La fête de Santo Cristo dans la communauté portugaise — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

La fête de Santo Cristo dans la communauté portugaise

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Montréal
Paroisse, congrégation ou équivalent: Mission Santa Cruz (Portugais)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Fête calendaire (9281)
et sous Pratique religieuse (9300), Cérémonie (9310), Procession (9315).

Historique général


Statue de Santo Cristo de la Mission Santa Cruz
© IPIR 2011, soumis à copyright

Le culte de Santo Cristo est né dans l’île de São Miguel, une des neuf îles des Açores, un archipel portugais. Établi à Caloura, un petit village au nord de l'île, l'Ordre des Clarisses sollicite, au XVIe siècle, l'autorisation du Saint-Siège quant à la reconnaissance et l'approbation de sa communauté. Suite à la visite des religieuses à Rome, le Pape Paul III leur accorde la bulle de fondation et leur offre, en remerciement de leur venue, une statue présentant le Christ devant Pilate (l’image de Santo Cristo ou de l’Ecce Homo). Revenues dans l’île, les sœurs la disposent dans leur couvent, mais, en 1540, victimes d’incursions pirates, la statue est confiée au monastère de Notre-Dame de l’Espérance à Ponta Delgada, capitale de l’île.


En 1649, le couvent accueille une novice, sœur Teresa da Anunciada, laquelle vouait une dévotion particulière au Christ et qui priait au pied de la statue à l'origine de miracles. Par exemple, une nuit, alors que des voleurs s'introduisaient au couvent pour dérober des vases en or, la statue se serait trouvée devant la porte, leur barrant le passage. Effrayés, ils seraient repartis sans rien voler. Puis, au début du XVIIIe siècle, l’île de Saint Michel est secouée par de multiples tremblements de terre.


La communauté décide alors, sur proposition de sœur Teresa da Anunciada, de porter la figure du Christ en procession dans les rues de la ville afin qu'elle réalise des miracles : la statue prend alors le nom de Senhor Santo Cristo dos Milagres (Seigneur Saint Christ des Miracles). La procession en est une de pénitence, durant laquelle la population porte des cierges en l'honneur des grâces obtenues. Suite à l'interdiction de la procession par la République anti-cléricale, au début du XXe siècle, la proscription est contournée, un cortège mixte, à la fois religieux et populaire, étant organisé. 


 

Description


Procession
© IPIR 2011, soumis à copyright

Les fêtes en l'honneur du Senhor Santo Cristo dos Milagres, soulignées le cinquième dimanche après Pâques, expriment une grande dévotion par des manifestations de foi et de prière. Ces fêtent consistent notamment en une procession de pénitence afin de remercier Dieu pour les faveurs reçues. Dans l'île de Sao Miguel, aux Açores, la statue était autrefois sortie du couvent jusqu’à l’église, où elle passait la nuit, veillée habituellement par des femmes. Le lendemain avait lieu la procession, puis la statue était rapportée au couvent.

Aujourd'hui, la procession dure de longues heures car elle attire de nombreux émigrés et touristes. S’ajoutent toutes les fanfares musicales de l'île, parfois jusqu'au nombre de 32, qui prolongent le cortège. La fête de Santo Cristo dans l’île de Saint-Michel peut d'ailleurs réunir jusqu'à environ 10 000 et 15 000 personnes. La procession de pénitence s’ouvre avec de grands drapeaux sur lesquels sont écrites les lettres «SPQR» signifiant «Senatus Populusque Romanus», afin de rappeler que c’est le Sénat populaire qui a tué Jésus.

Le cortège se compose d’abord de personnes portant des cierges, puis la statue de Santo Cristo, suivie de dames et, enfin, du cortège civique. Le passage de la statue de Santo Cristo reste un moment très attendu. Effectivement, elle présente, au milieu de la poitrine, une pierre précieuse, désignée à cacher l'orifice où étaient autrefois conservées les hosties consacrées. La précieuse orfèvrerie religieuse du Trésor du Santo Cristo, datée du XVIII siècle, est toutefois cachée au public, bien que certains souhaitent créer un musée afin d'exposer ces objets en or.

Quelques évolutions dans la durée de la fête sont néanmoins à relever. Ainsi, dans l’île de Saint-Michel, la fête se déroulait auparavant pendant trois jours, tandis qu’elle débute, aujourd'hui, le samedi avant le sixième dimanche de Pâques et se termine le jeudi suivant. À Montréal, toute la communauté portugaise s’associe à cette fête, bien qu'importée par les Açoréens. Une copie de la statue de l’Ecce Homo a d'ailleurs été sculptée à Braga, au nord du Portugal. Dès son arrivée à la mission Santa Cruz, en 1966, elle a permis de recréer cette fête religieuse, laquelle rassemble aujourd'hui de 3000 à 4000 personnes.

La veille de la célébration, la statue est sortie de la chapelle jusqu’à l’église, où elle est veillée durant la nuit par des femmes. Le lendemain, la procession est précédée d’une messe solennelle, à midi, avec une prédication spéciale. La procession débute ensuite vers 14 heures dans les rues de la ville; le parcours est plus court qu’auparavant, ce qui réduit la durée de la procession qui est d'une heure trente — en comparaison à 6 heures aux Açores.

À l’image de la procession dans l’île, le cortège se compose d’hommes et de femmes, à la fois laïcs et ecclésiastiques. Traditionnellement, des drapeaux ouvrent la procession, suivis par un groupe d’hommes portant une jaquette rouge (symbolisant le rouge du sang, signe du martyre), puis par des jeunes filles habillées en robe blanche, représentant les anges du Ciel, serviteurs de la royauté divine. Suivent ensuite le clergé et la statue de Santo Cristo. Puis, les dames succèdent «aux promesses » et aux autorités civiques tel le consul du Portugal ou des députés. Enfin, des bannières folkloriques, des groupes de danses traditionnelles et trois ou quatre fanfares ferment le cortège. Des chants, de même que des prières particulières approuvées par le Concile de Vatican II, accompagnent la procession. Bref, la fête reproduit à plus petite échelle ce que l’on voit dans l’île de Saint-Michel. Elle permet de souder les liens de la communauté portugaise et, en allant au-delà des différences historiques, donne l’occasion de se réunir dans une fête chrétienne.

Apprentissage et transmission


Prière au Senhor Santo Cristo dos Milagres
© IPIR 2011, soumis à copyright

L’émigration portugaise au Canada s’accentuant au milieu du XXe siècle, elle a apporté avec elle ses grandes dévotions, notamment la fête du Saint-Esprit et le culte de l’Ecce Homo. La Mission catholique Santa Cruz de Montréal a ainsi fêté le Santo Cristo montréalais pour la première fois en 1966, avant d’organiser, en 1967, une première procession de la statue du Christ souffrant dans les rues de la ville, la veille du sixième dimanche après Pâques. La transmission suit donc les voies de l’émigration car Santo Cristo est également fêté dans d’autres villes du Canada et des États-Unis.


La transmission s’effectue au sein de la famille, par la participation à la fête. Néanmoins chez la «deuxième génération» de Portugais —c’est-à-dire chez ceux nés au Québec—, la participation baisse, à l’instar de la tendance générale observée dans l’Église catholique. Même s’ils n’ont pas vécu la fête sur l’île de Saint-Michel, leurs parents évoquent leurs souvenirs, ce qui permet de garder un lien avec cette culture. Enfin, la fête de Santo Cristo se veut autant culturelle que cultuelle.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: Église portugaise de Santa Cruz, 60, rue Rachel Ouest, Montréal (Qc), H2W 1G3
Téléphone: 514-844-1011
Télécopieur: 514-844-7685
Site Web: http://www.missa.org/dc_m_mscp.php

Source

Joviano Vaz
Titre, rôle et fonction : Ancien diacre de l'Église catholique, aujourd'hui à la retraite.
Lien avec la pratique : D'origine portugaise, Joviano Vaz a participé dans sa jeunesse aux fêtes de Santo Cristo dans l'île de San Miguel, dans les Açores, puis à celles de Montréal après son arrivée au Canada.

Enquêteurs : Marjolaine Boutin , Mathilde Lamothe
Date d'entrevue : 23 juin 2011


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