L'église de la Mission Sainte-Clotilde-du-Grand-Lac — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de lieu

L'église de la Mission Sainte-Clotilde-du-Grand-Lac

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Groupe: La communauté anicinape de Kitcisakik
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse Rouyn-Noranda
Paroisse, congrégation ou équivalent: Sainte-Clothilde (Réserve indienne) (Lac Victoria)

Classé sous Organisation religieuse (9200), Espace religieux (9270), Lieu de culte (9271)
et sous Pratique religieuse (9300), Cérémonie (9310), Office (9311).

Historique général


Église Sainte-Clotilde à la fondation de la mission, XIXe siècle
© IPIR 2009, archives personnelles

En 1785, les missionnaires sulpiciens se sont implantés sur le territoire des anicinabek avec le commerce des fourrures, suivis par les Oblats en 1844. Ceux-ci sont venus évangéliser les populations autochtones et assurer le culte aux employés des compagnies de fourrure et plus tard de l'industrie du bois, développée par la Compagnie de la Baie d'Hudson. Un résident actuel du village raconte d'ailleurs que les missionnaires avaient tenté en vain de s'installer sur la presqu'île du Grand Lac Victoria pour y établir une mission. Une prophétie annonçait au chef spirituel de l'époque l'arrivée des missionnaires, à qui il accorderait un droit de passage uniquement si le prêtre pouvait planter sa croix dans une pierre sur la rive. On raconte que celui-ci aurait un jour accompli l'épreuve; c'est ainsi que les missionnaires ont mis sur pied une mission catholique à partir de 1836, lors de l'arrivée du premier missionnaire, le sulpicien Louis-Charles Lefebvre de Bellefeuille (1795-1938).


Plus tard en 1911, les Sulpiciens fonderont les registres de la paroisse Sainte-Clotilde-du-Grand-Lac. Les activités d'exploitation et la présence de religieux aux 18e et 19e siècles sur le site ont incité les familles anishnabes à se regrouper chaque été sur la presqu'île du Grand Lac Victoria, puis à s'y installer de façon permanente vers 1920. L'église Sainte-Clotilde fut construite entre 1863 et 1870 par un commis du poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson sous la direction du père Régis Déléage, o.m.i. Les cultes catholiques y ont été célébrés lors des visites des curés de façon saisonnière.

Description


Église Ste-Clotilde
© IPIR 2009, soumis à copyright

L'église Sainte-Clotilde, construite en 1863, est située au coeur de la presqu'île du Grand Lac Victoria, derrière le village et le presbytère, et devant le cimetière paroissial où sont enterrés non seulement plusieurs membres de la communauté actuelle de Kitcisakik, mais aussi des employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Les prêtres logent au presbytère, une maison voisine de l'église, la plus vieille du village actuel. Ces deux bâtiments, l'église et le presbytère, ont été les premiers à être alimentés en électricité grâce à une génératrice.

La structure de l'église est unique : élevée sur 11 pilotis de béton, elle a été construite à partir d'un modèle de grange. Le choeur et la sacristie ont été ajoutés quelques années après la fondation de la mission. Son revêtement extérieur est de tôle embossée et les murs, plafonds, planchers, poutres et bancs sont en bois. L'intérieur est peint en blanc et bleu, alors que les bancs et le sol ont conservé leur aspect de bois naturel vernis. Le sanctuaire est décoré de plusieurs tableaux et statues de Jésus, Marie, saint Pierre, le roi David, et Katéri Tekakwitha, première Amérindienne à avoir été béatifiée. Des tableaux représentant des scènes de la vie du Christ sont aussi accrochés dans le sanctuaire, servant à l'enseignement pastoral. Sainte-Clotilde représente le bâtiment religieux le plus ancien d'Abitibi-Témiscamingue et l'une des rares églises de mission du 19e siècle qui soit toujours utilisée. Cette église a bénéficié de travaux de restauration grâce au fonds du patrimoine religieux du Québec en 1998 et 1999.

Depuis la fondation de la mission, un prêtre missionnaire assurait les services religieux et la célébration des sacrements tous les étés, de mai à septembre, ce qui correspondait traditionnellement au moment des rassemblements des familles anicinabek au Grand Lac Victoria. C'est à ce moment qu'étaient célébrés les baptêmes, mariages, funérailles et autres sacrements. Aujourd'hui, la majorité des membres de la communauté ne vivent plus au village du Grand Lac Victoria mais plutôt au Lac Dozois, à 30 km du village traditionnel. Toutefois, les aînés de Kitcisakik ainsi que plusieurs familles continuent de passer l'été à ce premier village, où se trouvent une quarantaine de maisons en bois rond. Lors du séjour du prêtre en été, deux cultes principaux sont célébrés : une messe quotidienne à 9 h et le chapelet, récité à 19 h. Plusieurs paroissiens assistent le prêtre lors des services religieux et des cérémonies particulières.

