Les Cercles des jeunes naturalistes chez les Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

Les Cercles des jeunes naturalistes chez les Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Saint-Hyacinthe
Communauté religieuse: Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe

Classé sous Organisation religieuse (9200), Mission (9260), Oeuvre (9262).

Historique général


Exposition d'un Cercle des jeunes naturalistes
© Archives des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe Soumis à copyright

L’histoire des Cercles des jeunes naturalistes débutent en 1925, alors que le frère Adrien-Rivard, un frère de la congrégation de Sainte-Croix, dirige déjà deux cercles de sa propre initiative. En 1931, il demande à la Société canadienne d’histoire naturelle de créer une association publique, c’est-à-dire d’ouvrir les Cercles de jeunes naturalistes à l’échelle de la province. Cette requête acceptée, on retrace, dès 1931, 12 Cercles fondés en quatre mois. En 1932, on en dénombre 300 et des tracts sont publiés pour aider les jeunes naturalistes. En 1935 est publié un ouvrage de référence très important pour les Cercles, «La flore laurentienne», du frère Marie Victorin, frère des Écoles chrétiennes. En 1947, on compte environ 1000 Cercles au Québec.

En 1942, les Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe s'intéressent à cette oeuvre pour la jeunesse. Soeur Saint-Jean-de-Matha, directrice de l'École Ménagère régionale, invite le frère Adrien à parler des Cercles des jeunes naturalistes (C.J.N.) à ses élèves. Les Cercles pénètrent le réseau scolaire des soeurs la même année.

Description


Préparation d'herbiers
© Archives des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe Soumis à copyright

Chez les Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, une cinquantaine de cercles ont vu le jour, principalement dans le territoire à proximité de Saint-Hyacinthe. Comme l'informatrice le mentionne: «Nous, Soeurs de Saint-Joseph, enseignions surtout dans les écoles rurales, aux enfants de famille de cultivateurs, ce qui explique l'intérêt des élèves pour les C.J.N.» En 1981, soeur Béatrice Gaucher, coordonatrice du projet chez les Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, a été honorée par d'anciens membres des C.J.N. pour ses nombreuses années d'engagement enthousiaste . À l'époque, les C.J.N. ont pour but de stimuler et de diffuser l’étude des sciences naturelles, de développer l’initiative chez les jeunes de même que leur esprit d’observation et de favoriser le développement des ressources naturelles, l’embellissement et l’amour du sol. Leur devise est une parole du Christ: «Voyez les lys des champs». Ce regroupement est stimulé par 10 lois; les voici: 1 - Le naturaliste observe et note ses observations. 2 - Le naturaliste se perfectionne par l’étude et l’expérimentation. 3 - Le naturaliste travaille avec soin et avec un esprit scientifique 4 - Le naturaliste excursionne en respectant le bien d’autrui 5 - Le naturaliste étudie les ressources naturelles de son milieu 6 - Le naturaliste s’efforce d’embellir son milieu 7 - Le naturaliste respecte partout la nature 8 - Le naturaliste communique partout ses connaissances et son amour de la nature 9 - Le naturaliste garde son âme pure pour mieux goûter Dieu dans la nature 10 -  Le naturaliste voit Dieu dans sa nature et il L’aime dans ses oeuvres La formation d’un Cercle de jeunes naturalistes suit une structure bien établie.

D’abord, il y a le choix d’un nom (Ex.: Élisabeth Bergeron, Les Amis du terroir). Ensuite, on procède à la nomination d’un conseil, composé de filles et de garçons, avec les fonctions suivantes: la présidence, la vice-présidence et le secrétariat. Par ailleurs, un chef par classe est nommé pour faire le lien avec le conseil, et ce, à partir de la 3e année. Lors des réunions des Cercles, une prière est récitée. Les Cercles rédigent des procès-verbaux de leurs réunions générales. À titre d’exemple, un secrétaire y décrit en détail une éclipse de lune que le groupe a observé. À l’occasion, le Cercle organise différentes activités comme des concours (dessins d’animaux, construction de cabanes d’oiseaux), des visites particulières et des excursions en groupe. Pendant ces voyages organisés qui ont lieu en semaine ou encore le samedi, les élèves partent à la recherche de spécimens naturels. Lors de visites ponctuelles, il leur est arrivé d’aller dans une raffinerie de betteraves à sucre, dans un salon de l’agriculture, etc. Un des Cercles dirigés par notre informatrice a organisé une exposition ouverte au grand public et a réuni deux Cercles pour des activités communes.

