La désacralisation d’un lieu de culte, le cas de l’église Sainte-Marie-Médiatrice — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

La désacralisation d’un lieu de culte, le cas de l’église Sainte-Marie-Médiatrice

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Québec
Paroisse, congrégation ou équivalent: Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette (Québec)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Espace religieux (9270), Lieu de culte (9271)
et sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Rite de sacralisation (9326).

Historique général


Fin de la dernière célébration à l'église Sainte-Marie-Médiatrice
© IPIR, 2010

Plusieurs éléments concourent à la désacralisation d’une église, c’est-à-dire le dépouillement de son caractère sacré, par exemple l’altération de lieux de cultes ou leur changement de fonctions (lors de conflits politiques, d’incendies, de catastrophes naturelles ou en raison de l’usure de l’immeuble). D’ailleurs, le canon 1187 du Code de droit canonique de 1917 stipule qu’un lieu de culte peut être dépouillé de son usage sacré « si quelque église ne peut plus du tout servir au culte divin et s’il n’y a aucun moyen de la réparer, elle peut être réduite à un usage profane qui ne soit pas inconvenant; les charges, les revenus et le titre de la paroisse, si l’église est paroissiale, doivent être transférés par le même Ordinaire à une autre église. »

La désacralisation n’est donc pas un phénomène récent. En raison de la laïcisation de la société, plusieurs églises ont fait l’objet d’un transfert de propriété et parfois d’une fermeture du culte à la fin du 20e siècle et au début du 21e. L’augmentation des frais d’entretien liés au vieillissement de ce patrimoine bâti, la diminution du nombre de croyants et des sources de revenus des paroisses ont contribué à l’augmentation des procédures de désacralisation.

Dans le cas de l’église de Sainte-Marie-Médiatrice, la procédure de désacralisation a été précédée par une réflexion ayant conduit en janvier 2004 à la dissolution de la paroisse et une annexion du territoire et du patrimoine bâti à la paroisse de Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette. Depuis, les célébrations liturgiques ont eu lieu dans les deux églises de la paroisse fusionnée.

L’église de Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette a été construite en 1968, à la suite d’un incendie ayant détruit le bâtiment précédent. Toutefois, depuis 1794, divers lieux de culte avaient été bâtis sur ce terrain. Pour sa part, la paroisse Sainte-Marie-Médiatrice a été fondée en 1950. À cette époque, plusieurs citoyens étaient propriétaires de chalets dans le secteur de Château-d’Eau à Loretteville et le lieu de culte a d’abord été une desserte d’été pour accueillir les résidents pour les cérémonies dominicales.

La dernière célébration eucharistique dans cette église a eu lieu le 23 mai 2010, le jour de la fête de la Pentecôte.

Description


Laurent Audet, curé de la paroisse Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette
© IPIR, 2011

Le processus qui conduit à la désacralisation d’une église nécessite la collaboration des autorités du diocèse, du ministère de la Culture, de la Communication et de la Condition féminine du Québec (puisque les églises ont fait l'objet d'un inventaire), ainsi que de la paroisse et de la municipalité concernées. Le Code de droit canonique de 1987 (canons 1290 à 1298) et la Loi sur les fabriques promulguée en 1966 précisent que l’aliénation d’un bien requiert l’autorisation d’une autorité compétente. En effet, la désacralisation d’une église est un acte juridique de l’évêque qui décrète que le bâtiment n’est plus considéré comme un lieu de culte. Selon l’article 26 de la Loi sur les fabriques, l'évêque peut autoriser le transfert de propriété : « Toute fabrique doit être préalablement et spécialement autorisée par l'évêque du diocèse de la paroisse ou de la desserte pour exercer, tant pour son patrimoine propre que pour celui des fondations, les pouvoirs suivants : (…) le pouvoir d'acquérir, de louer ou d'aliéner des immeubles (…) d’aliéner des biens meubles présentant un intérêt historique ou artistique ou acquis par la fabrique depuis plus de 50 ans. »

Lors de la réflexion au sujet de la fermeture d’une église, le conseil de fabrique fait l’inventaire de l’ensemble de ses propriétés en considérant l’usage des lieux, leur conversion potentielle, l’aspect patrimonial des immeubles et les besoins de la paroisse. À cet effet, un comité élabore un plan directeur immobilier. Le curé, des représentants du diocèse et de la ville ainsi que des marguilliers et des membres de la communauté forment ce comité.

Le comité examine l’ensemble des biens de la paroisse en fonction des besoins de la communauté. Destinée d’abord aux célébrations, l’église Sainte-Marie-Médiatrice ne disposait pas de locaux pour les autres services de la paroisse: activités pastorales tels la préparation au baptême, les réunions.  Une salle communautaire avait dû même  être  aménagée dans une partie du choeur en 1989. (http://eglisesdequebec.org) L’église de Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette, quant à elle, compte plusieurs avantages. Plus grande, elle peut accueillir davantage de paroissiens et comporte des locaux pouvant convenir aux différentes activités de la paroisse. De plus, un cimetière est situé à proximité de l’église. Les paroissiens de Sainte-Marie-Médiatrice étaient généralement inhumés dans ce cimetière ou au cimetière Saint-Charles.

La ville de Québec a procédé à la classification des églises sur son territoire et a déterminé que le caractère patrimonial de l’église Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette représentait un intérêt particulier en raison de l'aspect architectural et que sa structure extérieure devait être préservée. La Ville avait alors attribué une valeur communautaire à l’église Sainte-Marie-Médiatrice.

Après des consultations et des séances d’information auprès de la population, le comité recommande à l'Assemblée de Fabrique de procéder à la fermeture de l’église Sainte-Marie-Médiatrice. Les paroissiens sont informés du processus de réflexion menant à la désacralisation avant que la décision finale ne soit prise. Ensuite, après une période d’au moins 90 jours, la décision est annoncée Les paroissiens sont informés du processus de réflexion menant à la désacralisation avant que la décision finale ne soit prise. Ensuite, après une période d’au moins 90 jours, la décision est annoncée.

La célébration entourant l'acte de fermeture d'une église et sa désacralisation provient d'un rituel proposé par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) dans l’ouvrage Célébration pour la vie des paroisses. Selon l'abbé Audet, les propositions du rituel s’apparentent à celui du deuil. Il est conseillé de permettre aux individus de se rassembler et d’exprimer leur perte. Il s’agit parfois du deuil du lieu où ils ont célébré certains passages importants de leur vie comme le baptême, la communion, la confirmation et le mariage. Il y a également des préoccupations à l’égard de l’aménagement futur de ce secteur de leur municipalité.

Lors de l’inauguration d’une église, on procède à la bénédiction des lieux, alors que lors d’une désacralisation, le rituel est axé sur la communauté. À cette occasion, les paroissiens et le personnel liturgique de la paroisse s’offrent mutuellement leurs condoléances. L’évêque Gilles Lemay du diocèse de Québec a présidé la dernière messe célébrée à l’église Sainte-Marie-Médiatrice. Selon Laurent Audet, sa présence permet de montrer que l’église diocésaine soutient les paroissiens. Lors de la célébration, un signet orné d’une photographie de l’église Sainte-Marie-Médiatrice a été remis aux participants en guise de souvenir. Tel que prescrit, tous les signes religieux sont retirés, dont la pierre et la nappe de l’autel ainsi qu’une statue de la Vierge Marie. L’autel fait référence au tombeau du Seigneur et à la présence du Christ au milieu des catholiques. Le retrait de la pierre et de la nappe souligne que l’eucharistie ne se fera plus dans ce lieu. Par la suite, tous les participants sont sortis en procession derrière le cierge pascal. Puis, la porte a été fermée et verrouillée. Ces gestes ont été posés afin de marquer la fermeture du lieu de culte.

La prochaine étape de ce processus est l’accueil des paroissiens dans leur nouvelle communauté chrétienne. À cet égard, la CECC propose de choisir un élément symbolisant la communauté pour la représenter dans le nouveau lieu de culte. Dans le cas des paroissiens de Sainte-Marie-Médiatrice, ceux-ci étaient déjà membres de la communauté de Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette depuis 2004. L'abbé Audet a orienté son mot de bienvenue en soulignant leur présence et l’intégration de la statue de la Vierge Marie (Sainte-Marie-Médiatrice) dans l’église Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette.

Parmi les objets que possède une paroisse, certains font partie de la mémoire de la communauté. Ainsi, certains biens de Sainte-Marie-Médiatrice ont été conservés par la paroisse de Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette parce qu’ils sont significatifs ou utiles pour répondre aux besoins de la communauté agrandie. On retrouve notamment le tabernacle, des vêtements liturgiques, de même que le baptistère et la croix fabriqués par un paroissien. « Quand on dilapide les biens d’une communauté, on dilapide la mémoire d’un peuple », affirme Laurent Audet. Par contre, les objets bénis ne peuvent être vendus, ils doivent être cédés. Par exemple, certains objets ont été confiés ou prêtés au Musée de la Civilisation, dont le coq qui se trouvait sur le clocheton.

Les anciens paroissiens de Sainte-Marie-Médiatrice se sont intégrés à la communauté chrétienne de Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette, notamment dans la chorale, le service de la Parole de Dieu et le conseil de fabrique.

Localisation

Municipalité: Québec
Région administrative: 03 Capitale-Nationale
Téléphone: 418-842-1906
Télécopieur: 418-842-7480
Site Web: http://www.paroissesaint-ambroise-de-la-jeune-lorette.org/
Ressources:

Pour plus d'information, il est possible de consulter la Loi sur les fabriques sur le site du Gouvernement du Québec. La Revue de droit canonique diffuse le Code de droit canonique de 1983 et le Code de droit canonique de 1917.

L'historique, la description et le statut patrimonial des églises du diocèse de Québec sont accessibles sur le site Web Les églises de Québec.


Source

L'abbé Laurent Audet
Lien avec la pratique : Depuis 2004, l'abbé Laurent Audet est curé de la paroisse Sainte-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette, située dans le diocèse de Québec. Il a célébré plusieurs cérémonies à l'église Sainte-Marie-Médiatrice avant sa fermeture en juin 2010.

Enquêteurs : Francesca Désilets, Valérie Vachon-Bellavance
Date d'entrevue : 7 juin 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: