Le cimetière Mont-Royal — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de lieu

Le cimetière Mont-Royal

Tradition: Christianisme
Appartenance: Protestantisme
Groupe: Presbytérien
Diocèse, association ou regroupement: Église presbytérienne du Canada / Presbyterian Church in Canada (Presbytery of Montréal)
Paroisse, congrégation ou équivalent: Church of St. Andrew and St. Paul (Montréal)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Espace religieux (9270), Lieu sacré (9273).

Historique général


Selon la conception du paysagiste James Sidney, le cimetière retient un aspect naturel
© IPIR 2010, soumis à copyright

À Ville-Marie, au début de la colonie, les morts étaient enterrés à l’intérieur des murs de la ville. Avant la conquête, seuls les catholiques étaient enterrés ainsi. À partir de 1760, avec l’arrivée des Anglais, les protestants ont commencé à gérer leurs propres institutions, y compris des lieux de sépulture. Vers la fin du 18e siècle, le manque d’espace et des problèmes d’ordre sanitaire obligent les autorités à fonder des cimetières à l’extérieur des murs de la ville. Dès 1799, un comité de leaders anglicans et presbytériens établit un cimetière, le « Protestant Burial Ground » au nord de la ville fortifiée. Les épidémies de choléra des années 1830, 1849 et 1850 nécessitent de l’espace dans les cimetières existants. Après maintes discussions, l’idée élaborée en 1846 par des catholiques, des protestants et des juifs de créer un nouveau cimetière commun ne se réalise finalement pas. Puis, en 1847, un comité composé de 15 membres protestants et juifs crée la compagnie du cimetière Montréal. Le conseil d’administration alloue les places en fonction du nombre de souscriptions payées. Ainsi, en 1852, neuf presbytériens, cinq anglicans, deux méthodistes wesleyens, deux congrégationalistes, un baptiste et un unitarien sont enterrés dans ce cimetière.

Au même moment, l’élite anglophone commence à quitter la vieille ville pour s'établir sur le Mont-Royal. La compagnie du cimetière Montréal change alors de nom et devient la compagnie du cimetière Mont-Royal. Après avoir étudié diverses possibilités, la compagnie achète les terres de l’ancienne ferme Spring Grove  sur le Mont-Royal. Pour l’aménagement des lieux, les directeurs suivent les modes anglaise et américaine des cimetières ruraux ouverts au public. Ils embauchent l'Américain James Sidney et son associé James P.W. Neff pour concevoir un parc-cimetière. Puis, Frederick Law Olmstead, créateur du Central Park à New York, est embauché pour créer un parc jouxtant le cimetière. En planifiant le parc Mont-Royal, Olmstead s’est inspiré du cimetière et de sa manière de privilégier la beauté naturelle des lieux.

Description


Section de la famille Allan
© IPIR 2010, soumis à copyright

Depuis 1852, la compagnie du cimetière Mont-Royal, organisme sans but lucratif, régit le cimetière non catholique à partir des décisions prises par son conseil d’administration. Aujourd'hui, le conseil est composé de membres élus représentant les six dénominations protestantes fondatrices. Toutefois, depuis le début, l’œcuménisme reste à l’ordre du jour. Ainsi, même si cela n’est pas exigé par les autres dénominations, le cimetière est consacré en 1854 par l’évêque Francis Fulford pour satisfaire les besoins religieux des anglicans. Les juifs, quant à eux, se voient accorder le droit de gérer leurs sections. De plus, les catholiques qui désirent être incinérés ou qui, pour d’autres raisons, ne peuvent être accueillis dans le cimetière catholique avoisinant, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sont également inhumés dans le cimetière Mont-Royal.

Avec l’arrivée de différents groupes ethniques et religieux non chrétiens à Montréal, le conseil doit prendre de nouvelles dispositions. Il décide de respecter la philosophie d’ouverture du cimetière et d’y accueillir les gens, peu importe leur religion. Aujourd’hui, les deux cimetières, Notre-Dame-des-Neiges et Mont-Royal, sont ouverts à tous ceux qui désirent les visiter.

