Les 5 Ks, symboles sacrés de la religion sikh — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Les 5 Ks, symboles sacrés de la religion sikh

Tradition: Sikhisme
Appartenance: Sikhisme
Paroisse, congrégation ou équivalent: Guru Nanak Darbar Gurdwara (Lasalle)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Rite de passage (9321)
et sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Élément utilisé dans un rituel (9329).

Description


Le turban
© IPIR 2012, soumis à copyright

Pour être Sikh, il faut pratiquer la religion sikh. Le statut sikh n’est pas acquis à la naissance, même si dans la communauté du Gurdwara de Guru Nanak Darbar de Lasalle, tout le monde est généralement identifié comme étant Sikh. L’histoire du sikhisme a été marquée par dix gurus. Chacun d’eux a contribué à forger le code de conduite et la discipline de la religion sikh. Le respect de ce code de conduite et de cette discipline se concrétise lorsque que l’individu prend le baptême, le amrit, considéré comme un engagement pour la vie.


Le baptême exige le respect de deux disciplines : une discipline spirituelle et une discipline physique. La première demande de réciter des prières à tous les jours; cinq le matin, une le soir et une avant de se coucher ainsi que d’aller au Gurdwara et d’y assurer un service bénévole. La récitation des prières est consciente, à celle-ci doit se joindre un niveau de compréhension élevé des textes sacrés.


La discipline physique exige le port des 5 symboles sacrés du sikhisme, aussi appelés « les 5 Ks » parce que chacun d’eux commence par la lettre K. Ces 5 objets, le kesh, le kanga, le kara, le kirpan et le kachera incarnent une valeur spirituelle et doivent être portés 24 heures sur 24 par la personne baptisée. Certains ont également une valeur secondaire d’ornement. Le port du turban n’est pas inclus dans les 5 Ks, mais il représente tout de même un signe distinctif et spirituel des pratiquants du sikhisme. Le symbolisme des 5 Ks est universel au sikhisme qu’il soit pratiqué au Canada ou en Inde, par exemple. C’est le dixième guru et dernier guru humain, Guru Gobing Singh, qui a officialisé la cérémonie du baptême et a ordonné que les baptisés portent les 5 Ks, vers 1699.


La personne souhaitant être baptisée peut le faire à tout âge, sauf en bas âge. Le baptême se doit d’être pour l’individu un choix venant d’un désir personnel très fort. L’individu ne peut y être forcé. En retour, il doit être prêt à suivre la discipline prescrite par la religion pour le reste de sa vie. Ce n’est qu’une minorité de la communauté sikh du Gurdwara de Guru Nanak Darbar de Lasalle qui est baptisée (10-15%). Le reste de la communauté est soit non-pratiquante, pratiquante ou pratiquante en vue de prendre le baptême. Certains non-baptisés choisissent de garder les cheveux longs, de porter le kara ou le turban et de réciter les prières.


La cérémonie du baptême a lieu au Gurdwara en présence des écritures sacrées appelées Guru Granth Sahib. Ce dernier est une compilation des écrits des dix gurus et d’autres saints. Cette personnification des écritures sacrées par le Guru Granth Sahib vient d’une décision du dixième guru qui voulut qu’il n’y ait plus, après lui, de gurus sous forme humaine, mais plutôt un livre sacré, pour le reste des temps.


La cérémonie du baptême est dirigée par cinq personnes du Gurdwara. Les 5 personnes doivent s’assurer que chacun des futurs baptisés est prêt à suivre les règles du sikhisme et qu’il s’agit bien de leur désir. Ensuite, chaque candidat doit lire une prière, généralement celle du matin. Une fois que les candidats auront été baptisés, ils recevront cinq fois des gouttes d’eau sucrée sur le visage, sur les yeux et sur les cheveux, et boiront cinq fois de l’eau sucrée. Tout cela en gardant les yeux sur le Guru Granth Sahib.


La cérémonie du baptême doit se faire en portant déjà les 5 Ks. Ceux-ci peuvent avoir été offerts préalablement à la cérémonie. Ils peuvent provenir du Gurdwara local, d’un autre Gurdwara aux alentours ou même de l'Inde. Généralement, les 5 Ks sont offerts au baptisé. Les dons en argent au Gurdwara contribuent à payer les 5 Ks offerts aux baptisés.


Le kirpan est un poignard généralement fait de fer ou d’un autre matériau métallique et contenu dans un étui généralement en bois. Le kirpan est porté en-dessous ou au-dessus des vêtements. Le kirpan rappelle à celui qui le porte d’aider les oppressés, les pauvres, les démunis et de défendre la justice. C’est aussi un rappel de la défense des valeurs du sikhisme et pour promouvoir sa connaissance. Le kirpan n’est donc pas une arme, il ne doit pas servir à blesser ou menacer quelqu’un.


Plus spécifiquement, le kirpan peut être retiré de l’étui à deux moments exceptionnels : durant la cérémonie du baptême et pour bénir la nourriture. Lorsque celle-ci a été touchée par le kirpan, cela signifie qu’elle a été cuisinée avec les ingrédients de base du Gurdwara, qu’elle a été traitée avec respect et donc qu’elle est prête et bonne à consommer. Ce rituel apprend au croyants à respecter le corps et la nourriture qui répond à des besoins physiques essentiels.


L’histoire raconte que le cinquième guru a été martyrisé pendant le règne d’un roi moghul cruel qui voulait convertir tous les non-musulmans à la religion musulmane. En réaction, le sixième guru est venu dans l’une de ses congrégations avec deux kirpans, un qui signifiait la justice, et l’autre la spiritualité. De là proviendrait la signification du kirpan.


Le kesh représente le port de cheveux longs non-coupés et signifie l’acceptation de Dieu dans sa vie. Le premier guru nommé Guru Nanak a établi cette règle. Durant son existence, il avait les cheveux non-coupés car selon lui, c’était la première étape pour atteindre un niveau de spiritualité supérieur. Il demandait à ses compagnons d’en faire autant, même s’ils n’étaient pas de la même religion. Selon le sikhisme, les cheveux poussent selon un système et ils représentent l’énergie du corps. Pendant le jour, les cheveux sont orientés vers le haut pour absorber l’énergie solaire et pendant la nuit, les cheveux absorbent l’énergie lunaire. Les cheveux possèdent une force spirituelle, si bien qu’à un certain niveau spirituel, « dès que l’on prononce le nom de Dieu une fois, les cheveux vont résonner sur notre corps exponentiellement » dit l’une des informatrices. Cela permet notamment une méditation plus approfondie.


Le kanga est un petit peigne en bois porté dans les cheveux, en-dessous du turban. Il représente la propreté et la netteté du corps. Ces deux aspects constituent des valeurs spirituelles très profondes dans le sikhisme. Il est en effet important de préserver une bonne hygiène du corps et une bonne santé physique. Le kanga est fait en bois exclusivement parce que c’est un matériau qui n’est pas flexible. Cette caractéristique symbolise la justice, qui doit être appliquée de manière rigide et stricte. De plus, le kanga sert à nettoyer les cheveux symboliquement. Il enlève les cinq ennemis de l’esprit : la luxure, l’avarice, le matérialisme, la colère et l’égocentrisme.


Le kara est un bracelet de fer porté au poignet et est considéré comme un cadeau de Dieu. Il signifie la croyance envers un Dieu éternel, les gurus et la non-croyance aux superstitions. Le bracelet est fait de fer, un matériau solide. Le fait d’avoir le bracelet en permanence sur les mains rappelle de bien juger des actions faites avec les mains et de faire le bien.


Le kachera est un caleçon unisexe qui symbolise la fidélité envers le couple et Dieu, dans les règles du mariage et de la religion. C’est également un symbole de modestie, un Sikh doit être prêt à aider en tout temps. Le kachera s’attache avec une corde solide. Il est confectionné avec des techniques spéciales, il ne peut donc pas être acheté dans un commerce ordinaire. À une certaine époque, en Inde, il subsistait la superstition selon laquelle on ne pouvait porter de vêtements avec des coutures. Le kachera est confectionné avec des coutures, justement pour éliminer cette superstition.


Le turban ne fait pas partie des 5 Ks ou symboles sacrés du sikhisme, mais il demeure tout de même un symbole religieux très important. Il représente pour les Sikhs un symbole d’identification, un signe distinctif de l’identité sikh. Il y a plusieurs styles et couleurs de turban, mais ces variations ne comportent pas nécessairement de signification. Les Sikhs du Punjab portent généralement un turban avec une pointe qui dépasse à l’avant. Le turban ne sert pas à cacher les cheveux à la vue. Il sert plutôt à protéger et respecter les cheveux et à les contenir dans l’exercice des activités quotidiennes. Le turban est également un symbole de fierté, une couronne. Il faut en prendre soin, ne pas le laisser traîner. On l’enroule tour par tour et on l’enlève tour par tour, avec une grande attention. Pour les mêmes raisons de respect et de protection des cheveux, certaines femmes vont porter un foulard ou un morceau de tissu sur la tête.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: Guru Nanak Darbar de Lasalle, 7801, rue Cordner, Montréal, H8N 1G6
Téléphone: 514-595-1881
Site Web: http://montrealgurudwara.com/index.html

Source

Jaiseema Kaur et Gursharan Kaur
Titre, rôle et fonction : Bénévoles au Gurdwara
Lien avec la pratique : Elles sont Sikhs baptisées

Enquêteurs : Rémy Chhem, Marc-André Morency
Date d'entrevue : 21 octobre 2011


Partenaires

La réalisation de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux a été rendue possible grâce à l’appui de six partenaires: