Le rôle de l'accompagnateur spirituel dans la formation d'un séminariste au Grand Séminaire de Québec — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

Le rôle de l'accompagnateur spirituel dans la formation d'un séminariste au Grand Séminaire de Québec

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Québec
Communauté religieuse: Communauté des prêtres du Séminaire de Québec (Séminaire de Québec, Petit Séminaire de Québec, Collège de Lévis)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique spirituelle (9330), Guide spirituel (9331).

Historique général


Le Grand Séminaire de Québec
© IPIR 2011, soumis à copyright

Selon l’abbé Gilles Nadeau, l’Évangile soutient que la première personne à avoir exercé le rôle d’accompagnateur spirituel était le Christ. Ainsi, l’origine de cette forme d’accompagnement remonterait au tout début de l’Église.


La forme de l'accompagnement a grandement varié à travers les époques. En effet, autrefois réservé aux personnes à vocation telles que les religieux ou les contemplatifs, on reconnaît au 16e siècle que l’expérience de la vie spirituelle est commune à tous. Par conséquent, l’accompagnement spirituel est désormais ouvert aussi aux laïcs.

Les différents courants religieux ont aussi façonné la manière de concevoir l’accompagnateur spirituel. Par exemple, à la Renaissance, cette fonction était assimilée à celle du confesseur ce qui n’est généralement plus le cas de nos jours.

De plus, les transformations concernant ce rôle se remarquent simplement par les changements dans le terme d’appellation utilisé. En effet, il a été question à travers les âges de « directeur spirituel », de « maître », de « conseiller » et de « confident » avant que l’Église se fixe sur le terme « accompagnateur » qui souligne mieux la dimension volontaire et libre nécessaire à l’établissement d’une relation d’accompagnement saine.

Description


Abbé Gilles Nadeau
© IPIR 2011, soumis à copyright

Selon l’abbé Nadeau, « accompagner, c’est marcher sur le chemin de la personne et non pas sur le chemin que l’on veut que celle-ci emprunte ». C’est également savoir s’ajuster à la personnalité et au rythme de chacun ainsi que rester sensible à leur parcours de vie spécifique.

Pour les séminaristes, le recours à ce type de soutien est obligatoire puisque la période de la formation est source de réflexions ainsi que de remises en question. Ce moment est crucial pour le discernement du candidat au presbytérat. Par conséquent, le séminariste est suivi tout au long des sept années au Grand Séminaire.

Au Grand Séminaire de Québec, trois prêtres occupent présentement la fonction d’accompagnateur spirituel. C’est le nouveau candidat qui effectue le choix de la personne qui sera son conseiller. La difficile sélection se fait en général un mois environ après leur arrivée, lorsqu’ils ont appris à mieux connaître les différents accompagnateurs puisque tous vivent sous le même toit et partagent leur quotidien.

Si le candidat n’est pas satisfait de son accompagnement, il peut changer après quelque temps sans avoir ni à en avertir son confident ni à expliquer ses motifs. Effectivement, il est primordial que la relation se construise sur un consentement libre entre les deux partis afin qu’elle soit bénéfique au candidat.

Cette relation est en quelque sorte un contrat entre les deux hommes. Au départ, les objectifs et attentes par rapport au suivi sont fixés. Il existe certains éléments nécessaires à respecter afin d’assurer la réussite de l’expérience d’accompagnement.

D’abord, il est obligatoire de se rencontrer régulièrement, ce qui est fait habituellement toutes les deux semaines pendant au moins une heure. Sans ce suivi régulier, la relation ne peut pas se développer et le candidat ne peut pas cheminer suffisamment.

Il est aussi essentiel que la rencontre se fasse dans l’ouverture. Certes, il est évident que celle-ci est progressive, à mesure que les liens de confiance se tissent, étant donné le caractère très intime de toute spiritualité. Par exemple, certains sujets plus délicats sont abordés seulement lors de la fin de la première année, et même, de la deuxième année selon le rythme du séminariste. Cependant, l’honnêteté et la transparence sont de mise afin d’assurer que le candidat prenne la bonne direction.

Ensuite, les rencontres se veulent confidentielles tant pour le séminariste que pour son accompagnateur. Tous deux se doivent de rester discrets sur le contenu des discussions. L’accompagnateur spirituel n’a également pas le droit de parole ou de vote lors des réunions du comité de formation qui décide si le candidat est recommandé ou non.

Finalement, la relation spéciale entre les deux hommes revêt une dimension quasi paternelle au sens où l’accompagnateur spirituel « porte » le séminariste puisqu’il est toujours préoccupé par sa condition afin de lui assurer le meilleur cheminement possible.

De nos jours, on pourrait croire que le travail d’accompagnateur spirituel est moins demandant vu le nombre diminuant de séminaristes. Toutefois, il semble que cela soit le contraire vu la diversité des parcours de chacun. En effet, autrefois, les expériences de vie des étudiants avant leur entrée au Grand Séminaire étaient similaires. Maintenant, leurs parcours sont divers et le soutien est à chaque fois une expérience unique nécessitant une grande capacité d’adaptation de la part de l’accompagnateur spirituel. Par exemple, l’abbé Nadeau a mentionné qu’il lui arrive tout autant d’accompagner des jeunes dans la vingtaine que des hommes déjà grands-pères. Il insiste sur le fait que l’on ne peut pas aborder des sujets tels que la question du célibat de la même manière avec des hommes de 20 ou 65 ans.

L’accompagnateur spirituel n’est pas le seul intervenant qui peut avoir une influence sur sa spiritualité dans la formation du séminariste. En effet, ce dernier est amené à faire d’autres rencontres lors de retraites, de groupes de prières ou encore de fraternités. Cependant, il faut noter que les rencontres d’accompagnement sont le lieu d’intégration de ces apprentissages.

Après l’ordination du séminariste, il arrive fréquemment que les rencontres avec son accompagnateur spirituel se poursuivent en raison des liens tissés au cours des années. 

Apprentissage et transmission


Au coeur du Vieux Québec
© IPIR 2011, soumis à copyright

On ne peut s’improviser accompagnateur spirituel. En effet, il est d’abord nécessaire d’être reconnu pour ses compétences par le Grand Séminaire. L’accompagnateur spirituel doit aussi suivre une formation afin de développer des outils pour bien conseiller les séminaristes.

Lorsque la relation se déroule dans une réelle atmosphère d’ouverture, elle est tout aussi bénéfique pour l’accompagnant que l’accompagné puisqu’elle est un échange qui amène chacun à réfléchir sur leur vie spirituelle. L’abbé Gilles Nadeau explique que pour lui, cela donne un sens au célibat. En effet, il y a une forme de fécondité dans cet accompagnement par le fait que l’on aide quelqu’un à grandir dans la foi. C’est une forme de transmission puisqu’on aide comme on a été aidé.

Localisation

Municipalité: Québec
Région administrative: 03 Capitale-Nationale
Lieu: Grand Séminaire de Québec, 1 rue des Remparts, Québec (Qc), G1R5L7
Téléphone: 418 692-0645
Télécopieur: 418 692-0280
Site Web: http://www.gsdq.org

Source

Gilles Nadeau
Titre, rôle et fonction : Accompagnateur spirituel
Lien avec la pratique : L'abbé Gilles Nadeau est membre de l'équipe de formation du Grand Séminaire de Québec depuis 36 ans.

Enquêteur : Marie Renier et Francesca Désilets
Date d'entrevue : 18 mars 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: