La mission des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec au Rwanda — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

La mission des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec au Rwanda

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Québec
Communauté religieuse: Soeurs du Bon-Pasteur de Québec

Classé sous Organisation religieuse (9200), Mission (9260), Prosélytisme (9263).

Historique général


Soeur Denise Rodrigue, supérieure générale, posant la première pierre à Muramba, 1986
© Archives des Soeurs du Bon-Pasteur de Québec

Appelée dès 1935 sur le continent africain par Monseigneur Joseph-Cyprien Bonhomme, vicaire apostolique au Basutoland, rebaptisé Lesotho en 1966, les Sœurs du Bon-Pasteur de Québec ne tarderont pas à répondre positivement à sa demande. À l’instar de la fondatrice de la communauté, Marie-Josephte Fitzbach, les missionnaires devront travailler  avec acharnement, s’activant dans les domaines de l'enseignement, de la santé, de la relève vocationnelle et de l'agriculture.


Alors que les Sœurs du Bon-Pasteur doivent redéfinir leurs champs d’apostolat au Québec avec le début des années 1960 et la Révolution tranquille, les lieux de mission se multiplient en Afrique. À Muramba, au Rwanda, de 1968 à 1989, cinq sœurs collaborent à l’enseignement et à la formation de jeunes aspirantes à la vie religieuse, à la prise en charge d’une école familiale et d'une maternité, ainsi qu’à l’offre de divers services d’assistance aux personnes handicapées et démunies.


Par ailleurs, à Kigali, après plusieurs recherches, l’association laïque rwandaise Umushumba Mwiza —signifiant « Bon Pasteur » en kinyarwanda — sollicite, en 1984, l’aide des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec pour la mise sur pied d’une œuvre vouée au secours des femmes en détresse et de leurs enfants. La congrégation répond positivement à la demande en 1985, faisant ainsi écho à l'œuvre et au charisme de sa fondatrice, Marie-Josephte Fitzbach. En mars 1988, les religieuses appelées à Kigali emménagent dans la première résidence du Centre Umushumba Mwiza. Avant l’éclatement de la guerre civile, en 1994, une soixantaine de femmes participent au programme de réinsertion sociale et vingt-cinq jeunes filles —deux professes, cinq novices, trois prénovices, dix aspirantes et cinq stagiaires à l’aspirat— fréquentent la Résidence Bon-Pasteur. Peu après les premiers événements du génocide, les sept sœurs canadiennes sur place sont rapatriées d’urgence. Des treize jeunes filles rwandaises survivantes de la guerre, neuf continueront leur formation religieuse pendant un an au Québec auprès des Sœurs du Bon-Pasteur. Le projet de relève vocationnelle se remet difficilement des événements et est interrompu en 1998.

Après la guerre, le Centre Umushumba Mwiza connaît une expansion rapide avec son programme de formation technique, lequel attire 120 jeunes filles. Depuis 1997, le Centre est dirigé par une équipe d’éducateurs et d’affiliés rwandais, en collaboration avec la communauté du Bon-Pasteur postée à Kigali. Puis, dix ans après la guerre civile, de jeunes rescapées se réunissent afin de fonder une nouvelle communauté, la Fraternité des Sœurs du Bon-Pasteur du Rwanda, indépendante de la congrégation de Québec. Ayant participé à la mise en place du groupe, notamment par leur accompagnement et leur formation, les trois religieuses québécoises à Kigali préparent graduellement l’autonomie de la communauté et envisagent leur retour au Canada.

En 2011, plus d’une dizaine de Rwandaises perpétuent l’œuvre de Marie-Josephte Fitzbach en venant en aide aux femmes en détresse. Assurant son autofinancement, offrant une formation au travail et facilitant l’intégration sociale, la Fraternité des Sœurs du Bon-Pasteur du Rwanda redonne à ces femmes leur dignité et leur autonomie.

Description


Vente de légumes au marché, Kigali, 1987
© Archives des Soeurs du Bon-Pasteur de Québec

La mission des Sœurs du Bon-Pasteur s’étend à plusieurs sphères au Rwanda, les religieuses se consacrant à l’enseignement et aux soins de santé dès leur arrivée. À Muramba, elles ouvrent également un nouveau champ d’apostolat en 1968 par la préparation des jeunes aspirantes à la vie religieuse, et ce, en collaboration avec une communauté locale, les Benebikira.


À Kigali, la congrégation se joint à l'association laïque rwandaise Umushumba Mwiza, en 1985, afin de venir en aide aux femmes en difficulté et à leurs enfants, perpétuant ainsi le charisme de sa fondatrice. Leur programme de réinsertion sociale se sert de la culture de la terre comme d'un moyen privilégié pour redonner à ces femmes leur autonomie et leur fierté. Quotidiennement, elles consacrent l'avant-midi au travail de la terre et aux récoltes au « Marais de l’Espérance », un terrain de culture aménagé par les religieuses, alors que la garderie et la prématernelle accueillent les enfants.  L’après-midi, les femmes s’adonnent aux formations techniques de tricot, de couture ou de cuisson et transformation des aliments, aux causeries éducatives et à l’accompagnement personnel. La transformation et la commercialisation des produits alimentaires
issus de l’agriculture, de même que le salaire reçu pour leur travail,
permettent aux femmes d’assurer leur autofinancement et de subvenir aux
besoins de leur famille.

Bref, le Centre Umushumba Mwiza se veut un centre d’accueil, d’accompagnement, de réflexion, de formation au travail et d’intégration sociale permettant aux femmes rwandaises en difficulté de rebâtir leur vie sur de nouvelles bases.

Apprentissage et transmission


Membres de la Fraternité des Soeurs du Bon-Pasteur du Rwanda, 2005
© Archives des Soeurs du Bon-Pasteur de Québec

Avant que n’éclate la guerre civile au Rwanda, les Sœurs du Bon-Pasteur de Québec y sont la seule communauté religieuse vouée essentiellement aux femmes en difficulté, particularité qui attire plusieurs jeunes filles désireuses de se joindre à elle. Toutefois, les événements de 1994 amènent de profonds changements et le projet de relève vocationnelle se remet difficilement.

Le 12 janvier 2012, date anniversaire de la fondation du Bon-Pasteur de Québec, la Fraternité des Sœurs du Bon-Pasteur du Rwanda accueillait officiellement une postulante, soulignant ainsi cette date symbolique. Deux futures professes perpétuelles, Marie-Madeleine Nyirantwali et Marie-Christine Nyirahategekimana, ont également été rencontrées par Monseigneur Thaddée Ntihinyurwa, archevêque de Kigali, en vue de cette prochaine étape de leur vie religieuse.

Aujourd’hui, les Sœurs du Bon-Pasteur contribuent à la formation humaine et religieuse de la Fraternité des Sœurs du Bon-Pasteur du Rwanda. Transmettant son charisme d’amour et de bonté, la congrégation collabore toujours à une œuvre vouée au secours des femmes en difficulté, notamment par sa mission au Rwanda.

Localisation

Municipalité: Québec
Région administrative: 03 Capitale-Nationale
Lieu: Musée Bon-Pasteur, 14, rue Couillard, Québec, G1R 3S9
Téléphone: 418-694-0243
Télécopieur: 418-694-6233
Site Web: http://www.museebonpasteur.com/

Source

Sœur Lise Gagné
Titre, rôle et fonction : Sœur Lise Gagné a d’abord travaillé au Rwanda comme gérante de projet, complétant notamment les demandes de subventions et s’assurant du développement des constructions. Elle y a ensuite été nommée responsable de la formation des jeunes filles désirant poursuivre leur vocation religieuse. Elle a enfin occupé la fonction de responsable des travailleuses sociales en mission au Rwanda.
Lien avec la pratique : Sœur Lise Gagné se consacre à la mission au Rwanda de 1985 à 1990, puis complète deux années d’études à Rome, de 1990 à 1992, afin de se préparer à la formation des jeunes filles. Elle retourne ensuite au Rwanda, où elle reste jusqu’aux événements de 1994. À son retour au Québec, elle est accompagnée de jeunes survivantes du génocide venues poursuivre leur formation. Elle retourne au Rwanda quelques temps après. Au final, elle y aura séjourné une dizaine d’années.

Enquêteurs : Marie Renier, Valérie Vachon-Bellavance
Date d'entrevue : 31 octobre 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: