L'engagement apostolique des Frères du Sacré-Coeur en mission — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

L'engagement apostolique des Frères du Sacré-Coeur en mission

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Nicolet
Communauté religieuse: Frères du Sacré-Coeur

Classé sous Pratique religieuse (9300), Enseignement religieux (9360), Apostolat (9366).

Historique général


Le frère Elphège couronne Notre-Dame du Sacré-Coeur, Madagascar, 15 août 1955
© Archives f.s.c. d'Arthabaska

La première mission des Frères du Sacré-Cœur canadiens débute en 1928. Les frères Théodule, Théophane, Aldémar et Aimé partent alors enseigner au Collège Saint-Michel dirigé par les pères jésuites, à Antananarivo, à Madagascar. Vingt ans plus tard, 22 frères canadiens et 16 frères malgaches y œuvrent dans 7 établissements. 


À la demande de Mgr Lefebvre, délégué apostolique à Dakar, les Frères du Sacré-Cœur d’Arthabaska acceptent de fonder une mission au Cameroun français. Les personnes désignés pour mener à bien ce projet sont les frères Octavius, Rhéaume et Guérin. Ce dernier, déjà en poste à Madagascar, deviendra le directeur fondateur de la mission.


À leur arrivée, ils deviennent responsables de la direction de l’école de Makak. Cet établissement était à la fois un collège secondaire conduisant à l’obtention du baccalauréat et une école normale destinée à la formation des enseignants. Aujourd’hui, le Cameroun fait partie d’une délégation au sein de laquelle œuvrent une vingtaine de frères dans trois communautés locales. Les frères missionnaires de la province d'Arthabaska s’impliquent également au Sénégal (1959) et au Tchad (1982).

Description


Le collège Saint-Vincent-de-Paul de Farafangana, Madagascar
© Archives f.s.c. d'Arthabaska

Les Frères du Sacré-Cœur travaillent dans des écoles privées mixtes, où se côtoient des élèves de diverses origines et religions. L'objectif principal de ces établissements scolaires est de préparer de nouveaux directeurs diplômés pour les collèges et les lycées. À Madagascar, les quatre écoles situées sur la côte prospèrent alors que celles du plateau voient leur nombre d’élèves diminuer. Les frères y occupent toujours des postes de responsabilités (directeur, préfet, animateur de catéchèse, économe) et sont assistés dans leurs fonctions par des laïques. 


La priorité des frères demeure l’éducation chrétienne, par l’entremise de la catéchèse et de la formation spirituelle et apostolique. Aujourd’hui, les jeunes sont regroupés dans des associations telles que la Croisade eucharistique, Jeunes chrétiens ou Équipes chrétiennes. Pour réaliser leur mission d’évangélisation au Cameroun et à Madagascar, les Frères du Sacré-Cœur ont adopté le concept théologique d’inculturation, qui désigne la manière d'adapter l'Évangile à une culture donnée. En d’autres mots, « l’Évangile de Jésus Christ ne vient pas remplacer ces traditions, mais les éclairer, renforcer leurs éléments positifs, les purifier des contre-valeurs (…), en les aidant à dépasser leurs traits déficients (…), et en communiquant à leurs valeurs légitimes la plénitude du Christ. » (Discours du pape Jean-Paul II à la communauté africaine de Rome, 1980) 


Le frère Romain se rappelle ses premières impressions lorsqu'il a appris qu'il partait en mission : « J'avais de grandes illusions. Je croyais leur donner tout, apporter le Canada avec moi et sauver les pauvres Malgaches, mais je me suis vite aperçu que je recevais plus que je ne donnais. Que je devais me donner entièrement et travailler au règne de Dieu. Au lieu d’y aller pour changer leur monde, je devais leur apporter la lumière du Christ. » Selon lui, l’inculturation avait pour prémisse de tenir compte des croyances des autochtones. Dans le cas de Madagascar, les frères ont choisi d’intégrer à leur mission de bâtir le royaume du Dieu chrétien, les croyances des populations locales relatives au culte des ancêtres et des morts. 


Le frère Romain devient missionnaire en 1950 à Madagascar. Arrivé en compagnie du frère Léonard Boucher à Antananarivo, où des frères canadiens et malgaches sont déjà installés, le frère Romain est envoyé un an à Ambalavao pour enseigner. Ensuite, il revient à Antananarivo où il dirige une école européenne. Entre 1951 et 1980, le frère Romain, aidé par le Canada et par Rome, fonde plusieurs établissements scolaires dans la capitale malgache. Selon le frère Romain, ce que les Frères du Sacré-Cœur apportaient de nouveau par rapport aux Jésuites, c’était leurs propres méthodes d’enseignement. Leur principe pédagogique était d’enseigner aux enfants, non seulement à l’école, mais également à travers les activités parascolaires. Leur mission s’étendait au-delà de l’école : en aménageant des stades pour la pratique sportive, en fondant des mouvements jeunesse et en donnant l'occasion aux jeunes de s'épanouir par la participation à des manifestations culturelles. Ainsi, les élèves prenaient part à des ateliers de théâtre, de chorale, de céramique ou de menuiserie. Pour accompagner plus facilement les élèves dans leurs activités, dans la cour de récréation ou pendant les matchs de sport, les frères du Sacré-Cœur aménageaient un internat et habitaient ainsi près des écoles. Ces écoles étaient privées, donc payantes. C’est pourquoi elles étaient généralement fréquentées par les enfants des élites malgaches. Cependant, les frères tenaient à rester fidèles à la mission de leur fondateur, le père Coindre, à savoir aider les jeunes dans le besoin et combattre l'ignorance. Dans ce but, les frères ont mis sur pied à Antananarivo, un centre pour « jeunes pauvres et sans espérance ». Cet établissement vient en aide aux jeunes vivant des problèmes de toxicomanie et de violence ainsi qu’aux jeunes mères dans le besoin. Les frères y ont aménagé une ferme-école ainsi que des ateliers de couture, de menuiserie et de mécanique afin d’enseigner un métier aux jeunes et leur donner les moyens de devenir autonomes.

Apprentissage et transmission


Le collège Saint-Joseph de Fianarantsoa, Madagascar
© Archives f.s.c. d'Arthabaska

En 2010, à Madagascar, 72 frères malgaches et 2 frères canadiens mènent toujours leur mission éducative. Au cours de sa mission, la congrégation canadienne a transmis ses valeurs, ses œuvres et ses savoir-faire aux frères malgaches.

Localisation

Municipalité: Victoriaville
Région administrative: 17 Centre-du-Québec
Lieu: Maison provinciale des Frères du Sacré-Coeur d'Arthabaska, 905, boulevard des Bois-Francs Sud, Victoriaville (Qc), G6P 5W1
Téléphone: 819-357-8215

Source

Frère Romain Bruno Légaré
Titre, rôle et fonction : Frère missionnaire
Lien avec la pratique : Il a été envoyé à Madagascar en 1950 et y a séjourné pendant plus de 50 ans. Il est l'un des deux missionnaires canadiens à poursuivre l'activité apostolique de la congrégation à Madagascar.

Enquêteurs : Daniela Moisa, Marie Renier
Date d'entrevue : 6 octobre 2010


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: