Le transport des saintes espèces et des reliques — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Le transport des saintes espèces et des reliques

Tradition: Christianisme
Appartenance: Orthodoxie (chalcédonienne)
Groupe: Église Orthodoxe d'Amérique / Orthodox Church in America
Diocèse, association ou regroupement: Archevêché du Canada / Archdiocese of Canada
Paroisse, congrégation ou équivalent: Saints Peter & St. Paul Sobor / Cathédrale des Saints Pierre et Paul (Montréal)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Geste rituel (9328).

Description


Père Anatoly Melnik pliant son étole par-dessus les saintes espèces
© IPIR 2007, soumis à copyright

Le rituel est utilisé pour transporter les reliques, les saintes espèces (le pain et le vin) hors de l'église ou une icône d'une église à l'autre. Les saintes espèces sont transportées à l'extérieur de l'église pour le sacrement de l'extrême-onction ou de la communion des malades. 


Le rituel du transport des espèces se déroule en trois étapes : la préparation, le transport et le sacrement et, finalement, le retour des espèces dans l'église d'origine. La première étape préparatoire se déroule dans le sanctuaire, loin du regard des fidèles. Le prêtre porte l'aube noire sur laquelle on met l'étole (epetrahir) et les manchettes (poruci). Il s'assure d'avoir enlevé tous les objets profanes : la montre, les bijoux, et la bague de mariage. Sur l'autel, devant le tabernacle et l'évangile, le prêtre ouvre le corporal (antimitu, mot qui signifie « saint plat » en russe). « Le corporal est un tissu saint où on garde des reliques. Les reliques sont cousues sur l'étoffe. Le corporal est utilisé pour célébrer la sainte liturgie » (Père Anatoliy). Ensuite, le prêtre sort le ciboire (chivot) du tabernacle symbolisant le tombeau du Christ où l'on conserve l'hostie et il le met sur le corporal. Il l'ouvre et, à l'aide de la cuillère de communion, il sort l'hostie consacrée en la plaçant dans une custode (petite boîte carrée). Une fois fermée, il range la custode dans la daronosita (petit tabernacle ou petit artophorion) à côté de la cuillère de communion, d'un calice et d'un petit flacon de vin consacré. La daronosita, littéralement « la porteuse des saintes espèces » en russe, est un coffret de forme rectangulaire dont le côté supérieur prend la forme de la croix. Lorsque tout est bien rangé dans la daronosita, elle est fermée à son tour et placée dans la besace qui, une fois accrochée au cou, reste bien attachée contre la poitrine du prêtre. Afin de protéger les espèces, le porteur plie l'étole au-dessus de la besace en l'attachant ensuite avec une ceinture. « Ainsi, on peut les transporter. Cependant, si je vais en voiture et surtout si je prends le volant, je dois enlever les poruci (les manchettes). Ces manchettes servent exclusivement à la consécration. Elles symbolisent les cordes avec lesquelles Jésus-Christ fut attaché sur la croix. Donc, je les porte pour le sacrement seulement et pour rien d'autre. Ce serait contre la loi divine... » (Père Anatoly). À son arrivée au domicile du malade, il met de nouveau les manchettes et se prépare pour la communion. Dès son retour à l'église, le prêtre refait la même procédure afin de ranger à leur place dans le sanctuaire tous les objets utilisés pour la cérémonie. 


La phase préparatoire du transport des espèces ou des reliques n'est pas accessible aux non-initiés. Elle se déroule dans le sanctuaire et les portes sont fermées. Sur l'autel, le tabernacle et le saint évangile sont placés à droite. Devant le tabernacle, le prêtre déplie le corporal et officie le cérémoniel de préparation des espèces pour le transport. Seul le prêtre a le droit de regarder ou de toucher les reliques ou les espèces. Le transfert des espèces du tabernacle à la « daronosita » se déroule dans le sanctuaire, loin des regards. Le prêtre doit porter des vêtements spéciaux, dont le patrachir (l'étole) et les poruci (les manchettes liturgiques). Durant le transport, le comportement du porteur doit être sans excès, plein de respect et d'humilité. Il doit éviter d'apporter les objets sacrés dans des lieux dits « impurs ». Il doit placer la besace dans un lieu « pur », loin de toute forme de « contamination » (Père Anatoliy). S'il prend le volant ou s'il doit vaquer à des tâches quotidiennes, il est obligé d'enlever les manchettes qui ne servent qu'à la sainte liturgie et à la consécration. Au moment de son arrivée chez le malade, il les remettra afin d'officier la communion. 


Par-dessus l'aube noire, le prêtre doit obligatoirement porter l'étole (epetrahir), une longue étoffe jaune et blanche, accrochée autour du cou. Afin de prendre et de manipuler les saintes espèces, il doit aussi enfiler les poruci, deux manchettes faites du même tissu que l'étole et fixées sur les bras avec de longues cordes. « Ces manchettes servent exclusivement à la consécration. Elles symbolisent les cordes avec lesquelles Jésus-Christ était attaché sur la croix » (Père Anatoly). La besace utilisée dans le rituel est fabriquée du même tissu que l'epetrahir et les poruci servant à transporter des espèces. Les objets utilisés sont « la porteuse des sacrements » (petite boîte dorée). Simple à l'extérieur, elle a une forme rectangulaire sauf un des côtés qui prend la forme de la croix. L'intérieur est séparé en deux compartiments : l'un pour la petite boîte destinée à l'hostie consacrée et l'autre en dessous où l'on range la cuillère, un petit verre et une boîte minuscule pour le vin.


Durant la phase préparatoire, le prêtre doit réciter des prières. S'il transporte les reliques d'un saint, il priera le saint de l'aider et de le protéger sur son chemin. S'il transporte les saintes espèces, il lira l'absoute (prière d'absolution) et suivra certaines prescriptions. Ensuite, il récitera une litanie. Le rituel accompagnant le transport des saintes espèces et des reliques est fixe. Sa reproduction se fait conformément à la tradition orthodoxe et aux canons établis par l'église.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
MRC: Communauté métropolitaine de Montréal
Lieu: Cathédrale des Saints Pierre et Paul, 1175, rue de Champlain, Montréal, H2L 2R7
Téléphone: 514 522-2801
Télécopieur: 514 523-1011
Site Web: http://www.peterpaul.sobor.ca

Source

Anatoly Melnik
Titre, rôle et fonction : Anatoly Melnik est archiprêtre de la paroisse des Saints Pierre et Paul de Montréal, depuis deux ans.

Enquêteurs : Iurie Stamati, Daniela Moisa
Date d'entrevue : 10 octobre 2007


Partenaires

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