidiens avec les habitants des deux villages.  


La spiritualité algonquine


Contrairement à la culture occidentale qui a isolé le religieux des autres sphères de la vie, la spiritualité amérindienne fait partie de la vie quotidienne. Apres un siècle d'évangélisation, très peu de personnes peuvent ou veulent aujourd’hui témoigner des pratiques spirituelles ayant un ancrage historique et culturel dans leur communauté. Par exemple, les rituels funéraires algonquins qui consistaient à déposer le corps, couvert d’écorces de bouleau, sur une structure en bois en forêt, tout comme certaines pratiques qui permettaient de communiquer avec les ancêtres ou les esprits ne sont plus pratiquées. Les efforts de reconnaissances de droits ancestraux des Autochtones au Canada au cours des 30 dernières années ont été accompagnés d’une valorisation globale des cultures amérindiennes, soulignant la richesse de leurs traditions et savoirs-faire et permettant aux jeunes générations de reconstituer leur identité pour leur bien-être et celui de toute leur communauté. Dans les années 1970-1980, la communauté de Kitcisakik a mis sur pieds quelques projets culturels visant à faire vivre aux jeunes générations des expériences culturelles et identitaires au sein d’une organisation autochtone. Certains membres de la communauté privilégièrent un cheminement personnel vers un retour aux traditions amérindiennes (le « chemin rouge »), alors que plusieurs se rendaient à des célébrations traditionnelles dans l’Ouest du Canada ou aux États-Unis. 


Plusieurs pratiques traditionnelles ont été revitalisées dans les deux communautés grâce aux échanges avec des populations autochtones extérieures et avec certaines familles ou quelques aînés qui ont souhaité transmettre les fondements de leur croyance. Aujourd'hui, de plus en plus de jeunes adultes reviennent à la pratique de rituels autrefois interdits dans leur communauté. Il est d’ailleurs intéressant de constater les métissages religieux entre les pratiques catholiques et amérindiennes dans les prières et dans certains rituels, ce qui témoigne sans doute de tentatives de concilier les deux traditions religieuses qui se côtoient depuis longtemps. Dans un contexte où les distances territoriales et identitaires s’amoindrissent, des rituels sous des formes nouvelles, provenant de différentes nations autochtones, naissent actuellement dans les communautés anicinabek. Des pow wow, organisés par la communauté du Lac Simon depuis une dizaine d’années réunissent des autochtones de différentes régions du Canada, des États-Unis et même parfois de l’Amérique du Sud. Ces pow wow, tout comme d’autres types de rencontres autochtones, recréent les pratiques religieuses traditionnelles: des cérémonies du soleil, pouvant habituellement être effectuées de façon individuelle chaque matin, sont organisées de manière collective ; un feu sacré dans un tipi est gardé en permanence pour toute la durée de l’événement pour le recueillement spirituel ou pour la guérison. Les groupes de chanteurs au tambour, présents en grand nombre dans les pow wow, ont intégré les répertoires provenant de l’Ouest à la culture autochtone locale parce qu’ils perpétuent un sens similaires à celui des traditions spirituelles anicinabek bien que ce type de tambour n’aie jamais été utilisé traditionnellement dans les communautés anicinabek. Les tentes de sudation, ont un parcours similaire aux tambours de l’Ouest adoptés chez les Anicinabek, et remplacent les tentes tremblantes qui étaient autrefois utilisées dans les communautés. Pendant la saison estivale, plusieurs guides spirituels des deux communautés organisent des tentes de sudation en forêt, à la demande de certains membres ou de visiteurs Tcigoji (nom local donné aux non-autochtones) qui souhaitent vivre une expérience spirituelle. 


La spiritualité anicinabe aujourd’hui repose sur les enseignements du cercle de la médecine et sert d’orientation symbolique pour la vie quotidienne tout comme pour le processus de guérison. Il existe un intérêt grandissant pour la spiritualité autochtone : William Commanda, guide spirituel à Kitigan Zibi et fondateur de l’association Circle of All Nations, met sur pied un centre de guérison spirituelle sur le lieu traditionnel de l’île Victoria, située sur la rivière des Outaouais entre les villes d’Ottawa et Gatineau. Quelques membres des communautés de Kitcisakik et du Lac Simon sont impliqués dans ce projet. 


Les pratiques religieuses traditionnelles anicinabes sont en revitalisation. Elles se reconstruisent à partir des enseignements d’autres communautés autochtones sur des fondements communs aux leurs, et sont liées à une quête identitaire qui accompagne la valorisation de l’autochtonéité. Malgré le fait que plusieurs pratiques intégrées dans les communautés ne soient de tradition anicinabe, elles demeurent patrimoniales par les fondements communs qui relient la spiritualité des différentes nations, cette trans-amérindianité facilitant même aujourd’hui les échanges sociaux, culturels et spirituels entre des communautés nord-amérincaines.

Localisation

Municipalité: Kitcisakik et Lac Simon
Région administrative: 08 Abitibi-Témiscamingue
MRC: Hors MRC (autochtones)
Lieu: Kitcisakik et Lac Simon

Photos


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: