Être frère jésuite, menuisier et ébéniste et transmettre ses savoir-faire ici et en mission — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de vie

Être frère jésuite, menuisier et ébéniste et transmettre ses savoir-faire ici et en mission

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Communauté religieuse: Jésuites (Compagnie de Jésus )

Classé sous Organisation religieuse (9200), Personnel religieux (9230), Vocation/forme d'élection (9232)
et sous Organisation religieuse (9200), Communauté (9240), Pratique technique et artistique (9245).

Description


Frère Rémi Laforest, S.J.
© IPIR 2012, soumis à copyright


Chez les Jésuites, comme dans d'autres communautés religieuses, les frères sont ceux qui effectuent le plus souvent des tâches matérielles de la vie communautaire1. Jeune, le frère Laforest souhaite être religieux, mais sans être prêtre. Il n'aura pas de responsabilités sacerdotales, comme ses collègues pères. Il ne fait donc pas d’études universitaires en ce sens en théologie ou en philosophie2. Au moment de l'entrée du père Laforest dans la vie religieuse, àmla fin des années 1940, il y avait le « postulat », une préparation à la vie religieuse qui durait six mois. Ensuite venait le noviciat de deux ans, qui existe toujours. Durant ces années de formation, l'aspirant frère s'initie également à des métiers. Au terme de cette étape, le novice prononce ses voeux : chasteté, pauvreté, obéissance. Ensuite, le nouveau frère optera généralement pour une formation technique. Puis, les frères ont ensuite des responsabilités relatives, par exemple, à la logistique, à l'entretien, à l'administration dans l'établissement où ils se trouvent, au Canada ou en mission à l'étranger. Ils peuvent aussi oeuvrer en enseignement technique ou en catéchèse. Les mandats leurs sont confiés par le Père provincial, qui est le supérieur régional d'une « province » jésuite3. « Le frère jésuite est un homme qui a entendu l'appel du Père [Dieu] à devenir "compagnon de Jésus". Par ses voeux, il consacre sa vie, de manière gratuite, à aider à la mission commune du corps apostolique, religieux et sacerdotal de la Compagnie : "le service de la foi dont la promotion de la justice constitue une exigence absolue".» C'est dans cet esprit que le frère Rémi Laforest est devenu jésuite, ce qui l'a également mené en mission à l'étranger. 


Le frère Laforest est né à Montréal en 1928. Il est le sixième de 13 enfants. Sa famille était très religieuse et pratiquante. Deux de ses soeurs sont d'ailleurs religieuses. Enfant timide, il aimait cependant beaucoup rendre service et en ressentait une grande gratification. De plus, il avait un caractère plus « intérieur » et plus pieux que les autres jeunes de son âge. Dès l'enfance et à l'adolescence, il se disposera à faire le « don de soi-même, vers le service ». Pas très doué pour les grandes études, confie-t-il, il était toutefois un premier de classe en catéchisme, en géographie et en dessin. Il a toujours été plus manuel, qu'intellectuel. Le frère Laforest aurait bien voulu devenir architecte, mais il ne répondait pas aux exigences, surtout en ce qui concerne les mathématiques. Après son primaire, qui se terminait en 9e année à cette époque, il fit une « retraite vocationnelle » de trois jours. Il apprit à cette occasion que l'on pouvait devenir religieux sans être prêtre, donc sans faire de trop longues études. Il choisit, à 15 ans, de devenir frère jésuite. Sa propension à la piété et au service d'autrui avaient, d'une certaine façon, pavé la voie à sa vie religieuse.


