La fête de Notre-Dame de Kazan chez les orthodoxes russes — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

La fête de Notre-Dame de Kazan chez les orthodoxes russes

Tradition: Christianisme
Appartenance: Orthodoxie (chalcédonienne)
Groupe: Russes
Diocèse, association ou regroupement: Russian Orthodox Church Outside of Russia, Eparchy of Canada
Paroisse, congrégation ou équivalent: St. Nicholas Cathedral (Montréal)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Temps religieux (9280), Fête calendaire (9281).

Historique général


L'icône de Notre-Dame de Kazan
© IPIR 2011, soumis à copyright

L'icône qui est à l’origine de la fête de Notre-Dame de Kazan est vénérée par l’Église orthodoxe, plus particulièrement par l’Église russe. Elle est aussi vénérée par les catholiques, bien que sa fête soit exclusivement inscrite au calendrier liturgique orthodoxe. Deux grandes cathédrales lui sont vouées à Moscou et à Saint-Pétersbourg. La Vierge de Kazan est célébrée le 21 juillet et le 4 novembre.

L’icône de la Vierge à l’enfant remonte au XIIIe siècle. Elle est du type hodigitria, « celle qui montre Jésus, le chemin ». L’icône aurait été peinte à Constantinople et placée dans un monastère de la ville de Kazan, en Russie, d’où elle disparaît en 1209, pendant l’invasion des Tartares. Lorsque, au XVIe siècle, Ivan le Terrible fait la reconquête de cette région, toute la ville de Kazan est incendiée. C’est alors que la Vierge de Kazan apparaît trois fois à une fillette lui demandant de rechercher sous les cendres son icône. Malgré le scepticisme de tout le monde, l’enfant se met à chercher dans les cendres, seule avec sa mère. Elle retrouve l’icône intacte et rayonnante. L’archevêque organise une procession solennelle en son honneur. En chemin, deux aveugles retrouvent la vue. Cet événement confirme une deuxième fois la nature miraculeuse de l’icône. Plus tard, une somptueuse cathédrale est construite et dédiée à la Vierge de Kazan. C’est là que l’icône miraculeuse est installée, la cathédrale devenant rapidement lieu de pèlerinage.

Avec le temps, l'icône miraculeusement retrouvée à Kazan prend de l’importance. Tout commence avec la révélation faite au pasteur de l’église de Kazan, saint Ermagen. L'un des plus grands saints de Russie, saint Sergei, lui apparaît et lui confie que l’image sacrée de Notre-Dame de Kazan serait le point de ralliement des fidèles et l'instrument qui servirait à sauver et à établir la nation russe. L’icône devient ainsi le symbole de la naissance de la nation russe. Plusieurs légendes voient le jour. En 1612, lorsque Moscou est assiégée, les soldats auraient libéré la ville en priant l’icône et en l’acclamant comme la « libératrice de la Russie ». L’icône est alors placée dans l’église Notre-Dame-de-Kazan à Moscou, sur l’actuelle Place Rouge. En 1709, Pierre le Grand aurait invoqué aussi la Vierge de Kazan dans sa bataille contre Charles XII de Suède. En 1812, c’est encore à la Vierge de Kazan que fut attribuée la victoire contre les armées de Napoléon dont la déroute commença le 12 octobre 1812, l’une des fêtes annuelles de l’icône.

En 1917, lorsque les communistes prennent le pouvoir, ils s'intéressent à l'icône de Kazan, considérée aussi l'expression de « l'âme du peuple russe ». La grande cathédrale de Notre-Dame de Kazan de la ville de Petrograd, devenue Leningrad, est transformée en musée athée. Dans le dessein de prouver que Dieu n'existe pas, les communistes détruisent la basilique de Notre-Dame de Kazan sur la Place Rouge. Lors de ces bouleversements politiques et sociaux, l’icône miraculeuse de la ville de Kazan disparaît. Retrouvée beaucoup plus tard, en Pologne, elle traverse l’Angleterre pour séjourner à Fatima. En 2004, le jour de l’Assomption dans le calendrier julien des chrétiens d’Orient, l’icône est rendue par la volonté du pape Jean Paul II au peuple russe. Elle a ensuite été remise dans son lieu d’origine, le 21 juillet 2005, à Kazan, dans la cathédrale de l’Annonciation.

Description


Bénédiction de l'icône de Notre-Dame de Kazan
© IPIR 2011, soumis à copyright

La fête de Notre-Dame de Kazan tourne autour de l’icône miraculeuse de la Vierge de Kazan. Le côté cultuel et cérémoniel va de pair avec celui culturel et politique, la fête étant associée à la naissance de l’âme russe, donc de la nation russe. À cette occasion, les Russes commémorent les soldats tombés pour défendre leur pays. Les lieux de culte portant le nom de la Vierge de Kazan célèbrent la fête de la paroisse et de l’église. C’est le cas de la chapelle Notre-Dame-de Kazan de Rawdon qui, le 21 juillet de chaque année, réuni jusqu’à deux cent fidèles venant de partout au Québec.

La fête de Notre-Dame-de Kazan commence avec la liturgie habituelle célébrée dans l’Église orthodoxe, celle de saint Jean Chrysostome. La liturgie orthodoxe est toujours chantée a capella ce que veut dire sans instruments de musique et se présente comme un échange continuel entre le clergé, la chorale et les fidèles.

La Divine Liturgie est composée de trois parties : la proscomédie ou la préparation. Ce premier moment consiste en la préparation personnelle du clergé et des saints dons, le pain et le vin, en vue de la célébration eucharistique. La préparation est faite par le clergé seul, d’abord devant les portes saintes de l’iconostase, puis à la table de la proscomédie, située à la gauche du sanctuaire. Ensuite, la deuxième partie est la liturgie de la Parole ou des catéchumènes. Il s’agit des lectures de la Parole – l’Ancien Testament représenté ar des Psaumes, et le Nouveau Testament, par l’Épître et l’Évangile du jour, ainsi que les prières de la fête de Notre-Dame de Kazan. La « Petite Entrée », procession du clergé avec l’évangéliaire, marque le don de la révélation du Christ. La troisième et la dernière partie est la liturgie de l’offrande ou des fidèles. Cette partie est centrée sur le mystère central de la foi chrétienne, la célébration eucharistique, avec la consécration des saints dons en Corps et Sang du Christ, l’invocation de l’Esprit Saint sur les saints dons (l’épiclèse), l’offrande, la communion du clergé et des fidèles, et les actions de grâces.

Dans son homélie, Monseigneur Gabriel, évêque de l’Église orthodoxe russe hors frontières, a souligné la place réservée à la Mère de Dieu dans la foi orthodoxe et dans les offices liturgiques. La remémoration de la légende de la Vierge de Kazan permet de souligner la signification plus profonde de la fête pour l’Église russe : celle de symbole de la naissance et de la libération de la nation russe. L’enseignement de la liturgie de la Mère de Dieu de Kazan de même que celui de l’icône porte sur le rôle plus général de cette figure dans la chrétienté. En tant que première personne à atteindre l’union avec Dieu, la théosis, par le fait d’avoir permis l’Incarnation du Fils de Dieu, la Mère de Dieu ouvre la porte au salut à l’humanité.

La liturgie est suivie par la procession autour de l’église pendant laquelle, en plus de la croix d’autel et des bannières, l’icône de la Vierge de Kazan est portée par une femme. Le cortège composé des prêtres, de plusieurs femmes portant des icônes, des fidèles font le tour de l'église trois fois. Cette procession est marqué par des arrêts à l'est et à l'ouest de l'église, pendant lesquels l'icône de la Vierge de Kazan est bénie, priée et montrée aux fidèles qui chantent. Le cortège est composé de plusieurs femmes qui portent d'autres icônes. Toutefois, l'image de la Vierge de Kazan reste le centre de la cérémonie.

La majorité des icônes exposées dans la chapelle sont des dons de fidèles. Les familles ayant donné une icône à la chapelle sont représentées par la femme qui, au nom de tous les membres de la famille, porte l'icône de la Vierge de Kazan lors des cérémonies. Porter l’icône est une forme simplifiée de vénération des icônes. Elle est liée à toute une tradition de piété dans l'orthodoxie russe et autre à l’intérieur de laquelle, la vénération des icônes de la Vierge occupe une place particulière. L’icône de Notre-Dame de Kazan en est un exemple. Par un processus d’empathie, toute copie de l’original a le pouvoir de protéger les fidèles des maladies et des malheurs. La procession de l’icône autour de l’église, le don d'une icône à l’église, la baiser, passer en-dessus de l'icône, la faire bénir par les prêtres lors des processions de la fête de Notre-Dame de Kazan, tous ces gestes représentent la manière des orthodoxes de se mettre sous la protection de la Vierge.

Les femmes sont les porteuses des icônes. Protectrices de la maison et de la famille, elles ont aussi la charge d’assurer la protection divine. Les raisons pour lesquelles les orthodoxes vénèrent l'icône de la Vierge de Kazan sont les guérisons liées bien sûr aux circonstances inhabituelles entourant l’apparition de l’icône et aux miracles qu'elle avait fait après son exposition au monastère de Kazan. En portant l’icône, « une translation de la grâce » s’opère vers le porteur et, par le même processus d’empathie, vers la famille, les amis, les connaissances mentionnés dans les prières.

Apprentissage et transmission


L'église Notre-Dame-de-Kazan de Rawdon
© IPIR 2011, soumis à copyright

La fête de Notre-Dame-de-Kazan est célébrée chaque année à la chapelle orthodoxe russe de Rawdon qui porte le même nom. Cette chapelle est rattachée à la cathédrale Saint-Nicolas de Montréal qui fait partie de l’Église orthodoxe russe hors frontières. Après la guerre civile, l’Église orthodoxe russe s’est fractionnée en deux branches. L’une est restée en URSS sous le contrôle du régime soviétique et l’autre s’est réfugiée et organisée à l’extérieur du pays, en adoptant le nom de l’Église orthodoxe russe hors frontières.

Dans les années 1960, les paroissiens de la cathédrale montréalaise de Saint-Nicolas ont décidé de construire une chapelle orthodoxe russe à Rawdon. Centre de villégiature bien connu, ce petit village accueillait déjà, depuis les années 1930, des immigrants originaires de l’Europe orientale et du sud-est et qui, établis à Montréal, venaient passer des vacances et profiter de la nature. Graduellement, cette petite communauté saisonnière commence à s’établir à Rawdon et à souhaiter l'établissement d’un lieu de culte. Une première église dédiée à la Sainte Vierge de Kazan (nommée ainsi d’après une icône russe bien connue de la Mère de Dieu) a été construite en 1963 sur la rue Sunshine. Cette église en bois a brûlé en 1972 et a été remplacée, en 1974, par une autre, en blocs de béton recouverts de crépis. Le bâtiment est érigé selon le plan de l’architecte Georges Glimin, constructeur de beaucoup d’églises orthodoxes aux Etats-Unis.

La chapelle Notre-Dame-de-Kazan se distingue dans le paysage rawdonnois par le toit et le bulbe bleus qui rappellent les lieux de culte orthodoxes russes. L’intérieur est doté d’une iconostase en bois de même que des nombreuses icônes dont la plupart ont été offertes à la chapelle par les fidèles. Parmi les objets de valeur, on mentionne les icônes écrites par Mgr Alipi de Chicago et par Alexandre Shelikov, ce dernier étant un iconographe très connu installé à Montréal. Bien que hivernisée, l’église est utilisée surtout pendant l’été. Elle rassemble des Russes, Ukrainiens, Biélorusses, quelques Grecs. Au niveau administratif, l’église Notre-Dame-de-Kazan appartient à l’église russe orthodoxe Saint-Nicolas de Montréal.

Les offices ont lieu exclusivement en slavon. Les rites et les rituels suivent la tradition instaurée par l’Église orthodoxe orientale. Les plus importantes fêtes sont Pâques et le premier dimanche après Pâques, Noël, la fête de l’église qui a lieu le 24 juillet.  Il y a aussi la cérémonie pour les défunts pendant laquelle les fidèles vont au cimetière orthodoxe situé sur la 15e avenue. La majorité des prêtres qui y ont officié sont originaires de Montréal. Tout comme les fidèles, ils font le va-et-vient entre Montréal et Rawdon. L’absence d’un prêtre régulier de même que la diminution du nombre de fidèles ces dernières années font en sorte que l’église est souvent fermée. Toutefois, une nouvelle vague d'immigrants de l’ex-bloc soviétique commence à venir à Rawdon et à reprendre la tradition instaurée déjà par les Russes ayant fui le régime communiste : ils viennent passer les étés à Rawdon, profitent de la nature et des plages tout en ayant un lieu de culte pour prier et socialiser. Par exemple, la fête de l’église Notre-Dame de Kazan qui a eu lieu le 21 juillet 2011 a rassemblé 150 personnes environ.

Localisation

Municipalité: Rawdon
Région administrative: 14 Lanaudière
MRC: Matawinie
Lieu: Église Notre-Dame-de-Kazan, 3836, Sunshine Avenue, Rawdon, J0K 1S0
Téléphone: (514) 744-5571
Site Web: http:// http://www.saintnicholas- montreal.com
Ressources:

Petr Cistjakov, La vénération des icônes miraculeuses dans l’orthodoxie russe contemporaire : l’exemple de la copie de Bronnicy d’après l’icône de la Vierge de Jérusalem. Dans la Revue d’études comparatives Est-Ouest, 2005, vol. 36, no 4, pp. 69-88.

Léonide Ouspensky, La théologie de l'icône dans l'Église orthodoxe, Paris 1960, Le Cerf.

 


Source

Constantin Nesterov
Titre, rôle et fonction : Constantin Nesterov est né en Russie, à Smolensk. Il a été aviateur dans l'armée russe. Comme la majorité des Russes vivant à Montréal, la famille Nesterov a acheté un terrain et une maison à Rawdon, pas loin de l'église Notre-Dame-de-Kazan. Il a été starosta (marguiller), c'est-à-dire la personne qui prend soin du lieu, qui fait les préparatifs des célébrations, qui est chargée des finances et de l'administration de la chapelle.

Enquêteurs : Daniela Moisa, Iurie Stamati
Date d'entrevue : 25 octobre 2007


Partenaires

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