Les pensionnats des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, dans la première moitié du XXe siècle — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

Les pensionnats des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, dans la première moitié du XXe siècle

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Saint-Hyacinthe
Communauté religieuse: Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe

Classé sous Organisation religieuse (9200), Mission (9260), Oeuvre (9262).

Historique général


Classe d'une école résidentielle (1940)
© Soumis à copyright

À l’arrivée des loyalistes autour du lac Champlain, Mgr Moreau a voulu créer une communauté religieuse d’enseignantes pour contrer l’influence des Églises unie, protestante et anglicane qui s’y implantaient. Il a donné cette mission à Élisabeth Bergeron, la fondatrice des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. Sa seule condition était de limiter l’implication des soeurs aux écoles de campagne, afin de ne pas disperser les enseignantes dans les pensionnats des grands centres. Toutefois,les sœurs ont dû accepter des enfants comme pensionnaires au couvent du village pour leur donner accès à l’instruction et à l’éducation, comme aux autres enfants de la paroisse. Ces enfants habitaient trop loin du couvent pour faire le trajet aller-retour, à pied, tous les jours.

Le premier pensionnat a été ouvert à Clarenceville, en 1880. Il pouvait accueillir jusqu’à 80 garçons et filles qui logeaient dans les deux dortoirs de l’étage supérieur. La religieuse responsable avait également une chambre entre les deux dortoirs. C’est elle qui était responsable de la surveillance des jeunes et de leur éducation.

Description


Enfants qui jouent au Jeu de la messe
© Soumis à copyright

Les Soeurs de Saint-Joseph ont toujours eu pour mission d'éduquer et d’instruire les enfants pauvres vivant dans les paroisses les plus éloignées. Cela les a amenés à ouvrir des pensionnats dans les campagnes durant la première moitié du XXe siècle. Elles ont enseigné à toute une génération de Québécois qui, sans leur dévouement, n'auraient jamais eu accès à l'éducation et l’instruction. La réalité des pensionnats était très particulière, puisque les soeurs qui y travaillaient devaient veiller à la fois à l’éducation des enfants et à leur soin, mais aussi à leurs loisirs, leur catéchisation et leur implication dans la paroisse. En effet, les soeurs étaient beaucoup plus que des enseignantes, mais bien des éducatrices. Bien souvent, l’effectif de l’école se limitait à deux ou trois enseignantes, une supérieure, une surveillante et une cuisinière. Les soeurs devaient être très débrouillardes pour accomplir l’ensemble de leurs tâches, et ce, avec un maigre revenu.

Les pensionnats dans les couvents des sœurs Saint-Joseph se justifiaient là où les parents, des agriculteurs, habitaient trop loin pour transporter leurs enfants à l’école matin et soir. Les élèves restaient au pensionnat du lundi au vendredi et retournaient dans leurs familles les fins de semaine. Le dimanche soir, la plus âgée des enfants de la famille s’occupait de faire les valises pour ses frères et soeurs. Elle s’occupait de réunir la literie (draps, serviettes, vêtements de rechange) et la nourriture (viande, conserves, oeufs, légumes) nécessaires pour tous les enfants de la famille, et ce, pour toute la semaine à venir. Tous les élèves devaient apporter une contribution. Les plus fortunés, appelés « grands pensionnaires », payaient 0.50$ par mois et fournissaient une corde de bois. Les « petits pensionnaires », élèves issus de familles moins fortunées, devaient apporter des contributions matérielles et alimentaires, soit, à tour de rôle, une poche de patates, d’oignons, de carottes et de riz. De plus, lorsque les familles faisaient boucherie, elles fournissaient des os pouvant servir à faire pour la soupe. Au pensionnat, les soeurs s’occupaient du bien-être des jeunes en les supervisant, en assurant leur éducation et en s’occupant en partie des tâches ménagères. Toutefois, puisqu’elles étaient très peu nombreuses en fonction du nombre de jeunes dont elles étaient responsables (entre 30 et 80 élèves, selon le pensionnat), elles devaient faire appel aux ainées de chaque famille pour s’occuper plus particulièrement de leurs cadets.

La plupart des tâches étaient réparties entre les soeurs, fortement aidées par les jeunes filles. Ces dernières n’avaient pas plus de 10 à 14 ans, mais étaient assez autonomes pour s’occuper des plus petits. Cela veut donc dire que plus ces fillettes grandissaient, plus leur charge de travail s’alourdissait, à cause des nouveaux venus de leur famille. L’horaire typique du pensionnat consistait en un lever à 6h30, suivi d’une messe à 7h00, puis d’un déjeuner à 7h30. Les filles les plus âgées de la famille veillaient à ce que leurs cadets soient bien habillés et aient fait leur lit correctement avant la messe. Ces ainées s’occupaient également de faire le ménage des locaux avant le début des classes. À l’heure de la récréation du matin, elles allaient mettre les légumes nécessaires au dîner dans le grand chaudron de la soeur cuisinière. Sur l’heure du midi, elles devaient veiller à diviser les portions entre leurs frères et sœurs. Quant aux « grands pensionnaires », ils mangeaient la même nourriture que le personnel religieux, sur une table différente. À l’occasion, les garçons pouvaient aller s’acheter du pain, du beurre et du lait au village. Ils plaçaient ces achats sur le compte de leurs parents. La récréation de l’après-midi constituait le seul moment de répit des ainées de chaque famille. À la fin des classes, à 16 h, tous prenaient une collation, mais les aînés s’occupaient de peler les patates pour le souper et le dîner du lendemain.les garçons, eux, étaient responsables de fendre le bois et de vider la cendre du feu. Une courte période d’étude pour tous étaient prévue avant le souper et une recréation après. Une prière était récitée à 19 h suivie d’une dernière période d’étude avant le coucher, à 21 h. mais à 19 h 30, les aînées avaient déjà couché les plus jeunes.

L’enseignement des matières scolaires (mathématiques, français, histoire, géographie, catéchèse, etc.) reposait largement sur l’autonomie des jeunes. En effet, les soeurs devaient enseigner à plusieurs niveaux à la fois. Ainsi, les ainés de chaque famille devaient être en mesure d’aider les plus jeunes dans leurs exercices scolaires. L’enseignante faisait usage du tableau notamment pour y inscrire les tâches des élèves de chaque niveau pendant qu’elle donnait le cours aux autres enfants.

Apprentissage et transmission


École résidentielle (1901)
© Soumis à copyright

Les pensionnats ont fermé graduellement jusqu’au milieu des années 1950, soit au moment où les commissions scolaires ont commencé à se regrouper. Progressivement, les élèves de 8e, 9e, 10e et 11e années étaient envoyés dans les écoles secondaires des grands centres, ce qui a entrainé une baisse du taux de fréquentation des pensionnats et finalement leur fermeture. Même retraitées, plusieurs soeurs poursuivent leur mission en tant qu’institutrices grâce au programme d’aide aux devoirs instauré par la maison mère. Une salle d’étude appelée la « petite école » est utilisée à cette fin. Plusieurs outils pédagogiques s’y trouvent, afin de permettre aux religieuses d’aider convenablement les élèves en difficulté. Ce service est offert par la communauté de soeurs gratuitement, principalement aux élèves du primaire, mais également aux étudiants du secondaire. Ce service est offert aussi dans certaines de nos résidences, en paroisse.

Localisation

Municipalité: Saint-Hyacinthe
Région administrative: 16 Montérégie
MRC: Les Maskoutains
Lieu: Maison mère des Soeurs de Saint-Joseph, 805, Ave. Raymond, Saint-Hyacinthe, J2S 5T9
Téléphone: 450-773-6067
Télécopieur: 450-773-8044
Site Web: http://www.sjsh.org

Source

Soeur Fernande Boucher
Titre, rôle et fonction : Enseignante, infirmière et pharmacienne en chef de la maison mère.
Lien avec la pratique : Elle a fréquenté un pensionnat des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe lorsqu'elle était à l'école primaire.

Enquêteurs : Catherine Fredette, Maude Redmond
Date d'entrevue : 28 avril 2010

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