Tous les élèves d'une école disposant d’un Cercle, sont membres de ce dernier. Si tous les élèves sont membres, seulement une partie d’entre eux ont les moyens d’acheter les papiers nécessaires à la réalisation des épreuves et des exercices. Selon soeur Cusson, certains élèves vont chercher beaucoup de motivation dans les activités proposées par les C.J.N. Tous les élèves participent à leur mesure et en fonction de leurs capacités et ressources. Certains élèves sont de fervents naturalistes, d'autres moins. Les écoles disposant d’un Cercle de jeunes naturalistes intégraient des programmes spéciaux à la formation offerte. Ce programme était sanctionné par des épreuves auxquelles participent certains membres en 4e, 5e, 6e et 7e année du primaire. Après chaque épreuve, les participants recevaient une attestation s'ils réussissaient, le seuil minimal de réussite étant de 60 %. L’ensemble des épreuves du primaire menaient à l’obtention d’un certificat. Au secondaire, il y avait deux épreuves: le brevet 1 et le brevet 2. À titre d'exemple, lors d’une épreuve, les jeunes naturalistes devaient être capables de réciter par coeur les dix lois des C.J.N. Les épreuves étaient de plus en plus difficiles d’année en année. On y posaient différentes questions, par exemple à propos de ce dont se nourrit l’arbre, des noms des parties de l’arbre, de la botanique, etc. Une épreuve pouvait demander à ce que l’on trouve différentes feuilles et qu'on les classifie, ce qui est un exercice laborieux. Ce pouvait être aussi de dessiner diverses espèces animales et de s'enquérir de leur habitat, leur moyen de défense, leur utilité, leur alimentation, etc. ce qui nécessitait beaucoup de recherche. On pouvait demander de réaliser une affiche pour la protection des animaux ou encore de classifier différentes sortes de roches et de terres. Les épreuves étaient corrigées par la soeur responsable du Cercle de son école, puis elles étaient approuvées par la coordonatrice des C.J.N. de la communauté. Les C.J.N. disposaient de divers chants rassemblés en un chansonnier dont l’auteur est l’abbé Paul Martel Gauthier. Voici un passage du chant thème: «Un jour, le Père dans sa grande bonté, Créa l’univers, océan de beauté, il fit les animaux, il planta les forêts, il fit les oiseaux[…]». Pour la réalisation du programme, les C.J.N. disposaient de petites brochures de 2 à 8 pages qui traitaient d’un thème en particulier, par exemple des différentes parties de la fleur. L'ouvrage «La Flore laurentienne» était une référence très importante pour les jeunes naturalistes ; ce livre permettait de classifier les spécimens naturels recueillis.

Les Cercles sont disparus des écoles des soeurs de la congrégation au fur et à mesure que ces écoles fermaient. Les C.J.N existent encore aujourd’hui. En 2006, ils ont fêté leur 75e anniversaire. Ces Cercles sont encore présents au Canada, en France et en Belgique. Les Cercles des Jeunes Naturalistes ont marqué l'histoire des écoles des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. Ils ont suscité l'enthousiasme des élèves autant du primaire que du secondaire pendant des décennies. Cette pratique est aussi représentative d'un mouvement qui est né au Québec et qui a pris de l'expansion par la suite.

Apprentissage et transmission


Présentation des différentes parties d'une fleur
© Archives des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe Soumis à copyright

Pour donner l’enseignement du programme, la directrice du Cercle de l’école faisait des ententes avec les professeurs, afin de donner la matière à un moment donné de la classe régulière. Dans les cas relatés ici, la dernière période du vendredi était consacrée à ce programme. C’est à ce moment que l’on travaillait dans les cahiers naturalistes. En dehors des heures de classe, des excursions étaient prévues. Mais, sur une base personnelle, lors de leurs allées et venues sur le chemin de l'école, les élèves étaient à l'affût des spécimens naturels intéressants, roches, plantes, qu'ils apportaient à l'école. Une quarantaine de soeurs de la communauté ont fait recherches et épreuves, afin d’avoir leur brevet 1 et 2. Ainsi, elles étaient en mesure de transmettre leurs connaissances.

Localisation

Municipalité: Saint-Hyacinthe
Région administrative: 16 Montérégie
Lieu: Maison mère, 805, Avenue Raymond, Saint-Hyacinthe, J2S 5T9
Téléphone: (450)-773-6067
Télécopieur: (450)-773-8044
Site Web: http://www.sjsh.org

Source

Soeur Berthe Cusson
Titre, rôle et fonction : Soeur Cusson a eu différentes fonctions dans sa vie religieuse. Pendant 16 ans, elle enseigne. Puis elle devient infirmière auxiliaire pour la mission du Lesotho, où elle oeuvre 28 ans. De retour au Canada en 1997, elle travaille 10 ans à l’accueil des bénéficiaires de la maison de repos de Saint-Ours. En 2007, elle revient à la maison mère pour faire un peu de tout: travailler à la réception, accompagner les malades, s'occuper de l'entretien du terrain, etc.
Lien avec la pratique : Lorsqu’elle était enseignante pour la communauté, soeur Berthe Cusson a été responsable de deux Cercles de jeunes naturalistes: soit à Saint-Marc-sur-Richelieu pour le cercle «Les Amis du Terroir» (1961-1963), soit à La Présentation pour le cercle «Élizabeth Bergeron» (1963-1966).

Enquêteurs : Roseline Bouchard, Catherine Fredette.
Date d'entrevue : 1 avril 2010


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: