Le sacrement de l'ordre chez les Sulpiciens — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Le sacrement de l'ordre chez les Sulpiciens

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Montréal
Communauté religieuse: Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice au Canada (Sulpiciens)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Personnel religieux (9230), Ordination/vœux (9236).

Historique général


L'imposition des mains
© IPIR 2007, soumis à copyright

Avec la fondation du Grand Séminaire de Montréal en 1840 et la construction du bâtiment en 1857, les Sulpiciens se retirent du public pour s'adonner à leur mission première, soit la formation des prêtres pour les diocèses. Ils avaient auparavant été très impliqués dans différents domaines de la vie cultuelle, culturelle et administrative de Montréal. Ici comme dans les missions à l'étranger, la formation des prêtres est l'activité principale des Sulpiciens. Pour les candidats appelés, l'ordination est l'aboutissement de ce processus. L'ordination, ou sacrement de l'ordre, est ce moment important où le candidat est ordonné diacre, prêtre ou évêque selon qu'il s'agisse des degrés suivants du sacrement : le diaconat, le presbytérat ou l'épiscopat. L'épiscopat relève non pas du Grand Séminaire mais bien du pape qui décide qu'un prêtre deviendra évêque.

Description


La prostration pendant la litanie des saints
© IPIR 2007, soumis à copyright

Le mandat principal des Sulpiciens est d'assister les évêques dans la préparation des candidats à la prêtrise et dans la formation permanente des prêtres. Comme chaque sulpicien a d'abord été ordonné avant de faire son entrée dans la Compagnie, l'ordination est une pratique fondamentale du patrimoine immatériel de Saint-Sulpice. 


L'ordination est un rite relativement élaboré comportant plusieurs étapes et pratiqué par l'évêque. L'ordination est le moment où la personne s'engage au service de l'Église dans un diocèse donné. Il s'agit donc d'un recrutement pour les diocèses et non pour les Sulpiciens. Néanmoins, les ordinations sont des occasions de grandes fêtes pour les Sulpiciens. On distingue deux temps de la pratique de l'ordination : avant et après 1970. Avant 1970, il fallait franchir sept étapes. La tonsure, qui ne fait pas partie de ces étapes, se déroulait tout de même lors des ordinations. Il s'agissait d'un rite de passage ou d'adoption en présence de l'évêque. Ce dernier coupait cinq mèches de cheveux du candidat en forme de croix. Cela signifiait un don total de sa vie à Dieu, un abandon au Seigneur. La première étape était celle de portier : le candidat recevait des clés, touchait la porte et sonnait les cloches. Il devenait en somme responsable des portes et des cloches, de l'accueil et du bon ordre de l'église. La seconde étape était le lectorat (lecteur). Le candidat recevait un livre et devenait responsable de la lecture de la messe, excepté l'Évangile. La troisième étape était celle de l'exorciste. Il s'agissait d'un rite préparatoire au baptême, des prières de délivrance pour les futurs baptisés. La quatrième étape était l'acolytat (acolyte). Le candidat devenait responsable du service de la messe (servant de messe). Ces quatre étapes formaient ce qu'on appelait les Ordres mineurs. La cinquième étape était nommée le sous-diaconat (sous-diacre). Le candidat prononçait les voeux de célibat à vie et promettait de lire le bréviaire tous les jours. Il recevait le calice et la patène. La sixième étape était le diaconat (diacre). Le candidat était désormais apte à proclamer l'Évangile lors de la messe. Il pouvait aussi servir le prêtre et l'aider à l'autel pour manipuler le calice. Il recevait l'Évangile et la dalmatique (vêtement liturgique du diacre). La septième et dernière étape était le presbytérat (prêtre). Le candidat touchait le calice et la patène pour signifier qu'il allait dire la messe. Il recevait la chasuble et l'onction des mains. Au diaconat, l'évêque imposait les mains et cela était suivi de longues prières. Au presbytérat, l'évêque et tous les prêtres présents à l'ordination imposaient les mains les uns à la suite des autres (mains sur la tête du candidat). Cette pratique était suivie de longues prières. 


Il pouvait y avoir des rites complémentaires selon le cas. Ces trois dernières étapes portaient le nom d'Ordres majeurs. Toutes ces étapes se déroulaient en même temps, généralement à la cathédrale. Les séminaristes de première année recevaient la tonsure, ceux de deuxième année devenaient portier et ainsi de suite dans une cérémonie très longue, étant donné le nombre important de séminaristes. 


