Les rites de la période de deuil dans la communauté juive — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique cérémonielle ou cultuelle

Les rites de la période de deuil dans la communauté juive

Tradition: Judaïsme
Appartenance: Judaïsme (orthodoxe)
Groupe: Sépharade
Paroisse, congrégation ou équivalent: The Spanish & Portuguese Synagogue of Montreal (Montréal)

Classé sous Pratique religieuse (9300), Pratique rituelle (9320), Rite de passage (9321).

Historique général


Salon funétaire Paperman & Fils
© IPIR 2007, soumis à copyright

D’une part, les rites qui entourent la mort dans le judaïsme sont des prescriptions ou des commandements dont la source est biblique et talmudique. D'autre part, ce sont des coutumes diverses qui ne sont pas prescrites par la loi judaïque.

Description


Ross Papermna, directeur du salon funéraire
© IPIR 2007, soumis à copyright

Les pratiques entourant la mort visent deux buts : le premier étant de prendre soin du défunt et d'élever son âme lors de son passage vers l'au-delà; le deuxième consiste à prendre soin des vivants. Ce dernier but est réalisé grâce à une série de stades de deuil décrits ci-dessous. Il est à noter que, si différentes pratiques et croyances concernant l'au-delà ont été présentes dans diverses communautés juives à différentes époques, le judaïsme reste une religion dont la principale priorité est la vie sur terre. D'autre part, il existe, dans le judaïsme, l'idée que Dieu juge les êtres humains et que leurs actions peuvent modifier ce jugement divin. Par exemple, lorsqu’un défunt est entouré de sa famille et que des psaumes sont chantés pour le salut de son âme, ce dévouement est porté au crédit de l'âme de la personne décédée. Les pratiques énumérées ci-dessous s'appliquent aux Juifs orthodoxes, donc à la communauté de la synagogue Spanish and Portuguese de Montréal. Les principales caractéristiques restent les mêmes pour les Juifs réformés. Toutefois, les règles ne sont pas considérées comme obligatoires.
Les informations qui suivent ne décrivent pas toutes les règles qui régissent le deuil, mais donnent un aperçu des pratiques importantes. Ces pratiques du deuil concernent le service funèbre, les tâches à accomplir pour le défunt et les tâches à accomplir pour la famille.
Le service funèbre se déroule en toute simplicité, la cérémonie est de courte durée et elle diffère selon les sous-traditions à l'intérieur du judaïsme. Pour les Sépharades, l'éloge funèbre tend, traditionnellement, à évoquer la portion de la Torah de la semaine afin d’y trouver des échos du caractère du défunt. Ross Paperman remarque que, depuis une dizaine d'années, les familles désirent prendre la parole lors du service funèbre. Les autres parties du service consistent à réciter quelques psaumes (tehillim) et du kaddich, prière importante et souvent prononcée dans la liturgie, qui proclame la grandeur et l'éternité de Dieu. Cette prière n’aborde pas la mort.

Dès la mort d'une personne juive, le corps du défunt n’est jamais laissé seul jusqu'au moment de son inhumation. Quelqu'un doit toujours veiller le corps, idéalement en lisant des psaumes. Par le passé, cette tâche était assumée par des bénévoles. De nos jours, les maisons funéraires, comme celle de Ross Paperman, paient des employés pour le faire.

La philosophie qui anime les pratiques associées au traitement du corps du défunt favorise la simplicité, la dignité et l’efficacité. Dès que le décès d'une personne est constaté, des psaumes sont récités sur le lieu même du décès. Le défunt est par la suite transporté dans un lieu où le corps est lavé et préparé pour l'inhumation. La shiva se déroule généralement dans la maison, dans l'appartement du défunt ou chez l’un de ses proches. Le corps est habillé de vêtements blancs et simples, puisque les Juifs sont tous égaux devant la mort. Le cercueil est fait de bois de pin, sans métal. Pour les Juifs orthodoxes, l'incinération du corps est strictement interdite. L'inhumation doit avoir lieu le plus tôt possible, la journée même ou, au plus tard, trois jours après la mort.
Les personnes qui portent le deuil sont le père, la mère, le fils, la fille, la sœur, le frère ou le conjoint de la personne décédée. Le deuil comporte une série de cinq stades conçus pour accompagner la personne en deuil dès l’annonce de la mort et jusqu'au retour aux activités normales en société, 11 mois plus tard. Le premier stade du deuil est l’aninout, un deuil qui se termine lors de l'inhumation. Les obligations de la loi, comme la prière, ne s'appliquent pas pendant cette période. Pendant l'inhumation, les sept parents au premier degré du défunt déchirent leurs vêtements (keriah), comme Jacob l'avait fait en apprenant la mort de son fils Joseph. Après l'aninout vient le stade de l'avelout, le début de l'année (selon le calendrier juif) de deuil. Les personnes endeuillées retournent à la maison. Le stade de la shiva comprend les sept jours suivant la mort. Les endeuillés restent à la maison et ils n'en sortent pas. Ils s'assoient par terre ou sur de petits bancs. Selon la coutume, il faut tourner les miroirs et les toiles face aux murs. Les amis et la famille, à l’exception des premières personnes concernées, apportent à manger aux endeuillés afin qu’ils n'aient pas à s'en occuper. Ces visiteurs apportent un appui à la fois concret et moral, et ils permettent aux endeuillés de parler s’ils le souhaitent.
Après la shiva vient le stade des sheloshim, 30 jours de deuil observés par les sept catégories de personnes en deuil. Pendant cette période, les hommes ne se rasent pas et il est interdit pour ces personnes de se marier et d’assister à certains types de célébration.
Au cours de l'année qui suit, les activités des endeuillés reviennent graduellement à la normale. Les endeuillés continuent de fréquenter la synagogue tous les jours pendant onze mois afin d’y réciter le Kaddish pour leur parent disparu. Quelques restrictions persistent en ce qui concerne la fréquentation des fêtes et des occasions joyeuses.
Il est permis d'ériger un monument en l'honneur du défunt à n'importe quel moment de l'année suivant la mort. La plupart des familles érigent le monument après la première année, lors d'une cérémonie. Par la suite, chaque année, lors de l'anniversaire du défunt selon le calendrier juif, la famille se rend à la synagogue pour réciter la prière du Kaddish des endeuillés. Enfin, par la prière du yizkor (souvenance), récitée quatre fois par an par ceux et celles qui ont perdu au moins un de leurs parents, on demande à Dieu de Se souvenir des défunts.
Dans le judaïsme, tout contact avec la mort produit un état d'impureté rituelle. Tous ceux qui portent le nom de Cohen et qui sont, par conséquent, les descendants des prêtres d'Israël biblique, n'ont pas le droit d'entrer en contact avec un cadavre ni de visiter un cimetière ou un salon funéraire. Les autres Juifs se purifient en se lavant les mains. D'autres prescriptions régissent les activités auxquelles les endeuillés n'ont pas le droit de participer. Ces interdits ont pour but de protéger les endeuillés pendant les périodes de vulnérabilité. Ils sont levés graduellement pendant la période de deuil.
Le plus grand changement dont Ross Paperman a été témoin concerne la participation des enfants et des petits-enfants du défunt lors des services. Alors qu’ils étaient plutôt absents dans le passé et laissés seuls par respect, de nos jours, ces personnes désirent offrir leur réflexion et raconter des histoires concernant leurs parents ou grands-parents.
L'évolution vers une participation plus engagée de la part des enfants et des petits-enfants montre à quel point les pratiques traditionnelles se modifient, conservant ainsi une vitalité et un dynamisme à l'intérieur des structures de base traditionnelles.

Apprentissage et transmission


La salle d'eau
© IPIR 2007, soumis à copyright

C'est en travaillant dans l'entreprise familiale que Ross Paperman a appris son métier. Il veut offrir la possibilité à ses propres enfants de travailler dans l’entreprise familiale.

Localisation

Municipalité: Montréal
Région administrative: 06 Montréal
MRC: Communauté métropolitaine de Montréal
Lieu: Paperman & Fils, 3888, rue Jean-Talon Ouest, Montréal, H3R 2G8
Téléphone: (514) 733-7101
Télécopieur: (514) 733-1775
Site Web: http://www.paperman.com

Source

Ross Paperman
Titre, rôle et fonction : Il est directeur du Salon funéraire Paperman & Fils.

Enquêteur : Sharon Gubbay Helfer
Date d'entrevue : 8 novembre 2007, 16 novembre 2007

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