Autrefois, pendant toute l'année, des membres de la communauté devenaient responsables de la pastorale, c'est-à-dire qu'ils assuraient, en l'absence du prêtre, les rassemblements à l'église pour les prières et l'enseignement de la catéchèse. Ceux-ci ne célébraient toutefois pas la messe. Le père de Monique a longtemps été dirigeant dans la communauté. Avant chaque messe, un sonneur, dont la responsabilité est transmise de père en fils, venait sonner la cloche de l'église à trois reprises pour inviter les paroissiens à se rassembler. Encore aujourd'hui, des prières en langue vernaculaire sont chantées pendant la messe; un livre de prières en anishnabe, traduit par les missionnaires pour enseigner la religion catholique, est utilisé pour le culte.

Il y a 50 ans, presque tous les membres de la communauté du Grand Lac participaient aux services religieux, ce qui totalisait une cinquantaine de personnes. Aujourd'hui, les changements sociaux dans la communauté ont transformé le rapport des paroissiens à l'Église. Seuls les aînés et quelques familles continuent d'assister aux services religieux pendant la saison estivale; ils sont une dizaine en moyenne. En juin 2009, le prêtre Lionel Lajeunesse, qui assurait les services religieux dans les communautés du Lac Simon pendant l'année et au village du Grand-Lac de Kitcisakik à chaque été depuis 15 ans, est décédé accidentellement. La communauté a fait la demande à l'évêque pour recevoir à nouveau les services d'un prêtre. Pour le moment, des paroissiens continuent de se rassembler à l'église tous les dimanches pour perpétuer le culte catholique par des prières. Le chapelet est récité trois soirs par semaine.

Apprentissage et transmission


Église Sainte-Clotilde
© IPIR 2009, soumis à copyright

Depuis la fondation de la mission en 1836, 26 prêtres se sont succédé à la Mission Sainte-Clotilde. Alors que la grande majorité des Anishnabes étaient unilingues algonquin jusqu'à ce qu'ils soient envoyés à l'école, les prêtres missionnaires ont dû apprendre la langue vernaculaire et développer des outils didactiques visuels pour l'enseignement religieux. Une affiche longtemps utilisée par les missionnaires et représentant les valeurs chrétiennes à travers les chemins du Bien et du Mal menant chacun au Paradis et en Enfer a d'ailleurs marqué plusieurs paroissiens.


Des liens se sont tissés avec quelques prêtres : le dernier prêtre en fonction, Lionel Lajeunesse, a assuré le service religieux au Grand Lac Victoria tous les étés pendant 15 ans. Il a entretenu de très bonnes relations avec plusieurs familles résidantes du village.  Les responsables, assurant les services religieux en l'absence du prêtre, sont formés par celui-ci pour enseigner la pastorale.

Localisation

Municipalité: Kitcisakik
Région administrative: 08 Abitibi-Témiscamingue
MRC: Hors MRC (autochtones)
Lieu: Kitcisakik, J9T 3A3

Source

Monique Papatie, les pères Lionel Lajeunesse et Rémi Cadieux, o.m.i.
Titre, rôle et fonction : Monique Papatie est professeure retraitée du Lac Simon et membre des communautés anicinapek de Kitcisakik et du Lac Simon. Le père Lajeunesse a été curé des missions du Lac Simon et de Kitcisakik pendant 15 ans. Le père Cadieux est célébrant à l'église de Winneway depuis 28 ans.
Lien avec la pratique : Monique Papatie est née sur le territoire du Grand Lac Victoria et a grandi au village de Kitcisakik. Elle a été enseignante pendant 27 ans à l'école primaire du Lac Simon où elle réside. Aujourd'hui retraitée, Monique Papatie passe ses étés au Grand Lac Victoria, entre autres pour accompagner sa mère Suzanne, doyenne de la communauté de Kitcisakik. Elle est impliquée dans les activités pastorales et fréquente l'église Ste-Clotilde depuis son enfance.

Enquêteur : Elise Bégin
Date d'entrevue : 15 juillet 2009, 27 août 2009

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