Après 1970, on distingue d'abord deux ministères. L'admission est un rite durant la messe au cours duquel le séminariste est accepté par l'évêque dans son diocèse. Suivent le lectorat et l'acolytat comme premier et deuxième ministères. Ces deux ministères remplacent les ordres mineurs d'avant 1970. Après les ministères vient le sacrement de l'ordre qui comprend le diaconat et le presbytérat. Ce sacrement comprend aussi l'épiscopat, étape qui ne relève pas du Grand Séminaire. Au diaconat, le candidat s'engage au célibat et à la lecture quotidienne du bréviaire. Au presbytérat, il y a l'imposition des mains au candidat par l'évêque et par les prêtres présents pour l'occasion avec la récitation de grandes prières. Depuis cette formule instaurée en 1970, certaines étapes de l'ordination ont donc été retranchées, mais l'ordination conserve toute sa place et son importance pour les Sulpiciens et l'Église. Aux ministères correspond la transmission d'un objet et au sacrement de l'ordre correspond l'imposition des mains accompagnée de grandes prières. 


Afin d'être ordonné à Montréal dans le contexte multiculturel qui prévaut, le candidat doit être à tout le moins bilingue. Pour des raisons concernant les études, le comportement ou la maladie, l'ordination d'un candidat pouvait et peut être reportée à l'année suivante. L'expression populaire « être clippé aux ordres » signifiait que le candidat ne pouvait avoir accès à un ministère. La punition extrême, et rare, était l'expulsion du séminaire. 


Le nombre de participants à l'ordination varie d'une année à l'autre. Cela comprend les candidats, l'évêque, le personnel religieux et l'assistance (les proches et les paroissiens). Jusqu'en 1960, le diocèse de Montréal célébrait environ 120 ordinations par an. Dans les années 1970, ce nombre a chuté à 20. Aujourd'hui, M. Demers estime qu'il se célèbre environ trois ordinations par an pour remplacer 30 prêtres qui quittent. Pour le côté pratique de la chose, les premières étapes (les ministères) se déroulent au Grand Séminaire. De plus en plus, le diaconat se passe à la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde de façon à accueillir le plus de gens possible, car la famille et les proches des candidats veulent assister à l'événement. L'ordination presbytérale se fait dans les églises paroissiales de façon individuelle, car les candidats sont peu nombreux de nos jours. Il s'agit aussi d'une belle occasion de partager avec les paroissiens que le candidat a côtoyés durant son stage préparatoire. 


La célébration de l'ordination s'est assouplie et simplifiée au tournant des années 1970. Il s'agit de sa seule actualisation. Bien que les ordinations soient beaucoup moins nombreuses aujourd'hui, elles constituent des moments d'une importance capitale pour les Sulpiciens. C'est l'aboutissement et la concrétisation de leur mission de formation des prêtres. Les principaux objets liés à cette pratique sont les vêtements liturgiques correspondant à chaque statut (évêque, prêtre, diacre), le calice et la patène, les objets remis pour les ministères et les objets du décor et de la cérémonie religieuse. Habituellement, la chorale de la paroisse est présente durant les ordinations et un goûter suit la cérémonie. La musique et l'atmosphère qui règne dans l'église en font une célébration très solennelle. Aujourd'hui, une ordination peut durer environ deux heures. Il s'agit en effet d'un moment unique et très signifiant dans la vie du futur prêtre. 


Autrefois, les ordinations étaient incluses dans les quatre moments nommés Quatre-Temps, caractérisés par trois journées spéciales de prières (mercredi, vendredi et samedi) au début de chaque saison. Le plus souvent, cela se déroulait à la fin de l'année scolaire, soit au mois de juin. Cela correspondait au Quatre-Temps de l'été et parfois à la fête de la Pentecôte. Il y avait des exceptions, comme c'est le cas aujourd'hui.

Apprentissage et transmission


La présentation du calice
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Au Grand Séminaire, les séminaristes reçoivent une préparation à l'ordination durant toute leur formation, notamment lors des cours de liturgie et des stages en paroisse. La pratique de l'ordination se transmet dans son contexte de réalisation, au Grand Séminaire, à la Cathédrale ou encore dans certaines églises paroissiales.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
MRC: Communauté métropolitaine de Montréal
Lieu: Grand Séminaire de Montréal, 2065, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, H3H 1G6
Téléphone: 514 935-1169
Site Web: http://www.sulpc.org

Source

Père Marcel Demers
Titre, rôle et fonction : Le père Marcel Demers est prêtre et formateur du clergé (liturgie) au Grand Séminaire de Montréal.

Enquêteur : Mathieu Tremblay
Date d'entrevue : 4 décembre 2007


Partenaires

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