Durant ses deux années de formation au niveau du noviciat, le frère Laforest expérimenta plusieurs métiers, comme il se devait. Il prononça ses voeux en 1948. Au terme de ces expérimentations, il choisit de devenir menuisier, vu ses aptitudes pour ce métier, d'ailleurs hérité du milieu familial, en particulier de son père. Devenu « frère formé », son talent fit en sorte qu'on lui offrit de suivre une formation spécialisée en ébénisterie, à l'École du meuble de Montréal. Cependant, sa vie active de frère débuta plutôt comme fermier, puisque son supérieur l'envoya travailler à la ferme Saint-Alphonse (Pointe-aux-Trembles) durant deux ans. « Pour un gars de Montréal c'était toute une expérience! » À 20 ans, devoir traire une centaine de vaches, trois fois par jour, en plus des autres travaux agricoles, ces journées laborieuses durant entre 12 à 15 heures : voilà un bel exemple d'obéissance. Il pratiquera ses métiers de menuisier et d'ébéniste à compter de 1950 jusqu'en 1956, au noviciat et juvénat du Sault-au-Récollet [Maison Saint-Joseph-du-Sault-au-Récollet] à Montréal (maintenant le collège Mont Saint-Louis). C'est à cet endroit qu'il commença à transmettre son savoir et ses savoir-faire en enseignant la menuiserie entre 1956 et 1964, aux jeunes qui voulaient devenir frères.


En 1964, il part en mission pour enseigner l'ébénisterie dans une école secondaire laïque à Addis-Abeba (Éthiopie), jusqu'au coup d'état de 1975. À ce moment, les Jésuites et autres occidentaux sont remerciés de leurs services par le nouveau gouvernement prosoviétique. Les religieux qui veulent rester doivent demeurer en communautés et ne peuvent plus enseigner. Les Jésuites ont été présents dans ce pays de 1945 à 2010, travaillant à diverses oeuvres sociales. Le frère Laforest considère cette expérience comme la plus belle et profitable étape de sa carrière. Cela lui a permis d'avoir de nouvelles responsabilités et une vie sociale accrue. Un grand défi, relevé dans des conditions strictes de contrôle gouvernemental, interdisant tout signe religieux ou ministère. Pour remplir cette mission, il dut auparavant suivre des cours de méthodologie de l'enseignement, afin d'avoir un diplôme reconnu, et prendre des cours d'anglais. Quatre mois plus tard, il enseignait « en anglais ». Les jeunes à qui il transmettait son savoir n'étant pas plus anglophones que lui, il fut heureux que le menuiserie soit un métier « visuel », ce qui lui rendit la tâche un peu moins ardue, surtout au début.


À son retour à Montréal, ondemande au frère Laforest de bien vouloir gérer la menuiserie du Collège Jean-de-Brébeuf. Durant cinq ans, de 1975 à 1980, il remplace donc le responsable en convalescence. Au retour de celui-ci, il s'occupera des employés de la menuiserie et contrôlera les divers travaux au collège, jusqu'en 1985. Il est ensuite « ministre » de la communauté au Noviciat des jésuites, sur la rue Sherbrooke, à Montréal. Ler ministre, chez les jésuites, est le responsable de la llogistique communautaire : achats de la nourriture, ameublement, entretien des bâtiments, etc... 


En 1987, le père Provincial lui demande de se rendre en Haïti, plus précisément à Canapé-Vert, un quartier situé à l'est de Port-au-Prince. Il aura à superviser les travaux d'agrandissement d'une résidence où l'on pourra loger six ou sept jésuites, lieu d'une petite communauté jésuite. Il voit donc à ce que tout soit prêt pour loger adéquatement les nouveaux arrivants. Il ira cinq fois dans ce pays, pour réparer ou construire de nouvelles résidences, surtout entre 1990 à 1995, mais aussi après, ponctuellement. En 2004, il revient défénitivement au pays où il oeuvre comme ministre à la Villa Saint-Martin, une maison de retraite, située à Pierrefonds. 


En 2011, frère Laforest décide de faire le point sur sa vie. Il entame alors une réflexion dans la prière avec un accompagnateur spirituel, comme le veut la coutume ignacienne : « À 82-83 ans, nous confie-t-il, je suis en assez bonne santé, je peux donc encore rendre service. J'aimerais les donner un bon temps au service de mes frères qui sont en moins bonne santé que moi », ce qui l'amena à choisir de devenir membre de la communauté d'accompagnement de l'Infirmerie jésuite de Richelieu. Cette retraite, toute active qu'elle soit, lui permet d'avoir plus de temps libre pour relaxer, lire, prier, ce qu'il apprécie beaucoup. « J'ai toujours gardé cet idéal de rendre service aux autres, depuis mon adolescence », dit-il, rejoignant en cela la philosophie du fondateur des jésuites, Ignace de Loyola. « C'est un peu dans cette ligne que l'on continue à prendre soin de nos personnes âgées. [...] lls méritent qu'on s'occupe d'eux jusqu'à la fin, et honorablement, dignement », de conclure cet homme qui a consacré sa vie au service d'autrui. 


Localisation

Municipalité: Richelieu
Région administrative: 16 Montérégie
Lieu: Résidence Notre-Dame-de-Richelieu , 460, 1ère rue , Richelieu, J3L 3W2
Téléphone: 450 658-876
Site Web: http://www.jesuites.org
Ressources:

1. Il faut cependant dire que les choses ont changé depuis quelques années et que des frères se voient maintenant confier des responsabilités plus importantesÀ ce sujet voir : http://www.jesuites.org/ProVoc.htm, sur le site des Jésuites de la Province du Canada français. Aussi : http://www.abayezuwiti.com/vocation6.htm, site des jésuites de la région Rwanda-Burundi (Pages consultées en mai et juin 2012)

2. Idem. Toutefois, le frère a quand même une formation à caractère philosophique.

3. La Compagnie est divisée en " provinces " géographiques [linguistiques dans le cas du Canada], chacune sous les ordres d'un Supérieur provincial qui est choisi par le Supérieur général. Le Provincial est assisté d'un Socius, équivalent d'un secrétaire général chargé de l'administration. Chaque communauté est gouvernée par un recteur assisté d'un « ministre » (le mot latin signifie « serviteur »). Source : Wikipedia -Compagnie de Jésus, sous « Gouvernement » [en ligne] http://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_de_Jésus (Page consultée en mai 2012) 

4. « Le frère jésuite », document de la 34e Congrégation générale de la Compagnie de Jésus (décret 7), [tenue à Rome], 1995, site des Jésuites de la Province de France [en ligne], http://www.jesuites.com/documents/34cg/decret7.htm (Page consultée en mai 2012)


Source

Frère Rémi Laforest
Titre, rôle et fonction : Frère, menuisier et ébéniste retraité; maintenant membre de la communauté d'accompagnement pour ses collègues.
Lien avec la pratique : Rémi Laforest s'est formé en menuiserie et ébénisterie lorsqu'il a choisi de devenir frère jésuite. Il a exercé son métier durant plus de 50 ans, au Québec et en mission à l'étranger. Formé de façon « classique », le frère Laforest a été témoin des changements reliés à ses responsabilités au sein de l'organisation jésuite et des bouleversements sociaux et religieux des années 1960 au Québec. En plus de mettre ses savoirs et savoir-faire au service des siens, il les a transmis durant plusieurs années ici et lors de missions à l'étranger. Il a également occupé des postes de responsabilités, dont, entre autres, superviseur des travaux pour la résidence des Jésuites à Canapé-Vert en Haïti. Il est un bon exemple de porteur de tradition qui a su transmettre son savoir et ses savoir-faire non seulement à des aspirants frères jésuites, mais aussi à des jeunes étudiants laïques, ici et en mission. Homme de grand dévouement, le frère Laforest est maintenant membre de l'équipe d'accompagnement pour ses collègues de la résidence de Richelieu.

Enquêteurs : Philippe Dubois , Richard Lavoie
Date d'entrevue : 6 mars 2012

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