La réception d'une nouvelle Torah, écrite par une femme — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

La réception d'une nouvelle Torah, écrite par une femme

Tradition: Judaïsme
Appartenance: Judaïsme (reconstructionniste)
Paroisse, congrégation ou équivalent: Congregation Dorshei Emet - The Reconstructionist Synagogue of Montreal (Montréal, Hampstead)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Enseignement religieux (9360), Texte religieux (9363)
et sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Rite d'agrégation (9322).

Historique général


La Torah est accompagnée, avec joie, jusqu'à la synagogue
© Copyright PBL Photography 2010

La synagogue Dorshei Emet fait partie du mouvement reconstructionniste. Ses rites et pratiques sont à prime abord traditionnels : beaucoup d’hébreu est utilisée, et les membres sont fortement encouragés - sans être tenus à le faire - à suivre les traditions du peuple juif, le respect des règles du sabbat, les festivals, le pratique de manger casher. Toutefois, leurs valeurs se distinguent nettement d’une pratique orthodoxe par l’égalité parfaite qui y prévaut sur tous les niveaux entre hommes et femmes et par des modifications dans le langage de la liturgie. Ces changements et modifications sont dûs au penseur-fondateur du mouvement, Mordecai Kaplan qui s’est dévoué tout au long de sa longue vie au renouveau de la vie juive en Amérique du nord.

La vie de la congrégation Dorshei Emet (qui veut dire chercheurs de vérités) est fortement marquée par des principes que Kaplan a formulé et a défendu avec une passion légendaire. Elle est également empreinte de la passion du rabbin fondateur de la congrégation, Lavy Becker (1905-2001). Becker a créé cette communauté en 1960, suite a une longue carrière de service à la communauté juive. Il a attendu l’âge mûr pour mettre sur pied une synagogue qui allait exprimer son attachement à la tradition ainsi qu’un fort engagement avec la modernité et les questions actuelles dans tous les domaines, politiques, sociaux, communautaires ainsi que religieux. Becker a utilisé ses propres fonds et n’a jamais reçu de salaire, ce qui lui a donné beaucoup de liberté pour innover.

En 1976, un jeune baby boomer, Ron Aigen, arrive à Montréal, frais émoulu du nouveau séminaire reconstructionniste de Philadelphie, la guitare à la main et avec son sac-à-dos. Aigen reste, construit, fait grandir la communauté, établit de nouveaux programmes, notamment pour les jeunes. En 2011, la synagogue vient tout juste de fêter ses 50 ans. Il y a un nombre croissant de familles multi-générationnelles. Il y a aussi, de plus en plus, une forte présence de nouveaux membres, des gens qui deviennent membres non pas à cause de leurs parents, mais parce que la synagogue leur offre une bonne option pour une identification juive positive. C’est en cherchant un geste pour marquer le 50ieme anniversaire de la synagogue, que l’idée s’est présentée de commander une Torah écrite par une femme.

Description


Une lettre écrite à la main dans la Torah, Torat Imeinu
© Copyright PBL Photography 2010

Le lancement du projet d'écriture d'une nouvelle Torah a eu lieu le 24 mai 2009, au lendemain de la fête de chavouot. Cette fête célèbre la réception de la Torah par le peuple juif au pied du Mont Sinaï. À cette occasion, Mitzi Becker, la belle-fille du rabbin fondateur Lavy Becker, suivi de Hillel Becker son époux, ont inscrit dans la nouvelle Torah les premières lettres du livre de Genèse, avec l’aide du scribe. Grâce à une technologie de pointe, toute l’assistance pouvait suivre cet acte sur un très grand écran. Cette journée de lancement, animée par une belle musique klezmer comprenait plusieurs activités communautaires et fut un franc succès. Tout au long de l’année suivante, période durant laquelle la scribe a poursuivi son travail, la synagogue a mené une campagne de levée de fonds. Le but fut de recueillir un total de 613 000$, ou mille fois le nombre de commandements ou de mitzvoth (613) dans la Torah, pour pouvoir rayer la dette de la synagogue et créer une fondation. Le but fut atteint et dépassé. Beaucoup ont profité d’une des options offertes, de se procurer le privilège d’inscrire une lettre dans la Torah, avec l’aide du scribe. Plus qu’une simple levée de fonds où les gens contribuent par obligation, cette campagne a réuni la communauté dans un esprit d’implication, de renouveau, d’innovation et de solidarité. Cette campagne et tout le projet furent chapeautés avec dynamisme et élan par Jeremy Becker, petit-fils du rabbin fondateur, et sa femme, Joyce.

La cérémonie pour la réception de la nouvelle Torah a eu lieu le 19 mars 2010. C’était deux jours avant chavouot, la fête où les Juifs se remémorent la réception de la Torah au Mont Sinaï. Toutes les Torahs furent sorties de l’arche sainte et portées en procession d’un parc voisinant jusqu’à la synagogue. La nouvelle Torah fut protégée sous une houppa, le dais traditionnellement utilisé lors de la cérémonie juive du mariage. Devant la synagogue, la communauté dansa avec les Torahs, accompagnée des musiciens klezmer. Pour l’entrée dans la synagogue, quatre femmes ont porté les quatre perches de la houppa. Sous la houppa, la Torah elle-même fut portée par Joyce Becker, la femme du petit-fils du rabbin fondateur Lavy Becker.

La cérémonie qui a eu lieu à l’intérieur visait à impliquer toutes les générations. Chava Dienar et Carmela Aigen, qui ont dirigé le comité de programmation, disent avoir voulu « créer de la mémoire juive » et construire ce qu’elles appelaient en anglais un « Sinaï moment ». Ce dernier signifiait pour elles un moment imprégné d’une sorte de sainteté, rappelant la réception originale de la Torah. Elles ont décidé de dérouler toute la nouvelle Torah, pour encercler les parents et leur progéniture. De cette manière, ce sont les jeunes qui ont pu voir en premier la totalité de la nouvelle Torah. La surprise fut intensifiée par le fait que personne n’était au courant du déroulement de la cérémonie, sauf les membres du comité qui avaient promis de garder le silence.

Le symbolisme féminin de cette Torah fut exprimé entre autres dans la belle couronne qui fut créée pour l’orner.  Sur la couronne, des représentations de pépins de grenades forment des courbes du haut vers le bas, représentant les quatre matriarches : Sarah, Rébecca, Rachel et Leah.  

Apprentissage et transmission


La nouvelle Torah portée dans la rue, avant son arrivée à la synagogue
© Copyright PBL Photography 2010

Il n'y avait pas d’apprentissage spécifique puisque cette cérémonie combinait à la fois des éléments traditionnels et innovateurs. Différents éléments ont été empruntés et certains ont été adaptés. La Torah a été écrite à la manière traditionnelle, mais par une femme, ce qui est non-traditionnel. La procession et le fait de danser dans la rue exprimèrent la joie des Juifs de recevoir la Torah de façon traditionnelle. En particulier, la danse avec la Torah est quelque chose de familier lors de la fête de réjouissance de la Torah, Sim'hat Torah. La musique klezmer est traditionnelle dans le monde ashkénaze, à l'occasion d'événements joyeux. Un point culminant de la journée, l'encerclement de la communauté dans le rouleau de la Torah, a été suggéré par Jen Taylor Friedman, la scribe, qui l’avait vécu dans une autre synagogue. Carmela et Chava du comité de programmation ont adapté cette innovation en mettant l'accent sur ​​les jeunes enfants et leurs parents.

L'écriture traditionnelle de la Torah a été combinée avec la participation communautaire et la collecte de fonds en donnant aux gens une occasion d'écrire leur propre lettre. Cela a été renforcé par la technologie, ce qui a permis à toute la communauté d'assister à l'écriture des premiers et derniers mots dans la Torah. Partout dans cette célébration créée pour marquer le 50e anniversaire de la synagogue, tradition et créativité se rencontrent, ce qui représente parfaitement la confession reconstructionniste dans le judaïsme.

Localisation

Municipalité: Hampstead
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: Congregation Dorshei Emet - The Reconstructionist Synagogue of Montreal, 18, rue Cleve, Hampstead, H3X 1A6
Téléphone: 514-486-900
Télécopieur: 514-486-5442
Site Web: http://dorsheiemet.com/
Ressources:

Voir la vidéo créée par la communauté : http://vimeo.com/14129558

Voir le blogue du scribe : http://torat-imeinu.blogspot.com/

Les photographies sont une courtoisie de PBL Photography


Source

Chava Dienar et Carmela Aigen
Titre, rôle et fonction : Carmela est la femme du rabbin de la synagogue. Les deux femmes sont impliquées de manière soutenue à la synagogue depuis quelques décennies.
Lien avec la pratique : Chava Dienar et Carmela Aigen, amies de longue date, dirigeaient le comité de programmation pour la célébration de la réception de la nouvelle Torah, écrite par une femme, la scribe Jen Taylor-Friedman.

Enquêteur : Sharon Gubbay Helfer

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