Cuisiner à la maison mère pour les soeurs, les prêtres de la résidence Mgr-Paré et les élèves de l'École apostolique — Le patrimoine immatériel religieux du Québec

Récit de pratique culturelle

Cuisiner à la maison mère pour les soeurs, les prêtres de la résidence Mgr-Paré et les élèves de l'École apostolique

Tradition: Christianisme
Appartenance: Catholicisme (rite latin)
Diocèse, association ou regroupement: Diocèse de Chicoutimi
Communauté religieuse: Soeurs Antoniennes de Marie

Classé sous Organisation religieuse (9200), Communauté (9240), Pratique alimentaire (9244).

Historique général


Le travail à la cuisine de 1950 à 1956
© Archives A.M., Soumis à copyright

Cette pratique date de 1938, alors qu’est fondée la maison mère. Dès lors, sont servis deux menus : un pour les soeurs et les prêtres de la résidence Mgr-Paré (à partir de 1965), et un autre pour les élèves de l'École apostolique (dès 1918), deux établissements annexés à celui des soeurs. Les élèves, appelés à devenir prêtres, ainsi que les prêtres à la retraite reçoivent donc les services des Antoniennes de Marie, qui oeuvrent au soin du prêtre, et ce, « du berceau à la tombe ».
Cependant, les Antoniennes s’occuperont de cuisiner pour les élèves du séminaire de Chicoutimi (entre 400 et 500 élèves) depuis leur fondation, en 1904, et veillent, dès lors, au bon soin des prêtres et des élèves dont elles sont au service.

Description


Antoniennes au travail dans la cuisine, 1991
© Archives A.M., Soumis à copyright

Préparer la nourriture dans cette cuisine à la maison mère consiste à nourrir à peu près 250 personnes. On veille à l'alimentation des 13 prêtres de la résidence, des soeurs de la maison et des élèves de l'école. Le tout se déroule dans une bonne ambiance de travail. Le personnel de la cuisine compte trois dames ainsi que trois religieuses, en plus de la première cuisinière. Une religieuse se charge uniquement des légumes et les desserts sont préparés par une cuisinière attitrée à cette tâche.
Être première cuisinière consiste à s’occuper des menus et des commandes et à travailler avec l’ensemble des employés. Bref, s’occuper de la cuisine pour les soeurs, les pensionnaires (il en reste encore une trentaine à l’époque), les élèves (déjeuners et dîners) ainsi que pour les prêtres de la résidence. La préparation du dîner est une énorme tâche en raison de l’école. La journée de travail se déroule en des temps de repos, de prières et de travail.
C'est la première cuisinière qui ouvre les feux pour le déjeuner à 6h. Les employés arrivent à 7h pour repartir à 16h30. Vers 16h15, les soeurs prennent la charge de finaliser le souper. Les menus sont réalisés en fonction des personnes à qui ils sont destinés. Les soeurs et les prêtres mangent le même menu, alors que les élèves ont un menu à part qui propose des pizzas végétariennes, des croque-monsieur, des frites (bien appréciées par les élèves). Contrairement aux soeurs et aux prêtres, les mets reviennent plus souvent pour les élèves et les pensionnaires. Pour le déjeuner des élèves, on sert du gruau, des flocons de maïs, etc. Quant au menu du midi, il peut revenir le soir, mais jamais dans une même semaine. On mange du pâté chinois, du ragoût, du pâté parisien, des pâtes et des frites. Pour le dessert, on prépare des gâteaux, du pouding chômeur ou au riz, du blanc-manger, etc. Ces plats partent de la cuisine sur des chariots. La tourtière canadienne, aussi nommée « tourtière du Saguenay », est toujours très appréciée. On y pratique toujours une cuisine de récupération avec les surplus : « Rien ne se perdait ». Bien que les menus soient offerts à tous, il y a toujours la « possibilité de compléter », grâce aux cuisinettes mises à la disposition des soeurs, surtout à l’étage de l’infirmerie (elles sont toujours à leur disposition).
La communauté a l'habitude de manger des plats précis à certains moments de l'année : du rosbif le dimanche seulement (steak aujourd’hui); pour Noël, des « Rolls », bûches au chocolat roulées à la main; pour Pâques, un beau gâteau (trois couleurs, en forme de « cocos » ou encore en forme d’agneau pascal) avec, au menu, « un beau jambon préparé »; de la tire est faite à la Sainte-Catherine, mais depuis quelques années elle est achetée. Nous sommes « des fêteuses, nous autres, [nous fêtons] à toutes les occasions ». Il y a donc plusieurs menus spéciaux à préparer pendant une année, notamment à l'occasion de la fête de l'Autorité et lors de la fête du sacerdoce. Par ailleurs, l'été, la communauté se rassemble pour faire des corvées, des « bis »: « On rassemblait toutes nos soeurs pour travailler ensemble à la cuisine », dans le but de faire des conserves avec les haricots, les gourganes (typique au Saguenay), le maïs, la citrouille, les pommes, etc. Dans les années 1980, le jardin n’existe déjà plus, on achète en gros pour faire les corvées ». Cela se fait toujours dans une atmosphère joyeuse : « Le fun prenait » avec les 10 à 15 soeurs qui prennent part à l’activité. Encore cette année, une corvée volontaire s’est organisée pour faire de la compote avec les pommes des pommiers de la communauté.
En 2009, on cuisine pour 68 religieuses et 13 prêtres. Un service de traiteur s’occupe désormais du dîner des élèves. Ce sont des laïques, supervisés par une religieuse, qui font la cuisine, et il semble que « ça se ressemble pas mal ».

Apprentissage et transmission


Cuisine de la maison mère
© IPIR 2009, Soumis à copyright

Soeur Boily a enseigné sept ans après avoir suivi son cours à l'école normale. Les arts ménagers n'ont pas été d'emblée sa fonction dans la communauté. « J’ai appris de ma mère, j’ai pas appris ça au couvent ». Notre informatrice a donc appris par imitation bien qu'elle ne cuisinait pas à la maison, hormis pour le dessert du dimanche. Lorsqu’elle a été nommée à la fonction de première cuisinière par le conseil général, elle « a été la plus surprise du monde d’être nommée comme cuisinière ». Certains livres de recettes, dont La Cuisine raisonnée, lui ont servi de guide dans sa pratique. Elle n’a pas reçu de formation particulière, elle considère que la cuisine est, pour elle, un talent naturel. À propos des recettes proposées les menus des soeurs et des prêtres, elle spécifie que : « Ça se passait d’une génération à l’autre, c’était les mêmes recettes qui revenaient », et qui reviennent encore aujourd'hui.

Localisation

Municipalité: Saguenay
Région administrative: 02 Saguenay-Lac-Saint-Jean
MRC: Hors MRC
Lieu: Maison mère des Antoniennes de Marie, 927, rue Jacques-Cartier Est, Chicoutimi, G7H 2A3
Téléphone: 418 549-1055
Télécopieur: 418 693-8609
Site Web: http://www.soeursantoniennes.org/

Source

Soeur Gertrude Boily
Titre, rôle et fonction : Soeur Gertrude a occupé différentes fonctions pendant sa vie de religieuse. Elle a travaillé cinq ans à l'École apostolique, deux ans à l'orphelinat de la Malbaie, cinq ans au séminaire de Saint-Jérôme (Lac Saint-Jean) en charge du réfectoire, puis à Montréal et à Pierrefonds, à Hull pendant sept ans à la réception. Elle a ensuite été nommée cuisinière en chef à la maison mère (1981-1992).
Lien avec la pratique : De 1981 à 1992, elle s'occupe des menus des prêtres de la résidence, des soeurs et des élèves de l'École apostolique.

Enquêteur : Roseline Bouchard
Date d'entrevue : 22 mars 2009

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