Roger Échaquan: guérisseur traditionnel — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Roger Échaquan: guérisseur traditionnel

Tradition: Spiritualité autochtone
Appartenance: Spiritualité autochtone (Attikameks)
Groupe: La communauté de Manawan
Paroisse, congrégation ou équivalent: La communauté de Manawan (Attikameks)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique spirituelle (9330), Technique (9332).

Historique général


Roger Echaquan, guérisseur
© Soumise à copyright

Roger Échaquan fait partie des dernières générations d'enfants qui sont nés sous la tente. Il explique que jadis, au printemps, les gens sortaient des maisons pour vivre dans les tentes. Il a connu ses premières cérémonies à l'âge de sept ans. Il parle d’une cérémonie pour les adolescents durant laquelle les garçons passaient trois jours en forêt, sans manger. C’est de cette manière qu’ils devaient trouver leurs alliés, les esprits. Les jeunes femmes, quant à elles, recevaient un enseignement différent pendant la cérémonie de la lune.


Chaque moment important de la vie était marqué par des rituels particuliers. Par exemple, la naissance d'un enfant donnait lieu à la cérémonie du nouveau-né, durant laquelle chaque participant devait formuler un souhait lié aux quatre directions pour l’enfant. Ce rituel était pratiquée par les femmes, comme celui des premiers pas. Pour la cérémonie des premiers pas, on attirait l’enfant avec un petit sac remplis d’objets, de biscuits et de fruits. Il devait ensuite entrer dans le tipi et distribuer ces denrées aux membres de sa communauté, il apprenait ainsi le sens du partage.


Roger Échaquan donne des conférences et offre des stages de tambour. Il enseigne les éléments de la tradition pour aider les siens à retrouver leur culture. Il dit qu’il faut laisser les jeunes vivre leurs expériences, sinon, on leur transmet nos peurs. Il a accompli des guérisons grâce auxquelles il a acquis une réputation de guérisseur spirituel.
M. Échaquan termine en ce moment une maîtrise en psychologie sociale, à Rimouski. Son mémoire porte sur ses pratiques de guérisons spirituelles.

Description


Roger Échaquan au campement de Wemotaci
© IPIR 2009, soumise à copyright

Roger Échaquan soigne d’un point de vue psychologique et physique, il ne conseille jamais les gens directement, il donne des enseignements et des conseils sur les plantes. Il reçoit et donne une part de ses enseignements dans ses rêves, dans les tentes à suer en groupe ou en privé. Sa première tente à suer lui a été donnée par William Commanda, chef spirituel reconnu de plusieurs nations autochtones du Québec.  Il fait environ deux séances de tente à suer mensuellement. Selon Roger Échaquan, dans une tente à suer, certaines choses sont affirmées et parfois complètement révélées à un individu, ce qui participe au processus de guérison.


Il voyage beaucoup pour offrir ses soins sur demande. Il possède une tente dans laquelle il prodigue des enseignements et office des cérémonies. Dans la tente sont disposés plusieurs éléments nécessaires aux rituels: le tambour est associé aux esprits et aux rêves et les cercles ont un mouvement énergique, et sont faits pour apprendre à s’affirmer, à comprendre que chaque personne, chaque élément de l'univers a sa place.


Selon la tradition, chaque personne a le comportement d’un animal. Lorsqu'il enseigne, il raconte l’histoire des animaux et chaque personne peut se reconnaître dans l'un des animaux qu'il décrit. Roger, pour sa part, s’identifie à l’ours et à l’aigle. De la même manière que chaque personne a son animal, chaque personne a sa plante. Roger Échaquan raconte « l’histoire des arbres», il dit y mettre entre deux et trois heures.


Il raconte l'histoire des arbres au commencement des temps, qui est une explication sur l'usage des plantes médicinales: « Au tout début, il y avait une lumière, cette lumière avançait alors que la terre demeurait immobile. Après des milliards d’années d’attente, la lumière fit le tour de la terre, qui commença alors à bouger. La lumière cessa de bouger et la vie arriva. De gros animaux sortirent de la terre et de l’eau, certains entrèrent dans la forêt. Des géants habitèrent la terre avant qu'une grande catastrophe ne les décime. De gros animaux retournèrent à la mer et devinrent les baleines. De plus petits animaux sortirent de l’eau et devinrent des orignaux. Il ne restait que quelques géants survivants quand les humains firent leur apparition. Il y eu un autre incident qui détruisit ces premiers humains et presque toute la terre, puis les grands-pères arrivèrent. Il ne restait alors que de la terre et de l’eau. Un des grands-pères, pour l’avenir de ses petits-enfants, fit le souhait de devenir un peuplier. Il croyait que le bruit du vent dans ses feuilles calmerait les enfants. Un autre grand-père l’imita et choisit de devenir bouleau, disant que les familles se soigneraient de son écorce. Il pourrait utiliser le bois pour faire leurs tambours, leurs canots, leurs raquettes, etc. Monsieur Echaquan continue à raconter la transformation d’autres grands-pères en arbres et leurs souhaits de soigner différents maux ou d’offrir des matériaux pour la survie de leur peuple. Une grand-mère devint l’eau, pour laver et bénir les enfants. Un grand-père choisit de devenir orignal, pour montrer le sens de la vie. Sa peau offrirait des mocassins à sa descendance, ses poils pourraient être brodés ou servir de matelas. Le castor, en mangeant tous les arbres près de l’eau, concentrerait en lui leurs propriétés médicales.»



Il raconte comment, jeune homme, il a découvert par lui-même, en suivant son intuition, les vertus médicinales des plantes: par exemple, l’achillée millefeuille soigne les maux de tête et les piqûres d'insectes. Il raconte que l’usage des plantes lui est parfois révélé dans ses rêves. L’immortelle est bonne pour le cœur. La tisane d’écorce de peuplier soigne les mots de ventre. Les écorces du bouleau contenant des petites taches rouges régularisent les règles. Le saule apaise les maux de tête, ses bougeons dégagent les voix respiratoires. Le cèdre, en tisane, permet d’aller chercher au plus profond de soi.Les feuilles du bleuetier soignent les blessures.


Selon Roger Échaquan, les gens qui souffrent ont tout ce qu’il faut pour se soigner. À l’image de la terre, l’être humain est complet et dispose autour de lui et en lui de tout ce qu’il lui faut, y compris le pouvoir de tout faire naître en soi, le bon comme le mauvais. Roger Échaquan soigne parfois les gens en rêvant, il les opèrent en songes sur demande. Il ne demande aucune rémunération pour ces soins.

Apprentissage et transmission


Roger Echaquan, préparation de la bannique
© Soumise à copyright

Ses parents parlaient attikamek, et ils lui ont appris la langue des ancêtres. Il a vécu avec ses parents jusqu’à l'âge de 5 ans. Il a reçu son nom traditionnel, Tcitcia. Il a aussi un autre nom qui signifie celui qui fait les chemins. Son grand-père ne pratiquait pas, mais il lui racontait des histoires et le présentait aux autres anciens. Sa mère Catherine était guérisseuse, comme son père et son grand-père. Son grand-père fabriquait et vendait également des canots d’écorce, à St-Michel-des-Saints.


Il a entendu plusieurs récits racontés par les aînés. Il dit avoir été confié très jeune à son grand-père car ses parents souhaitaient qu’il apprenne la tradition avant d’être envoyé au pensionnat. À l’âge de 5 ans son grand-père le présente aux aînés du village. Les aînés transmettaient toujours leur savoir par des histoires, jamais par des explications. Son grand-père disait qu’il fallait commencer cet enseignement le plus tôt possible. Il a d’abord été conscientisé à la présence des quatre directions. L’enseignement qu’il a reçu, entre cinq et huit ans, était très intensif. Il aurait parfois aimé jouer avec les autres enfants, mais les enseignements des anciens prenaient toute son attention. Parfois, une histoire pouvait durer plus de douze heures, comme celle du commencement des temps qu'il adapte aujourd'hui selon les circonstances et la tradition.


Roger Échaquan termine en ce moment une maîtrise en psychologie sociale, à Rimouski. Son mémoire porte sur ses pratiques de guérisons spirituelles.


 

Localisation

Municipalité: La Tuque
Région administrative: 04 Mauricie
MRC: Hors MRC
Lieu: La Tuque

Source

Roger Échaquan
Titre, rôle et fonction : Roger Échaquan est guérisseur traditionnel à La Tuque pour un Centre d'amitié autochtone et étudiant à la maîtrise en psychologie sociale à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR). Sa mère était guérisseuse, tout comme son père et son grand-père.

Enquêteur : Valérie Roussel
Date d'entrevue : 8 août 2009


Partenaires

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