Depuis l’établissement du cimetière Mont-Royal, les pratiques entourant la mort et l’enterrement ont changé, tant pour les presbytériens que pour les autres chrétiens et non chrétiens. Au départ, les familles riches ont choisi des lots. L’enterrement des personnes démunies était d’abord assuré par la compagnie du cimetière, puis par les autorités publiques. Ensuite, des églises ont acheté des concessions de lots pour y enterrer des membres de leurs congrégations, des pasteurs et des employés de l’église. L’église Saint Andrew et Saint Paul a aussi acheté une concession après avoir constaté que certains membres de la paroisse n’avaient pas de famille et que d’autres désiraient être enterrés dans un lot appartenant à leur église. Par la suite, des communautés culturelles et religieuses achètent également des concessions de lots, dont les Grecs, les Irlandais protestants et les Allemands. Des associations, comme la Société écossaise et la Saint Andrew’s Society, achètent aussi des concessions. De cette manière, ces groupes peuvent prendre soin des expatriés sans le sou et les enterrer avec leurs compatriotes.

Avec le temps, les situations familiales ont changé. Les membres d’une famille n’habitent pas nécessairement dans la même ville et l’achat de concessions familiales est délaissé. Autrefois, l’incinération était mal perçue, le corps étant le temple de l’esprit selon la Bible. Aujourd’hui, des considérations écologiques et d’autres valeurs font en sorte que plusieurs personnes préfèrent cette pratique. Certains désirent que leurs cendres soient enterrées sous un arbre, d’autres que leurs cendres soient dispersées. Le conseil d’administration du cimetière doit s’adapter à ces nouvelles tendances, tout en conservant l’esthétique du parc-cimetière.

Le cimetière Mont-Royal est un organisme sans but lucratif : leurs gains sont réinvestis dans les dépenses courantes. Le cimetière obtient des revenus pour payer l’entretien des lieux en vendant des concessions et des parcelles de terre. À cause de son aménagement naturel, ce cimetière demande moins d’entretien qu’un cimetière conventionnel. Il existe maintenant un organisme, « Les amis du cimetière Mont-Royal », qui recueille des dons pour entretenir les tombes les plus anciennes et aider à préserver la valeur historique du cimetière Mont-Royal. Cet organisme veut aussi « s'intéresser à son magnifique aménagement, à ses arbres centenaires et à toutes les similitudes entre son histoire et celle de la ville cosmopolite où il s'est développé. » (http://www.mountroyalcem.com/cemetery/fmrc/index.aspx?lang=fr-CA)

Fidèle à la vision des fondateurs, le cimetière reste un site polyvalent. C’est à la fois un site patrimonial, un arboretum et une destination privilégiée pour les ornithologues amateurs. Différentes visites y sont organisées et des brochures sont produites à l’intention des observateurs d’oiseaux et d'autres amateurs de la nature. Le conseil d’administration conserve un grand espace vert où des pièces de théâtre sont présentées.

Apprentissage et transmission


Plaque à la mémoire de Hugh Allan
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Au milieu du 19e siècle, John Samuel McCord est devenu président de l’association Protestant Burial Ground, qui a précédé la compagnie du cimetière Mont-Royal. McCord fut également secrétaire de la société d’histoire naturelle (Natural History Society) et président de la société d’horticulture (Horticultural Society). Pour lui et pour les autres représentants des dénominations protestantes, aménager et régir le cimetière était un acte de service public ayant des buts éducatifs et moraux. Selon eux, permettre aux citadins d’avoir accès à la nature et à ce parc sur la montagne aurait des effets positifs sur le caractère et l’esprit. Ces valeurs partagées par le conseil d’administration ont d’ailleurs été transmises à la relève au fil des ans.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
Téléphone: 514-842-3431
Site Web: http://www.standrewstpaul.com/
Ressources:

Brian J. Young. Respectable Burial: Montreal's Mount Royal Cemetery. Montreal: McGill-Queen's University Press, 2003.


Source

Rev. J.S.S. Armour
Titre, rôle et fonction : Pasteur émérite à l'église Saint Andrew et Saint Paul
Lien avec la pratique : Le révérend docteur Armour est membre du conseil d’administration du cimetière Mont-Royal depuis une dizaine d'années. De plus, depuis 2009, il est directeur du conseil des Amis du cimetière Mont-Royal, un organisme de bienfaisance enregistré.

Enquêteur : Sharon Gubbay Helfer
Date d'entrevue : 1 novembre 2010

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