La vie quotidienne d'une Antonienne de Marie avant et après le Concile Vatican II — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

La vie quotidienne d'une Antonienne de Marie avant et après le Concile Vatican II

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Chicoutimi
Communauté religieuse: Soeurs Antoniennes de Marie

Classé sous Organisation religieuse (9200), Fonctionnement (9220), Code/contrôle (9222).

Historique général


Les Constitutions de la communauté
© IPIR 2009, soumis à copyright

De 1904 jusqu'aux années 1960, les Antoniennes de Marie ont vécu au rythme d'une cloche qui ponctuait leur temps: rupture du silence, lever, angélus, messe, méditation, examen. Par ailleurs, tout ce qu'elles étaient tenues de faire était explicitement inscrit dans un coutumier ; chacune des soeurs disposait d’un exemplaire. Le Concile Vatican II a changé le droit canon, par conséquent, les communautés religieuses ont dû réexaminer leur manière de faire et assouplir leurs règles et coutumes institutionnelles. Ces changements se sont faits progressivement chez les Antoniennes de Marie, dans le cadre de différents chapitres généraux.

Description


Le Coutumier-1939
© IPIR 2009, soumis à copyright

Le témoignage de soeur Boivin nous permet de saisir la vie quotidienne des religieuses avant et après le Concile Vatican II. Il permet aussi d’entrer en contact avec le rythme de vie des Antoniennes de Marie, qui détonne par rapport à l'univers laïc, et ce, même de nos jours, malgré les changements qui se sont opérés au courant du dernier siècle.  


Les soeurs se réveillaient à 5h00 au son de la cloche. Une soeur designée répondait Bénédicamus Dominus. Les soeurs faisaient leur signe de croix et le silence était alors rompu. Ensuite, des prières précises étaient récitées pour chaque pièce du costume (tunique, ceinture, rosaire, scapulaire, croix et voile). La toilette et le ménage de la chambre se faisaient en 25 minutes. Les soeurs faisait le matin (soit en se réveillant, soit à la chapelle) une prière dans laquelle elles offraient leur coeur à Dieu. Elles se rendaient à la chapelle pour faire l’oraison du matin, la messe (à 6h00 ou à 6h30 lors des vacances) avec la communion où l’on faisait une prière à Saint-Michel-Archange. Vers 6h40, les soeurs allaient déjeuner en silence au réfectoire. Le travail débutait à 7h15 et se poursuivait jusqu’à la lecture de 9h15. À la maison mère, les soeurs se vaquaient à leur occupation respective. À 9h45, la cloche sonnait deux volées de treize coups, afin de permettre à l’ensemble de la communauté de se rendre à la chapelle pour la lecture, après quoi les soeurs retournaient à leurs occupations. À 11h45, les soeurs sont appelées, par un coup de cloche, à faire leur examen spirituel, après quoi elles se rendent au réfectoire pour le dîner. La cloche appelle à la prière, au recueillement et au silence plusieurs fois dans la journée. Entre 13h00 et 13h30, les soeurs prenaient une marche à l’extérieur. Dans l’après-midi, il y avaient des moments d’adoration. Il s’agissait d’abord de l’office nommé «matines», à 16h00, il y avait l’oraison, un angélus, une prière spéciale à la Vierge, en commun, et appelée par les douze coups de la cloche. Une récréation débutait le soir entre 19h45 et 20h15. Lors des récréations du soir, les soeurs faisaient alors divers travaux d'aiguilles ou sortaient sur la galerie en saison estivale. À l’occasion des fêtes et des vacances, des repas pouvaient être pris à l'extérieur. 


À 20h30 débutait le Grand silence, qui ne se rompait que le lendemain matin à 5h00 avec le son de la cloche. Dans le cas où les soeurs devaient communiquer, elles le faisaient par écrit. Après le Grand silence, les soeurs disposaient de 15 minutes pour faire leur toilette. Le coucher se faisait à 21h00. En ce qui a trait aux repas, le dîner se prenait à midi et le souper à 17h00. Le déjeuner se prenait en silence. Pour le dîner et le souper, une soeur désignée faisait des lectures spirituelles. Les Antoniennes disposaient toutes d’un livre dans lequel se trouvaient toutes les prières de leurs exercices quotidiens. À l’époque, certaines prières, comme l’angélus, étaient dites en latin. Le souper était pris en une demi-heure environ. Le quotidien des religieuses était ponctué d’exercices mensuels et ponctuels. Il y avait, le premier vendredi du mois, une heure sainte de 16h00 à 17h00. Il s’agissait d’une retraite où le Saint-Sacrement est exposé dans la chapelle. Les soeurs y faisaient une oraison. Trois jours avant la fête de l’autorité, alors le 25 mars, les soeurs étaient en retraite. Dans ce temps, les soeurs montaient des pièces de théâtre pour l’occasion. Chaque vendredi, les soeurs allaient en procession à la chapelle en priant pour les défunts. 


Les coutumes du quotidien étaient fort différentes de celles que l'on peut observer aujourd'hui à la maison mère. Le travail se faisait essentiellement en silence. Le jeudi et le dimanche, c’était «congé». En fait, c’était congé de silence. Lorsque les parents venaient visiter les soeurs ou que les soeurs sortaient voir le médecin ou leur famille, elles étaient toujours accompagnées d’une consoeur. Les visites de la famille avaient lieu le jeudi et le dimanche, selon un horaire bien précis. Les anniversaires de naissance n’étaient pas fêtés. Les soeurs portaient un nom de religion. Bien que les Antoniennes de Marie n’aient pas été cloîtrées, «il y avait les lois de la clôture», comme en témoigne, par exemple, la grille dans le parloir. Cette grille a été enlevé sous Mgr Charles Lamarche, évêque de Chicoutimi. Le quotidien des soeurs s'est modifié à la suite du Concile Vatican II. D’après notre informatrice, ces changements se sont faits en douceur, notamment par l’allègement des constitutions lors des chapitres généraux. Cela s’est concrétisé par une simplification du costume religieux. Cependant, «tout n’est pas tombé», comme le dit soeur Boivin. Les mêmes règles ont été appliquées de façon plus élargie. Le tissu de la robe, désormais un peu plus courte, s’est allégé. Le rôle qu’a eu la cloche n’est plus. Il faut prendre en considération que les soeurs, de plus en plus âgées, ne peuvent, du moins pas sans difficulté, suivre le rythme imposé autrefois. Les soeurs vont, en grand nombre, travailler dans les presbytères à compter de 1966. Elles y vivent généralement en groupe de trois religieuses. Le rythme de vie ne peut plus être le même dans ces conditions. 


Désormais, les soeurs se lèvent le matin, vont à la messe, récitent les laudes, la méditation, puis déjeunent. À 16h00, il y a toujours une demi-heure d’oraison, suivi des matines. Il reste tout de même que les soeurs doivent consacrer près de quatre heures de leur journée à la spiritualité. Une religieuse y accorde facilement en tout 4h30 de sa journée avant le Concile Vatican II. Cette période est divisée en oraison, en office, en messe, en lecture, en visite au Saint-Sacrement, en chemin de croix et en lectures spirituelles diverses. Avant, la méditation se faisait en commun alors que, depuis les années 1970, elle se fait individuellement. Les prières se font également de manière plus indivuduelles. Par ailleurs, les lectures se faisaient en groupes d’une quarantaine de sœurs alors qu’aujourd’hui, elles se font dans des groupes de 18 à 25 soeurs. Une journée par semaine, les soeurs se rassemblent en groupes pour des prières en commun, pour souligner la fête d’une des leurs. Elles en profitent aussi pour diffuser les informations de la communauté. Les soeurs vivent toujours dans le même esprit de prières. Seulement, cela est davantage laissé à leur initiative personnelle. Le Concile Vatican II a laissé plus de libertés individuelles dans la vie spirituelle des soeurs. En revanche, le motif pour lequel elles sont entrées est demeuré le même et elles vivent toujours ce chemin de sainteté en communion avec les autres sœurs de leur communauté. Les soeurs vivent dans l’esprit de leur communauté: s’immoler dans l’ombre par la prière et en collaborant au ministère du prêtre. L’importance de la spiritualité est indéniable encore aujourd’hui.

Apprentissage et transmission


Soeur Lucienne Boivin
© IPIR 2009, soumis à copyright

Tout le quotidien des soeurs était défini dans le coutumier. Tout y était expliqué: les heures étaient indiquées, les prières à réciter également. Tout était déjà réglé en ce qui concerne le fonctionnement de la journée. Ce document était publié par la communauté.

Localisation

Municipalité: Saguenay
Région administrative: 02 Saguenay-Lac-Saint-Jean
MRC: Hors MRC
Lieu: Maison mère des Antoniennes de Marie, 927, rue Jacques-Cartier Est, Saguenay, G7H 2A3
Téléphone: 418 549-1055
Télécopieur: 418 693-8609
Site Web: http://soeursantoniennes.org/index.php

Source

Soeur Lucienne Boivin
Titre, rôle et fonction : Soeur Lucienne Boivin travaille actuellement à l'accueil de la maison mère.
Lien avec la pratique : Soeur Boivin est entrée en communauté avant le Concile Vatican II, en février 1940, à l’âge de 17 ans. À l’époque, la vie d’une religieuse était réglée à la minute près. Elle a connu les changements apportés au quotidien des religieuses après le Concile Vatican II.

Enquêteur : Catherine Gaumond
Date d'entrevue : 29 mars 2009


Partenaires

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