Jacques Bourgault, sculpteur d'art sacré — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de vie

Jacques Bourgault, sculpteur d'art sacré

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse Ste-Anne-de-la-Pocatière
Paroisse, congrégation ou équivalent: Saint-Jean-Baptiste (Saint-Jean-Port-Joli)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Fabrication d’objets religieux (9290), Objet (9293).

Description


Statue de Saint-Michel-Archange, réalisée en 1975
© IPIR 2011, soumis à copyright

Jacques Bourgault est un sculpteur québécois reconnu pour sa pratique de l’art religieux, forme d'expression qu’il exerce depuis une cinquantaine d’années à Saint-Jean-Port-Joli, capitale de la sculpture sur bois au Québec. Plus d’un millier de ses œuvres ont d’ailleurs été acquises par maintes paroisses et communautés religieuses en Amérique du Nord, ainsi que par des amateurs d’art. Les pièces de Jacques Bourgault se distinguent essentiellement par la représentation humaine de ses sujets religieux. Depuis 2004, il se consacre uniquement à l’art du nu.
Né le 10 janvier 1940 à Saint-Jean-Port-Joli, Jacques Bourgault est le quatrième fils de Médard et Marie-Rose Bourgault. Dès son plus jeune âge, Jacques Bourgault aspire à devenir navigateur, tout comme son père fut marin avant d’évoluer dans la sculpture d’art religieux. Il n’ose cependant pas lui avouer son rêve en raison de sa timidité. Ainsi, il abandonne l’école à l’âge de 16 ans et s’initie à la sculpture sur bois en réalisant sa première pièce, un petit chien qu’il présente à son père en 1957. Peu à peu, Jacques Bourgault parfait son art en créant des œuvres animalières avant de se consacrer, à son tour, à l’art religieux, transmis par son père et mentor, Médard Bourgault, de 1961 à 1967.
De ses quatre frères sculpteurs (Raymond, Fernand, Claude et André), Jacques Bourgault est celui qui travaille le plus étroitement avec son père, l’accompagnant d’ailleurs jusqu’à sa mort. Or, après le décès de Médard Bourgault, il comprend qu’il doit bâtir sa réputation et développer sa propre signature s’il veut se distinguer du maître et sortir de son ombre. Il réussit à se démarquer grâce à un style plus moderne qu’il adopte avec la conception des Christ glorieux que lui commandent de plus en plus les églises. En effet, la fabrication des Christ traditionnels du temps de son père est faiblement en demande après le Concile de Vatican II. Les églises n’ont désormais droit qu’à un seul Christ en Croix. Dès lors, ce n’est plus « du Médard mais du Jaques Bourgault », comme le sculpteur se plaît à le dire.
La première création de Jacques Bourgault, réalisée en 1967 à l’âge de 27 ans, représente toutefois un Jésus sur la croix. Sculptée en bois d’acajou, la pièce mesure près de quatre pieds. Pouvant réaliser jusqu’à huit œuvres par année, Jacques Bourgault se consacre essentiellement à la ronde-bosse, technique de sculpture en trois dimensions.
Les créations de Jacques Bourgault se distinguent principalement par la représentation humaine et le mouvement qu’il confère à ses sujets religieux. Marie de l’Avent, une Vierge enceinte réalisée en tilleul pour la nouvelle crèche de l’église de Saint-Jean-Port-Joli en 1987, a d’ailleurs suscité une certaine controverse. L’ouverture d’esprit de l’abbé Marcel Lemonde a finalement permis de surmonter les quelques réticences provoquées par la perception traditionnelle de toute naissance et de réhabiliter son œuvre en 1994. En 1998, Jacques Bourgault participe à la quatrième édition de l'Internationale de Sculpture de Saint-Jean-Port-Joli, événement pour lequel le commissaire de l’époque, Michel Saulnier, souhaite réunir des sculpteurs issus de différents courants esthétiques. Jacques Bourgault y réalise notamment une statue sur le thème d’Ecce Homo, aujourd’hui conservée devant l’église de Saint-Jean-Port-Joli. L’artiste offre d’ailleurs un travail de sculpture en taille directe sur un site en bordure du fleuve, au cœur du village.
Jacques Bourgault utilise différentes essences de bois pour réaliser ses œuvres, pour lesquelles il préfère conserver la couleur naturelle. Le tilleul, un bois blanc, le noyer, plus tendre, le chêne ainsi que le merisier, lui inspirent l’impulsion qui transcende ses sculptures aux contours et aux lignes épurées. Contrairement à son père, il polit ses œuvres et utilise la scie mécanique plutôt que la scie manuelle. Bien qu’il conçoive une ébauche pour tous ses projets, sa manière de sculpter le corps humain est essentiellement déterminée par le geste. Il peut aussi bien commencer par faire apparaître une jambe, une tête ou un bras de sa pièce de bois avant que l’œuvre ne prenne sa forme finale.
Les clients de Jacques Bourgault proviennent de partout en Amérique du Nord : du Québec, de l’Ontario, du Manitoba, de l’Ouest Canadien, parfois des États-Unis. Sa dernière pièce d’art religieux, une Sainte-Famille, a d’ailleurs été livrée en septembre 2004 à l’église St.Joseph Church, dans l’état du Michigan. N’aimant pas voyager, il communique avec ses clients éloignés par correspondance ou par téléphone. Il commence ainsi sa pièce et l’envoie au client pour qu’il la voit et lui fasse ses commentaires. Une fois de retour à son atelier, il apporte les modifications nécessaires jusqu'à son achèvement.
En septembre 2004, après 50 ans de pratique, Jacques Bourgault vend son atelier dans lequel il a réalisé plus de 1 200 sculptures, un héritage composé majoritairement de rondes-bosses, de chemin de croix et de mobilier. Dès lors, il abandonne l’art religieux pour se consacrer exclusivement à l’art du nu, expression qui lui permet d’approfondir l’étude du corps humain et de raffiner sa technique. En plus de permettre au sculpteur de s’exprimer autrement, l’art du nu permet davantage de liberté au mouvement recherché, lequel est façonné sous ses gouges.
Enfin, les œuvres de Jacques Bourgault ont été présentées dans plusieurs expositions. Elles ont également fait l’objet de divers reportages et articles de journaux dans la presse écrite et électronique. Une de ses statues a d’ailleurs été sculptée spécialement pour le thème de l’émission Second Regard, à la télévision de Radio-Canada, diffusée le dimanche de Pâques 1999. D’une facture contemporaine, aux formes simples et allongées, Jésus dans tous ses états a été fabriqué en vinaigrier (soumac). Aujourd’hui, Jacques Bourgault travaille dans son atelier installé au sous-sol de sa maison, où il continue de se laisser inspirer par la musique classique, telle celle de Bach, Beethoven, Schubert et Chopin. La musique influence de surcroît le processus de création et la pratique artistique de Jacques Bourgault.

Localisation

Municipalité: Saint-Jean-Port-Joli
Région administrative: 12 Chaudière-Appalaches
Téléphone: (418) 598-3556

Source

Jacques Bourgault
Titre, rôle et fonction : Fils du sculpteur Médard Bourgault, Jacques Bourgault s’initie à cet art dès l’âge de 16 ans. Depuis, il crée des œuvres figuratives, à la fois religieuses et profanes, traditionnelles et contemporaines. Aujourd’hui âgé de 71 ans, il s’adonne à la sculpture d'art sacré depuis une cinquantaine d’années, ayant réalisé plus de 1200 œuvres. Plusieurs expositions, reportages et articles ont été consacrés à Jacques Bourgault et à son oeuvre.
Lien avec la pratique : Issu d’une famille de sculpteurs renommés, Jacques Bourgault est le quatrième fils de Médard Bourgault, l’un des « trois bérets ». Jacques Bourgault grandit ainsi au sein des initiateurs du renouveau de la sculpture traditionnelle sur bois au Québec. Enfin, l’héritage des Bourgault, tant artisanal qu’artistique, perdure encore aujourd’hui, notamment à travers des événements tel l’International de Sculpture de Saint-Jean-Port-Joli.

Enquêteurs : Stéphanie Cotnoir, Mathieu Allard, Johane Bergeron, Valérie Vachon-Bellavance
Date d'entrevue : 1 juin 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: