Les dévotions des Sœurs de Sainte-Anne — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Les dévotions des Sœurs de Sainte-Anne

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Montréal
Communauté religieuse: Soeurs de Sainte-Anne

Classé sous Système de croyance (9100), Être spirituel (9120), Puissance supérieure (9121)
et sous Pratique religieuse (9300), Pratique de communication religieuse (9350), Prière (9352).

Historique général


La neuvaine à sainte Anne
© IPIR 2011, soumis à copyright

Depuis ses origines, la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne témoigne un attachement particulier à sainte Anne, consacrant sa fête comme la fête patronale de la Congrégation. Cette dévotion, comme celle à Mère Marie-Anne, fondatrice de la Congrégation, donnent lieu à de grands rassemblements partout où se trouvent des Sœurs de Sainte-Anne.

Ainsi, en 1848, six compagnes se joignent à Esther Blondin (Mère Marie-Anne) pour s’initier à la vie religieuse, démarche appuyée par le curé de Vaudreuil, Paul-Loup Archambault, et approuvée par l'évêque de Montréal, monseigneur Ignace Bourget. Le 12 septembre 1848, le curé Paul-Loup Archambault place la jeune communauté sous le vocable de Filles de Notre Dame de Bon-Secours et de Sainte-Anne. Le 8 septembre 1850, alors que les cinq premières religieuses prononcent leurs vœux, monseigneur Ignace Bourget confie à la nouvelle Congrégation le nom officiel de Filles de Sainte-Anne, rendant hommage à l’éducatrice de Marie, la bonne sainte Anne, alors forte de la spiritualité populaire de l’époque, et place la communauté sous la protection de Notre-Dame de Bon-Secours. Monseigneur Ignace Bourget témoigne d’ailleurs son attachement à sainte Anne dans le mandement d’institution de la Congrégation : « Ce fut par un don tout divin que sainte Anne put donner à sa fille une éducation telle qu’elle devait la recevoir pour devenir la digne Mère de Dieu. Cet admirable don de former les cœurs à la science des saints [sera communiqué en abondance à la communauté], pour que ceux qui [seront confiés à ses soins] deviennent aussi l’image et comme le portait de la bienheureuse Vierge Marie ». Le 10 mai 1884, la congrégation est approuvée par le pape Léon XIII et adopte le nom de Sœurs de Sainte-Anne.

L’ouvrage Prières en usage dans l’Institut des Sœurs de Sainte-Anne défini, dès 1926, les prières quotidiennes, invocations et prières à sainte Anne et à Mère Marie-Anne, fondatrice de la Congrégation. Alors qu’on y compte une douzaine de neuvaines, l’édition  de 1986 n’en considère que deux, celle à sainte Anne et celle à Mère Marie-Anne, laissant la célébration des autres à la discrétion des sœurs. Dès lors, les règles de la Congrégation, lesquelles dirigent les religieuses dans les exercices de la vie intérieure, permettent davantage de souplesse et de liberté dans l’exercice des cultes et dévotions.

Description


Mère Marie-Anne
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Pratiquée dès les origines de la Congrégation, la dévotion à sainte Anne, l’aïeule du Christ et patronne des Sœurs de Sainte-Anne, s’est développée au fil des ans. Le livret Prières des Sœurs de Sainte-Anne propose des prières, notamment la traditionnelle neuvaine préparatoire à la fête du 26 juillet. Quotidiennement, la patronne de la congrégation y est invoquée sous un vocable spécifique, qui permet aux religieuses « d’ouvrir [leur] prière aux dimensions du monde ». Les neuf jours de la neuvaine à sainte Anne sont respectivement consacrés à sainte Anne, mère de Marie; sainte Anne, grand-mère de Jésus; sainte Anne, épouse de Joachim; sainte Anne, éducatrice de Marie; sainte Anne, patronne de la famille religieuse de la Congrégation; sainte Anne, secours des malades et des affligés, sainte Anne, invoquée dans le monde entier; sainte Anne, patronne vénérée de Mère Marie-Anne et, enfin, sainte Anne, si puissante auprès de Dieu. Du 18 au 26 juillet, elle se voit consacrer en chants, prières et louanges dans toutes les maisons de la Congrégation. Au terme de la neuvaine, le 26 juillet, fête de sainte Anne, les religieuses sont invitées à une messe solennelle à la maison mère et dans les grandes maisons. Un évêque est habituellement présent et la relique de la sainte est exposée et vénérée.  La messe est suivie d’un dîner festif, puis des activités telles que concert, fête ou pèlerinage sont organisées en après-midi.

Les Sœurs de Sainte-Anne fêtent également d’une manière particulière la Nativité de Marie, le 8 septembre. La date correspond d’ailleurs à l’anniversaire de fondation de la Congrégation, le 8 septembre 1850. Dès les origines, la protection de la Congrégation est confiée à Notre-Dame de Bon-Secours, célébrée annuellement le 24 mai. Autrefois, les religieuses de la Congrégation se consacraient à la Vierge au jour de leur profession. La dévotion à Marie était principalement exprimée par la récitation du chapelet avec toutes les sœurs, l’Angélus du midi et les litanies de la Vierge, le samedi. Aujourd’hui, ces pratiques sont laissées à la discrétion des religieuses.  

Les religieuses expriment aussi leur dévotion à la fondatrice, Mère Marie-Anne. Célébrée le 18 avril, sa fête est précédée d’une neuvaine où elle se voit consacrer chants, louanges et prières. À la maison mère de la Congrégation, une messe solennelle et un repas festif rassemblent les religieuses autour de la figure de la fondatrice. Traditionnellement, la fête de sainte Anne rassemble toutefois davantage de religieuses puisque célébrée pendant les vacances estivales. Mère Marie-Anne est également fêtée le 2 janvier, date anniversaire de son décès. Les religieuses lui rendent de plus hommage au quotidien, par dévotion privée. L’image de la fondatrice est partout présente, à la salle de la communauté, dans les chambres des religieuses. Sa statue orne aussi les écoles et églises paroissiales où la Congrégation a œuvré. Restée longtemps dans l’ombre après son décès, la figure de Mère Marie-Anne suscite l’enthousiasme à partir de 1917 alors qu’un aumônier de la maison mère donne une série de conférences sur la fondatrice. En 1950, année du centenaire de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, monseigneur Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, autorise le début des démarches officielles pour faire reconnaître la sainteté de Mère Marie-Anne. Dès lors, un mouvement de ferveur se développe ; de nombreuses faveurs lui sont attribuées et les Sœurs de Sainte-Anne inaugurent un endroit à la maison mère où l'on peut prier la fondatrice. Le 29 avril 2001, après plusieurs années de travail et d’examens, le pape Jean-Paul II la proclame « bienheureuse ». Depuis, elle est priée sous le vocable de « Bienheureuse Marie-Anne Blondin ». Selon Colette Dubé, sa béatification a donné un élan à la dévotion de Mère Marie-Anne.

Depuis 1950, les Sœurs de Sainte-Anne accordent une importance aux violettes. Ainsi, à l’occasion du centenaire de la Congrégation, les religieuses mettent en scène La violette du Canada, une pièce de théâtre retraçant la vie et l’œuvre de la fondatrice, l’expansion et les réalisations de la congrégation. Véritable hommage à Mère Marie-Anne, le poème dramatique marque les esprits. Depuis, les violettes, souvent placées à proximité d’une image de la bienheureuse, rappellent la fondatrice et son œuvre.

À l’image de la Congrégation, les dévotions des Sœurs de Sainte-Anne ont évolué et se sont adaptées aux besoins et aspirations modernes. Autrefois, au quotidien, les religieuses récitaient ensemble une prière particulière pour exprimer leur dévotion : à la divine Providence le dimanche ; à sainte Anne le lundi ; aux saints Anges Gardiens le mardi ; à saint Joseph le mercredi ; au Très Saint Sacrement le jeudi ; au Sacré Cœur de Jésus le vendredi ; à Marie Immaculé le samedi. Le nombre limité de neuvaines prescrites dans les nouvelles règles des Sœurs de Sainte-Anne répond par ailleurs à l’évolution de la spiritualité dans l’Église d’aujourd’hui. Si les neuvaines à sainte Anne et à Mère Marie-Anne sont pratiquées dans la congrégation, certaines religieuses participent année après année à la neuvaine à saint Joseph, à l’Oratoire Saint-Joseph. D’autres pratiquent ces exercices de piété et de prières individuellement.

Apprentissage et transmission


Les soeurs à la chapelle
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Conscientes du manque de relève et de la moyenne d’âge élevée des religieuses, les Sœurs de Sainte-Anne espèrent que la participation des Associé(e)s à la congrégation permettra la transmission de la dévotion à sainte Anne et à Mère Marie-Anne. Les Associé(e)s portent effectivement une dévotion à la fondatrice, qui apparaît pour eux comme le chemin se rendant au Seigneur.

Les dévotions s’inscrivent dans un processus d’apprentissage formel et de transmission directe. Si certaines religieuses sont familières avec les dévotions chères à la Congrégation avant leur profession, d’autres s’y initient à leur entrée en communauté. À l’instar de leurs consœurs, les religieuses s’initient aux rites et exercices spirituels de manière informelle ou par imitation.

Initiée par le curé Paul-Loup Archambault et monseigneur Ignace Bourget, la dévotion à sainte Anne est toujours pratiquée par les religieuses. Bien que vécue par les sœurs depuis la seconde moitié du XIXe siècle, celle à Mère Marie-Anne connaît une ferveur populaire depuis les années 1950. La béatification de la fondatrice, en 2001, a par ailleurs donné un élan à la dévotion. Enfin, la présence de la Congrégation au Québec, en Colombie-Britannique, au Cameroun, au Chili, aux États-Unis et à Haïti contribuera sans doute à la transmission des dévotions des Sœurs de Sainte-Anne.

Localisation

Municipalité: Lachine
Région administrative: 06 Montréal
Lieu: Maison mère de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, 1950, rue Provost, Lachine, H8S 1P7
Téléphone: (514) 637-3783
Site Web: http://www.ssacong.org

Source

Sœur Colette Dubé
Titre, rôle et fonction : Aujourd’hui coordonatrice des Associé(e)s des Sœurs de Sainte-Anne, sœur Colette Dubé a occupé plusieurs fonctions au cours de ses soixante années de vie religieuse, travaillant en éducation, en formation, en animation et en administration.

Enquêteurs : Francesca Désilets, Anne-Florence Bisson, Valérie Vachon-Bellavance
Date d'entrevue : 29 novembre 2011

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