La vie quotidienne au pensionnat des Ursulines de Québec — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

La vie quotidienne au pensionnat des Ursulines de Québec

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Québec
Communauté religieuse: Ursulines de l'Union canadienne

Classé sous Organisation religieuse (9200), Mission (9260), Oeuvre (9262).

Historique général


Brochure présentant le Monastère et l'école des Ursulines de Québec, 1922
© Archives des Ursulines de Québec

Les Ursulines arrivent à Québec en 1639 afin de fonder une école pour filles et de convertir les Amérindiennes au christianisme. En 1641, Marie de l'Incarnation ajoute l’éducation des filles aux vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. En 1681, le Monastère de Québec est affilié à la congrégation de Paris et commence à accueillir des pensionnaires. Des Amérindiennes, des pensionnaires françaises et des élèves externes fréquentent alors le séminaire Saint-Joseph. De 1642 à 1650, il y a une vingtaine de pensionnaires au Monastère. 


En 1700, elles sont une cinquantaine. Le nombre de pensionnaires diminue cependant après la Conquête en 1759. À partir de ce moment, les Ursulines accueillent des élèves francophones et anglophones, catholiques et protestantes. Malgré le cloître, la communauté entretient des liens avec l’extérieur, notamment avec les Jésuites et les prêtres du Séminaire qui les informent de l’évolution des méthodes d’éducation et des avancées technologiques.

Description


Brochure présentant le Monastère et l'école des Ursulines de Québec, 1922
© Archives des Ursulines de Québec

En 1844, l’abbé Thomas Maguire, aumônier des Ursulines, rédige avec mère Saint-Henri, une ancienne supérieure du Monastère, le règlement des élèves du pensionnat des Dames ursulines de Québec. Maguire se base sur les Constitutions et règlements des Ursulines de Paris et l’adapte à la société québécoise. 


Dans les années 1820 et 1830, des cours de musique, d’art et de sciences se donnent au pensionnat. C’est toutefois dans la deuxième moitié du 19e siècle que l’institution accueille le plus grand nombre de jeunes filles, dont 200 élèves en 1893. Au 20e siècle, le pensionnat se développe en s’adaptant aux changements de la société et aux réformes scolaires du gouvernement. Ainsi, selon les époques, l’institution offre différents cours et programmes. Le pensionnat des Ursulines de Québec ferme ses portes en 1967, mais l’école demeure ouverte. Aujourd'hui, l'école primaire compte 400 élèves.


Le pensionnat des Ursulines de Québec était une institution d'enseignement basé sur la formation chrétienne. Les Ursulines se distinguent des autres communautés enseignantes par l'esprit de famille présent au sein de leurs institutions. Les principes d’éducation de la communauté sont issus de la pensée d’Angèle Mérici, fondatrice des Ursulines. Cette dernière souhaitait entre autres que les Ursulines prennent soin de leurs élèves une à une et c’est pourquoi le règlement des Ursulines mentionne qu’il doit y avoir : « un nombre de pensionnaires proportionné au nombre de religieuses, car en dépassant cette sage mesure, on se dépasse beaucoup pour obtenir des résultats moins satisfaisants. Un institut se distingue bien plus par la bonne éducation qu’il donne que par le nombre même de ses élèves ». 


La journée d’une pensionnaire débutait par un réveil au son d’une clochette. Elles avaient un temps limité pour se préparer. Chaque pensionnaire avait un livret de prières en français et en anglais, à réciter le matin et le soir. De manière régulière, les pensionnaires assistaient à la messe avec les religieuses durant la semaine. La matinée se poursuivait par le déjeuner au réfectoire qui accueillait l’ensemble des élèves du pensionnat. Lorsqu’une pensionnaire était fatiguée ou malade, elle pouvait demander une exemption de cours. Il arrivait aussi que les pensionnaires aient certains jours de congé. Une récréation et une session d’étude précédaient les classes. Au cours de la journée, les pensionnaires restaient dans le même local de classe où elles avaient chacune leur pupitre. Ensuite, elles dînaient et allaient en récréation puis retournaient en classe pour l’après-midi. Vers 15 h 30 ou 16 h, elles avaient une autre récréation où elles recevaient un verre de lait et une tartine de mélasse. Les jours de fête, elles avaient droit à du sucre à la crème et à une tranche de pain. Avant le souper, les pensionnaires se rendaient à la salle d’études. Le souper était suivi d’une récréation et d’une période d’étude. Durant cette période, la responsable de la division conseillait les pensionnaires et les informait de ce qui allait se passer le lendemain. Ce « petit mot de sept heures » comprenait toujours un aspect spirituel. Puis, la fin de journée, soit une période d’études et le retour au dortoir pour la toilette, se déroulait en silence. Le son de la clochette indiquait aux pensionnaires le moment de la prière. Ensuite, la surveillante du dortoir leur disait bonsoir et les pensionnaires répondaient en chœur « Bonsoir et merci mère ». Tout comme les religieuses cloîtrées, les pensionnaires devaient observer le silence entre 19 h 30 et 7 h 30. Elles devaient aussi être silencieuses en tout temps à la salle d’étude, au réfectoire et au dortoir. Elles étaient toutefois libres de parler lors des récréations. 


Les pensionnaires étaient séparées en quatre divisions selon leur âge. Occasionnellement, il leur était possible de parler à des élèves appartenant à d’autres divisions. Les pensionnaires avaient une sortie par mois. Celles qui demeuraient près du Monastère allaient chez elles ou chez un membre de leur famille et les autres restaient au pensionnat. Il était préférable que les visites de la famille se déroulent en dehors des heures de classe. Ces rencontres familiales avaient lieu dans le grand parloir où les élèves, comme les religieuses cloîtrées, voyaient leurs parents à travers la grille. 


Le pensionnat était sous la direction d’une maîtresse générale. Une autre religieuse était directrice du demi-pensionnat. Chaque division était sous la responsabilité d’une maîtresse, assistée d’une seconde maîtresse. La première responsable enseignait toujours la religion et s’occupait des associations de sa division. Les première et seconde maîtresses de division se remplaçaient et il y en avait toujours une avec les pensionnaires lorsqu’elles n’étaient pas en classe. Lorsque les pensionnaires se conduisaient bien, elles pouvaient obtenir des rubans et des charges. À tour de rôle, elles pouvaient se voir confier les clés du dortoir ou des armoires situées dans la salle de récréation. Elles étaient alors responsables de donner aux autres pensionnaires les bonbons ou les petits gâteaux offerts par leurs familles et rangés dans ces armoires. Le pensionnat des Ursulines de Québec faisait partie du Monastère cloîtré. Les pensionnaires fréquentaient les salles de classe, y compris des locaux destinés à l'enseignement de l'art, de la musique et des sciences. Le dortoir, la salle d’étude et la salle de récréation ainsi qu’une cour leur étaient réservés. De plus, elles allaient à la chapelle pour la messe et les cérémonies particulières. L’infirmerie accueillait les élèves malades. 


Lors de leur entrée au pensionnat, les jeunes filles apportaient une malle qui contenait leur trousseau. On y retrouvait, entre autres, une tunique bleu marine, une tunique blanche, trois chemisettes, des chaussettes et une paire de souliers bruns ou noirs. Les parents accompagnaient leur fille jusqu’au Monastère où la malle était entreposée dans la « cave aux malles ». Les Ursulines présentaient alors les lieux aux élèves, notamment le dortoir, où elles déposaient leurs effets personnels, et le réfectoire. Cette visite était aussi l’occasion de leur enseigner les règles du pensionnat. La tunique blanche était portée lors des fêtes. Chaque dimanche, les pensionnaires assistaient une séance d’annonce des notes. Au cours de la semaine, le respect du silence, le comportement au réfectoire et au dortoir, l’attention aux différents exercices, la ponctualité et la politesse des pensionnaires étaient évalués. Au total, une pensionnaire recevait 14 notes évaluées par des lettres. Pour avoir un ruban, les élèves devaient avoir obtenu un certain nombre de bonnes notes à plusieurs reprises. Les rubans et les distinctions permettaient aux pensionnaires d’accéder aux associations comme les Enfants de Marie. Pour les élèves de 1re division, il y avait l’association de la Sainte Vierge (ruban bleu); pour la 2e division, il y avait l’association du Sacré-Cœur (ruban rouge), pour la 3e, l’association des Saint-Anges (ruban rose) et pour la 4e division, l’association de l’Enfant-Jésus (ruban rose). La distribution des prix se déroulait à la salle de réception et toutes les divisions y assistaient. Des livres et des médailles étaient remis en prix. Il y avait aussi des séances académiques au cours desquelles les élèves qui avaient les meilleurs devoirs les lisaient devant tout le monde en plus de pouvoir recopier leur travail dans le cahier d’honneur. 


Les activités parascolaires se déroulaient généralement après les classes et comprenaient des cours de musique et d’art donnés par des religieuses. Les pensionnaires pouvaient également faire partie de la chorale. L’activité était ouverte à toutes, sauf aux plus petites. Lors des fêtes religieuses à la chapelle, la chorale des élèves était installée dans le jubé et chantait certaines pièces avec la chorale des religieuses. De plus, les pensionnaires assistaient aux professions et aux vêtures des religieuses et participaient à des processions comme celle dédiée à Marie qui avait lieu le 31 mai. 


Le pensionnat des Ursulines de Québec a fermé ses portes en 1967. Toutefois, l’école primaire est toujours ouverte et son programme pédagogique est empreint de la tradition ursuline. L’école est toujours sous la responsabilité de la communauté, bien que la presque totalité des enseignantes et enseignants sont des laïcs. Une seule Ursuline y enseigne encore de manière régulière. Quelques religieuses s’impliquent d’autres manières, notamment dans les activités parascolaires.

Localisation

Municipalité: Québec
Région administrative: 03 Capitale-Nationale
MRC: Communauté métropolitaine de Québec
Lieu: Monastère des Ursulines de Québec, 18, rue Donnacona, Québec (Qc), G1R 4M5
Téléphone: 418-692-2523
Site Web: http://www.museedesursulines.com
Ressources:

La Vénérable Marie de l'Incarnation et son œuvre dans le Nouveau-Monde, Ateliers de l'Action Sociale, Québec, 1922.


Source

Sœur Andrée Leclerc, o.s.u.
Titre, rôle et fonction : Sœur Leclerc a été pensionnaire chez les Ursulines de 1945 à 1949. Après avoir fait profession, elle a été responsable du pensionnat de 1955 à 1967.

Enquêteur : Catherine Lavallée
Date d'entrevue : 1 novembre 2007

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