Les Frères mineurs capucins au Québec — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Présentation de la communauté

Les Frères mineurs capucins au Québec

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Montréal
Communauté religieuse: Capucins (Ordre des Frères mineurs)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Communauté (9240), Récit fondateur (9241).

Description


Communauté des Capucins à Restigouche en 1904
© Archives provinciales des Capucins

La fraternité des capucins fait partie de l'ordre des Frères mineurs. Par le terme «mineur», saint François avait choisi d'orienter son oeuvre vers les plus pauvres et les exclus, classés sous ce terme à son époque, en opposition aux majeurs, constituée par les bourgeois. Pour saint François, la fraternité et l'égalité entre les membres de son ordre étaient essentielles.

Déjà du temps de saint François, différentes tendances s'étaient manifestées parmi les frères. Les conventuels, existants encore aujourd'hui, étaient désireux de bâtir de grands couvents et monastères, et s'engageaient intensément dans l'étude. Les spirituels voulaient maintenir la radicalité de l'intuition de saint François. D'autres groupes sont nés au cours des siècles suivants. Par exemple, les observants voulaient se rapprocher au plus près du modèle de saint François, tout comme les Alcantarins, les Réformés, les Déchaussés, les Minimes et les Récollets. C'est de ce mouvement de réforme que sont nés les capucins au 16e siècle. En 1525, un frère mineur, Mathieu de Baschi, jeune observant, a souhaité retrouver une vie plus proche des principes prônés par saint François, en pratiquant la pauvreté, une vie érémitique et de prière. Il a été rejoint par deux autres frères mineurs, Louis et Raphaël et ces derniers ont fondé l'Ordre des capucins en 1528.

Dans ce contexte de réforme et de contre-réforme de l'Église, ils furent mal acceptés par les autres frères mineurs. En 1536, leurs constitutions ont été reconnues officiellement par le Pape Clément VII. En 1893, le Pape Léon XIII a décidé de regrouper tous ces petits groupes en un ordre unique qu'est celui des Franciscains. Les plus anciens, les conventuels, sont restés autonomes, ainsi que les Capucins, étant 35 000 à l'époque. Aujourd'hui, ces trois branches composent l'Ordre des Frères mineurs.

Tous les frères mineurs vivent selon la règle de saint François, mais les capucins ont ajouté le testament de saint François qu'ils reçoivent comme la première interprétation de la règle qui est non encadrée par des exigences canoniques. Au départ, les capucins ne vivaient pas dans des couvents et n'étaient pas des moines. Leur âme est celle d'ermite et le monde, celui de leur cloître, affirme le père Salesse. Ils vivaient en petits groupes, ou fraternités, parmi les pauvres et s'appelaient les ermites de saint François. Progressivement, alors qu'ils travaillaient au service des pestiférés et des mourants, les gens les ont appelés les frères au capuchon, ou les «cappuccini», en raison de la forme pointue de leur capuce.

Cependant, les capucins ont adopté au cours du temps un mode de vie très semblable aux franciscains, et vivaient dans des couvents selon un rythme monastique, marqué par sept offices communs quotidiennement. Ils y pratiquaient l'oraison silencieuse et le lever de nuit lors des matines. La pratique de la prière silencieuse ou l'oraison, seul ou en groupe, était présente chez les capucins dès l'origine. Des frères se livraient jusqu'à six heures d'oraison par jour et encore aujourd'hui, jusqu'à deux heures. Depuis le Concile, ces pratiques ont disparu, mais certains frères se lèvent encore la nuit pour la prière.

L'austérité est caractéristique des capucins. Autrefois, les frères n'avaient pour vêtement que la bure. Ils mangeaient très peu, et jamais de viande à l'exception des malades, précisait saint François. La pauvreté est une exigence communautaire et aucun frère ne possède personnellement de biens. On se réfère au gardien de la fraternité pour avoir de l'argent ou pour se procurer des biens. Autrefois, les frères vivaient exclusivement d'aumônes et des frères quêteurs étaient désignés pour subvenir aux besoins de leur communauté. Le service de la quête était exigeant et obligeait le frère quêteur à vivre en dehors de la vie communautaire. Cependant, cela lui permettait d'être plus proche du peuple. Depuis Vatican II, on ne quête plus et le contexte social a modifié le style de vie des capucins. Les frères vivent de pensions et paient des impôts. L'austérité et la pauvreté ont pris d'autres formes aujourd'hui et elles se vivent plutôt sous la forme d'une solidarité avec les pauvres.

À l'image du Christ, le capucin vit en toute humilité, près des pauvres, dans de petites maisons simples. Parfois, il partage la condition de travail des ouvriers, ou oeuvre bénévolement auprès de personnes qui travaillent pour le bien social. La spiritualité et le mode de vie capucin s'assimilent au désir d'être frères de tous, mais particulièrement proches des petits.

L'ordre est dirigé par le ministre général. Un ministre provincial est élu par ses frères réunis en chapitre, et oeuvre pour chaque province. Être ministre, signifie être «serviteur» dans l'esprit franciscain, et cette fonction doit être accomplie dans un esprit de service. Le ministre provincial et son définitoire (le conseil du ministre provincial, élu lors du chapitre provincial) nomme le gardien de chaque fraternité et il doit veiller au bien-être de la communauté. Dans chaque fraternité, un économe veille aux comptes.

Les Capucins ont été présents en Amérique du Nord dès les 16e et 17e siècles en Acadie, à Halifax, et à Port-Royal. Des Récollets, également de l'Ordre des Frères mineurs, étaient en Nouvelle-France déjà au 17e siècle. En 1890, à la suite des nouvelles lois en France sur la laïcisation, beaucoup de frères se sont expatriés vers l'Amérique du Nord. L'évêque leur a confié une paroisse assez pauvre de la région d'Ottawa, qu'ils ont partagée avec les frères dominicains. Ils ont alors fondé le Collège séraphique dans cette paroisse appelée Saint-François. En 1894, ils ont reçu la mission amérindienne de Restigouche auprès des Micmacs où ils sont restés plus de 105 ans. En 1902, la paroisse Saint-Charles-de-Limoilou à Québec, leur a été confiée. Les Capucins y sont encore présents. Toutefois, cette paroisse est aujourd'hui appelée Notre-Dame-de-Rocamadour. En 1921, on leur confie les lieux de pélerinage comme la Chapelle de la Réparation à Montréal, et l'Ermitage Saint-Antoine au Lac-Bouchette, en 1925. En 1942, ils ont aussi été présents à Bathurst au Nouveau-Brunswick, et à Cacouna, où ils sont restés 50 ans.

Après le déploiement des vocations au Québec, l'époque des missions étrangères a été très importante, sachant qu'environ la moitié des frères capucins s'est consacrée à l'oeuvre missionnaire. La première mission canadienne a été fondée en Éthiopie, puis en Inde où ils sont restés 50 ans. La dernière mission a été ouverte au Tchad en 1962. Actuellement, ils sont 80 frères dans la province, avec les frères de l'Inde et du Brésil. En 1975, ils étaient 175 frères. Autrefois, il y avait une présence plus élargie, de Timmins à Moncton. Aujourd'hui, les frères sont concentrés en Outaouais, à Montréal, Québec, au Lac-Saint-Jean, et à Saint-Augustin-de-Desmaures. L'ordre des Frères mineurs compte 12000 frères dans le monde, tout comme les franciscains et 6000 pour les conventuels. En Europe et en Amérique du Nord les vocations sont en diminution alors qu'au sud, elles se développent. À présent, l'Ordre confie à ces jeunes provinces le projet de s'investir à leur tour dans d'autres pays. Les plus vieilles provinces les supportent financièrement et fraternellement. Actuellement, six frères de l'Inde ont rejoint la communauté du Québec.

La communauté des Capucins est extrêmement dynamique et par son charisme, basé sur la fraternité et la solidarité envers les plus démunis, elle s'adapte remarquablement bien à la modernité. En orientant leurs efforts vers l'action et la justice sociale, de nombreux jeunes frères démontrent la capacité de l'Église à se tourner vers les besoins des nouvelles générations.


Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: Maison provinciale des Capucins , 2610 rue Des Ormeaux, Montréal, H1L 4X5
Télécopieur: (514) 354-1161
Site Web: http://www.capucin.org

Source

Père France Salesse
Titre, rôle et fonction : Ministre provincial
Lien avec la pratique : Le père France Salesse est né à Jonquière. Il est entré au postulat à l'âge de 20 ans, à Ottawa. Après un baccalauréat en théologie, il a fait son noviciat à Bathurst, au Nouveau-Brunswick. Il a ensuite travaillé auprès des pauvres à Québec, puis à Montréal, en 1982, avant de devenir prêtre. C'est alors qu'on lui a confié plusieurs paroisses, notamment à Longueuil auprès des démunis, puis à Notre-Dame de Varennes. Il a ensuite été élu ministre provincial des Capucins.

Enquêteurs : Marie Renier, Maude Redmond
Date d'entrevue : 17 février 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: