Le mariage catholique — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Le mariage catholique

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Québec
Paroisse, congrégation ou équivalent: La Nativité-de-Notre-Dame (Québec)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Rite de passage (9321)
et sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Rite de sacralisation (9326).

Historique général


Époux, parents et prêtre réunis pour la signature des registres, la paroisse Notre-Dame de la Nativité, à Beauport, Québec
© IPIR 2010, soumis à copyright

Le mariage est l’un des sept sacrements de l’Église catholique. Il fut intégré à la liste des sacrements au IVe Concile de Latran (1215). Lors du Concile de Trente (1563), la cérémonie religieuse devient obligatoire, les époux donnant leur consentement devant un prêtre.

La définition du mariage de l’Église catholique est: « L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement. » (Catéchisme de l’Église catholique, art.1601) 

Autrefois, chaque année on célébrait une cinquantaine de mariages dans une paroisse. Aujourd’hui, la majorité des couples préfèrent ne plus se marier à l’église. La société voit apparaître des familles recomposées ou des couples d’union de fait qui décident de vivre ensemble sans officialiser, juridiquement ou religieusement, leur union. Si la symbolique du mariage ne change pas, la structure du cérémoniel est affectée par la disparition de certaines parties du rituel ou par la particularité du projet de vie de chaque couple. Aujourd'hui, le mariage est exprimé de la manière dont chaque couple veut le vivre. 

Pour le père Trottier, « Chaque sacrement est une manifestation de l’amour du Dieu. C’est l’amour de Dieu qui passe par l’amour de l’époux ou de l’épouse. Tout ça se passe toujours par la force du sacrement, car nous avons besoin toujours de la force, du support, etc. Tout comme les autres sacrements, le mariage est l’amour de Dieu qui vient à nous par les symboles, par les signes. Le sacrement représente l’ensemble des signes visibles de l’amour de Dieu. »

Description


Père Jean-Claude Trottier officiant le mariage d'Angélique et Alexandre à la paroisse Notre-Dame de la Nativité, à Beauport, Québec
© IPIR 2010, soumis à copyright

Le mariage officié par père Jean-Claude Trottier est l’exemple de l’adaptation et de l’évolution du cérémoniel et du rituel religieux en fonction des nouvelles exigences de la société, de plus en plus laïque. Autrefois, le rituel était extrêmement strict et le même pour tous. Le mariage avait toujours lieu dans la paroisse de la mariée. Si elle voulait se marier dans une autre paroisse, elle devait demander la permission au curé de sa paroisse natale. Aujourd’hui, les futurs époux peuvent choisir la paroisse de leurs parents s’ils n’ont pas encore de domicile. Si le rituel a gardé les mêmes gestes et les mêmes symboles, les futurs époux ont plus de liberté, par exemple pour choisir leurs textes et la musique. 

Les quatre piliers du mariage chrétien catholique sont les suivants. D’abord la liberté: cela signifie s’assurer du consentement de chaque marié, voir à ce que le mariage ne soit pas forcé. Le second pilier est la fidélité rappelant la nature exclusive du mariage, c’est-à-dire dédier sa vie à l’autre, unique partenaire dans la vie. Le troisième est l’indissolubilité du mariage, ce qui rappelle que, lorsqu’on se marie, on se marie pour la vie. L’Église catholique n’accepte pas le divorce sauf lorsqu’on demande une annulation de mariage. Cette déclaration stipule que le mariage en cause n’est pas valide pour des raisons pathologiques ou psychologiques, affectant l’un des membres du couple. Souvent, un des mariés doit passer un examen psychologique avant de se remarier. Les mariés obtiennent alors la permission de se remarier chacun de leur côté à l’église. Le quatrième et dernier pilier est la fécondité, qui signifie pour les mariés d’accepter la responsabilité d’avoir des enfants. 

Lors de la cérémonie, malgré une certaine souplesse dans l’application des règles, certains éléments traditionnels demeurent. Un cortège est formé des mères, des garçons d’honneur, du futur mari et de son père. Ensuite, les filles d’honneur ouvrent la deuxième partie du cortège. La mariée, au bras de son père, avance vers l’autel. La Marche nuptiale de Félix Mendelssohn accompagne le cortège. Le futur mari, déjà à l’autel, attend la mariée. Le prêtre adresse à l’assemblée un mot de bienvenue et procède à la cérémonie. 

Ils demandent aux futurs époux s’ils sont toujours prêts à s’engager. Si oui, ils sont invités à s’avancer. L’échange du consentement et la remise des alliances représentent les moments clés du cérémoniel, moments qui attestent l’union et l’engagement des époux devant Dieu. Avant l’engagement, le prêtre leur rappelle la portée de leur engagement. Il s’agit de respect et d’engagement inconditionnel de l’un envers l’autre. Cet engagement signifie aussi l’accueil des enfants et leur éducation selon l’Évangile et la foi de l’Église. Le prêtre pose plusieurs questions auxquelles les époux répondent « Oui » : « (le nom des époux), est-ce ainsi que vous voulez passer votre vie ? » ; « Êtes-vous prêts répandre la foi chrétienne dans le monde ? » Le prêtre demande ensuite aux futurs époux, chacun à tour de rôle « Est-ce que vous acceptez de prendre comme épouse (le nom de la personne) ici présente ? Promettez-vous de lui rester fidèle dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, pour tous les jours de votre vie ? » Ensuite, le couple échange les alliances, qu’ils vont toujours rendre visibles. Selon la tradition, les mères remettaient les alliances aux mariés. La remise des alliances par les mères est liée au symbole traditionnel de la mère au sein de l’institution du mariage, soit le rôle de gardienne de la fidélité. Cela explique pourquoi, initialement, l’alliance était portée uniquement par l’épouse et non par l’époux. Le geste de la mère de la mariée, qui apporte l’alliance à son gendre pour qu’il la mette au doigt de son épouse, est aussi un acte de consentement. Par ce geste, la mère signifie : « moi aussi, la mère de la mariée, je te donne ma fille ». Le moment de la remise des anneaux représente donc à la fois un acte d’union (du couple) et de rupture (de chaque membre du couple avec ses parents). De nos jours, ce rituel n’est plus nécessairement respecté. Les parents sont remplacés par un frère ou une sœur d’un des mariés ou par un ami. Le prêtre leur donne la bénédiction nuptiale. Le prêtre leur remet le cierge nuptial allumé au cierge pascal. Les époux récitent la prière des époux qu’ils ont choisie et demande à Dieu d’être présent dans leur amour et de les accompagner le long de leur projet. La bénédiction nuptiale, c’est l’engagement définitif, la demande à Dieu de consacrer l’union et de donner l’Esprit aux mariés. Le cœur du sacrement du mariage est vécu lors de l’échange du consentement et lors de la bénédiction nuptiale. 

Après s’être donné un baiser et avoir été applaudi par l’assistance, la cérémonie se poursuit avec la célébration de l’eucharistie. Indépendante du mariage, l’eucharistie n’est plus obligatoire et se fait donc de plus en plus rare dans les cérémonies modernes. « Un mariage peut être valable et beau sans l’eucharistie, mais certains couples demandent une eucharistie pour une action de grâce » (Père Trottier). Le mariage se termine avec la signature du registre. Les mariés signent dans deux registres, cela se passe ainsi aussi pour un mariage civil. Cette signature sera inscrite sur l’acte de mariage. L’un des documents signés sera envoyé à la paroisse où le ou la marié(e) a été baptisé. Si une personne veut se marier, elle doit apporter un certificat de baptême. Après la signature des registres de mariages, un cortège se forme pour la sortie de l’église. Les parents et amis se réunissent sur le parvis pour une photographie de groupe.

Le choix du couple de se marier est très important. Si les futurs époux choisissent de vivre toute leur vie ensemble, il est important qu’ils comprennent bien la portée de leur engagement. Cet engagement est permanent : « Votre fidélité s’enracine en la fidélité du Dieu. Ne cessez jamais de vous émerveiller dans tout ce que vous faites dans vos vies et confiez-Lui toujours vos limites. Donnez à Dieu une place dans votre couple » (Père Trottier). 

Selon le père Trottier, les aspects festifs du mariage (le décor, la robe, les fleurs, les photographes, etc.) ont pris une grande importance, reléguant en seconde place les aspects sacrés. Malgré cette réalité, le message que le prêtre veut transmettre par le sacrement du mariage demeure toujours le partage de la vie avec quelqu’un d’autre. « Il y a beaucoup de couples qui mettent l’accent sur des choses extérieures, mais sans mettre de temps pour savoir ce qu’ils ont fait l’un pour l’autre » (Père Trottier, 2010).

Apprentissage et transmission


Le mariage d'Angélique et Alexandre à la paroisse Notre-Dame de la Nativité, à Beauport, Québec
© IPIR 2010, soumis à copyright

Afin de se préparer à leur vie commune, les futurs époux doivent suivre une formation. La préparation au mariage touche plusieurs aspects de la vie d’un couple : la sexualité, la responsabilité, le compromis, la parentalité, etc. Chaque semaine, les futurs mariés, leurs amis et le prêtre abordent un thème. Souvent, le prêtre fait venir des couples qui témoignent de leur vécu, des difficultés posées par le projet de mariage et de la façon dont ils ont surmonté ces difficultés. Le couple est préparé et confronté à ce que signifie la vie du couple, ils sont aidés à s’ouvrir à l’autre davantage qu’à eux-mêmes et à réfléchir, à savoir s’ils sont prêts ou non à devenir époux et épouse. Autrefois, la préparation au mariage rassemblait plusieurs couples, le dimanche, à l’église. Les séances étaient animées par le prêtre. Aujourd’hui, le prêtre est assisté par « les couples témoins ». Les mariés parlent à ces couples qui sont déjà passés par le cérémoniel marital et, à l’aide du livre « Célébrer notre mariage », ils préparent les étapes du rituel.

Localisation

Municipalité: Beauport
Région administrative: 03 Capitale-Nationale
Lieu: Église Notre-Dame-de-la-Nativité, 25, avenue du Couvent, Québec (Québec), G1E 6R9
Téléphone: 418-661-6985
Télécopieur: 418-661-7011
Site Web: http://www.fabriquedelanativite.com

Source

Père Jean-Claude Trottier
Titre, rôle et fonction : Père Jean-Claude Trottier est prêtre depuis 48 ans. Il est père mariste. En 2010, il est directeur du Sanctuaire du Sacré-Cœur de Beauvoir, à Sherbrooke.
Lien avec la pratique : En août 2010, il officie un mariage à la paroisse Notre-Dame-de-la-Nativité, à Beauport.

Enquêteurs : Imre Nogradi, Daniela Moisa
Date d'entrevue : 17 juillet 2010


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: